
Le Président de la République a nommé, le 13 juillet 2026, Monsieur Ousmane Diagne à la présidence du Conseil constitutionnel. Comme toute nomination à la tête d’une haute juridiction, cette décision relève de ses prérogatives constitutionnelles. Mais elle ne peut être analysée comme un simple acte administratif. Elle intervient au terme d’une séquence politique qui interroge la fidélité du pouvoir au projet de rupture sur lequel il a été élu.
Le débat ne porte pas sur les compétences du magistrat nommé. Son parcours est connu et mérite le respect. La véritable question est ailleurs : que signifie politiquement le choix de consolider une institution que le candidat Bassirou Diomaye Faye s’était engagé à transformer ?
Une promesse claire de rupture institutionnelle
La réforme des institutions figurait parmi les engagements les plus explicites du projet présidentiel de 2024. Le candidat Bassirou Diomaye Faye dénonçait l’hyperprésidentialisme comme l’une des principales faiblesses de notre système politique. Il promettait de rééquilibrer les pouvoirs, de renforcer l’État de droit et de remplacer le Conseil constitutionnel par une véritable Cour constitutionnelle indépendante.
Cette orientation ne relevait pas d’une improvisation. Elle s’inscrivait dans le prolongement des Assises nationales et des travaux de la Commission nationale de réforme des institutions (CNRI). Les Assises de la Justice de 2024 sont ensuite venues conforter cette orientation en recommandant, à leur tour, la création d’une Cour constitutionnelle.
La promesse était donc claire. Les Sénégalais savaient pour quel projet institutionnel ils votaient.
Une séquence qui interroge
Deux ans plus tard, le constat est pourtant difficile à ignorer. La Cour constitutionnelle promise n’existe toujours pas.
Lorsque des députés de la majorité PASTEF–LES PATRIOTES ont entrepris de traduire une partie de ces engagements dans une proposition de loi constitutionnelle, le Gouvernement en a contesté le contenu avant que le Président de la République ne saisisse lui-même le Conseil constitutionnel. Ce dernier a invalidé la loi en raison de la procédure retenue, sans remettre en cause le principe même de la réforme.
Aujourd’hui, la nomination d’un nouveau président à la tête de cette institution vient clore cette séquence. Au lieu d’engager la réforme annoncée, le pouvoir choisit d’assurer la continuité d’une institution qu’il s’était pourtant engagé à refonder.
Il ne s’agit pas d’un débat sur les personnes. Il s’agit d’un débat sur la cohérence des choix politiques.
Une question de cohérence
Le problème n’est plus celui des intentions affichées. Il est celui de la fidélité au mandat populaire. Les Sénégalais n’ont pas choisi un pouvoir chargé d’administrer avec davantage de mesure l’hyperprésidentialisme hérité du passé. Ils ont voté pour une rupture, fondée sur le rééquilibrage des pouvoirs, le renforcement des contre-pouvoirs et la construction d’institutions plus indépendantes.
Or la succession des événements donne aujourd’hui une impression inverse. Les concertations se multiplient, les réformes sont annoncées, puis différées. Les engagements demeurent dans les discours alors que les institutions, elles, changent peu.
La nomination du nouveau président du Conseil constitutionnel s’inscrit dans cette continuité.
Cette situation ne doit pas conduire à mettre en cause l’institution elle-même. Dans l’attente de la création de la Cour constitutionnelle promise, le Conseil constitutionnel doit exercer pleinement sa mission de gardien impartial de la Constitution. Il lui appartient de dire le droit, non d’intervenir dans le débat politique, car c’est de cette impartialité que dépend la confiance des citoyens dans l’État de droit.
La rupture se juge aux actes
Au fond, la question est simple. Une rupture politique ne se mesure pas au nombre de concertations organisées ni aux déclarations d’intention. Elle se mesure à la capacité de transformer les engagements électoraux en institutions nouvelles. Préserver les institutions d’hier ne saurait tenir lieu de réforme.
La création d’une véritable Cour constitutionnelle indépendante demeure l’un des engagements les plus structurants du projet approuvé par les Sénégalais en 2024. Le respecter ne constituerait pas seulement l’exécution d’une promesse de campagne ; ce serait un acte de fidélité au mandat populaire et un signal fort en faveur de l’État de droit.
