
Le 7 mars 2026, devant l’Assemblée générale de la coalition « Diomaye Président », le chef de l’État sénégalais a prononcé un discours placé sous le signe de la gratitude et de l’humilité. Aux militants, il a demandé loyauté, travail et efficacité. En apparence, rien à redire. Mais derrière cette rhétorique consensuelle se cache une question bien plus gênante : pourquoi, deux ans après une élection historique, le président cherche-t-il à ressusciter une structure électorale au moment même où le pays attend une transformation politique profonde ?
Le problème n’est pas dans les mots. Il est dans la logique politique qu’ils révèlent.
Le piège de la coalition
Revenons au 24 mars 2024. Ce jour-là, les Sénégalais n’ont pas porté au pouvoir une coalition. Ils ont porté un projet politique : celui de PASTEF, fruit de longues années de mobilisation populaire, de répression et de résistance. La coalition « Diomaye Président » n’était qu’un véhicule de circonstance, un outil tactique conçu pour contourner l’empêchement d’un candidat et élargir le front électoral. Elle n’avait ni base militante, ni projet autonome, ni existence organique réelle.
C’est pourtant cette structure éphémère que le président tente aujourd’hui de replacer au centre du jeu politique.
La manœuvre n’a rien d’anodin. Déplacer le centre de gravité du pouvoir de PASTEF vers une coalition présidentielle revient à diluer la dynamique de rupture qui a rendu possible la victoire de mars 2024. C’est substituer à un mouvement structuré, porteur d’une idéologie claire, une coalition d’appareils aux contours flous, précisément ce que PASTEF avait promis de dépasser.
L’inertie présidentielle
Depuis deux ans, un malaise politique s’installe. Les réformes structurantes tardent à voir le jour. Les décisions majeures s’enlisent dans les procédures. L’audace promise se transforme en prudence administrative. Là où l’histoire exigeait de la vitesse, on observe une lenteur méthodique.
Dans ce contexte, l’activation d’une coalition présidentielle apparaît moins comme un instrument de mobilisation que comme un mécanisme d’équilibrage. Une structure destinée à neutraliser l’énergie politique du mouvement qui a porté la rupture.
L’histoire politique regorge de ces moments. Une révolution électorale ouvre une brèche, puis le pouvoir cherche à la refermer en reconstruisant les anciens équilibres. On appelle cela la stabilisation. En réalité, c’est souvent la restauration.
Le Parlement doit prendre le relais
Avec 130 députés sur 165, PASTEF détient une majorité parlementaire confortable. Cette force ne peut se limiter à un rôle d’accompagnement : elle doit devenir le moteur législatif de la rupture voulue par le Premier ministre Ousmane Sonko et portée par le peuple.
La Constitution offre à l’Assemblée bien plus qu’un rôle passif : proposer des lois, amender les textes, créer des commissions d’enquête, organiser des auditions, imposer un rythme au débat national. Autant d’outils aujourd’hui sous-utilisés.
La clé réside dans un tandem : Ousmane Sonko bouscule l’appareil d’État ; le Parlement traduit cette impulsion en réformes irréversibles. Si la présidence temporise, cette alliance peut contourner l’inertie. Faire sauter les verrous, forcer le débat et accélérer les chantiers de la transformation.
L’heure des actes
Le Parlement doit donc assumer pleinement son rôle d’impulsion. Cela suppose qu’il prenne lui-même l’initiative législative sur les transformations attendues : renforcer l’indépendance de la justice, réformer une administration publique souvent opaque et inefficace, moraliser la vie publique en consolidant les mécanismes de contrôle démocratique, et adapter les institutions aux exigences d’un État plus souverain.
Ces réformes ne peuvent rester au stade des intentions. Elles doivent entrer dans l’arène législative, être débattues, adoptées et appliquées. Car, en définitive, la politique se mesure aux actes. Les Sénégalais n’ont pas voté pour un simple discours de rupture, mais pour des changements réels. Si le Président hésite, le Parlement doit avancer ; si le pouvoir ralentit, les institutions doivent accélérer. C’est ainsi que les moments historiques cessent d’être des promesses et deviennent des transformations.









