
Le communiqué de Conférence des leaders Confédération pour la démocratie et le socialisme (CDS) du 14 juin 2026 contient une accusation révélatrice. Selon ses auteurs, PASTEF se serait approprié le « discours historique de la gauche sénégalaise ».
À les lire, certains partis se seraient vu confier une mission historique singulière : garder les clés du coffre-fort idéologique national. Eux seuls pourraient décider qui a le droit de parler de justice sociale, de souveraineté populaire ou de défense des travailleurs.
Cette prétention est historiquement fausse. Les grandes idées qui ont nourri les luttes africaines n’appartiennent à personne. Elles ont été forgées par les peuples dans leurs combats contre la domination, l’exploitation et les injustices.
Le peuple a déjà tranché
Les couches populaires ont déjà rendu leur verdict. Depuis plusieurs années, une large partie de la jeunesse, des travailleurs, des petits producteurs, des habitants des quartiers populaires et du monde rural a reconnu dans PASTEF la critique la plus cohérente de la dépendance économique, des privilèges, de la corruption et de la confiscation de l’État par des intérêts particuliers. Les victoires électorales de 2024 n’ont fait que traduire cette réalité politique.
Les Sénégalais n’ont pas choisi PASTEF pour une étiquette. Ils ont reconnu dans son projet souverainiste, populaire et transformateur une réponse à leurs aspirations de justice, de dignité et de maîtrise de leur avenir collectif.
Il suffit d’ailleurs de lire les documents du Congrès des 6 et 7 juin pour comprendre la nature du projet défendu : souveraineté économique, alimentaire et monétaire, industrialisation, transformation locale des matières premières, État stratège, lutte contre les rentes et reconquête des leviers de décision économique.
Ces orientations ne surgissent pas du néant. Elles puisent dans une longue tradition africaine de souveraineté et d’émancipation portée notamment par Mamadou Dia, Patrice Lumumba, Amílcar Cabral, Thomas Sankara ou Frantz Fanon. Mais PASTEF ne se contente pas de les répéter. Il les réactualise à la lumière des défis du Sénégal contemporain, des transformations du capitalisme mondial, de la crise des modèles de dépendance et des nouvelles aspirations populaires. Elles procèdent d’une lecture du moment historique et d’une analyse rigoureuse des blocages qui entravent le développement national.
Qui peut sérieusement revendiquer un monopole sur ces idées ? Elles appartiennent au patrimoine politique africain. Les invoquer n’est pas les confisquer. Prétendre en être propriétaire est une étrange manière de leur rendre hommage.
La question est donc simple : quel autre parti place aujourd’hui ces objectifs au cœur de son projet politique ? Je suis désolé pour la CDS, mais la réponse s’appelle PASTEF–LES PATRIOTES.
Les certificats de gauche ne remplacent pas le bilan
Pour notre part, nous ne cherchons pas à savoir qui mérite ou non le label de « gauche ». Cette catégorie appartient à une histoire politique européenne qui n’épuise ni les réalités africaines ni les défis du Sénégal contemporain.
La véritable question est simple : quelles forces défendent la souveraineté nationale, veulent transformer l’économie plutôt que gérer la dépendance et cherchent à améliorer concrètement les conditions d’existence des populations ?
De 2000 à 2024, les animateurs de la CDS ont davantage accompagné les gouvernements libéraux qu’ils ne les ont combattus. Durant les douze années du régime de Macky Sall, ils furent rarement aux avant-postes pour dénoncer les dérives autoritaires, la gestion patrimoniale du pouvoir ou la captation de la richesse nationale. Beaucoup lui apportèrent même leur soutien lorsque les libertés publiques reculaient et que l’espace démocratique se rétrécissait.
Les voir aujourd’hui distribuer des certificats de justice sociale, de souveraineté populaire ou de défense des travailleurs a quelque chose de singulier. Lorsque PASTEF défend la souveraineté économique, combat la dépendance et place la transformation productive au cœur de son projet, il s’inscrit dans une tradition africaine d’émancipation qui appartient aux peuples et non à une organisation particulière.
Le débat légitime porte sur les résultats, les choix et les méthodes. Mais voir d’anciens compagnons de route du libéralisme despotique distribuer aujourd’hui des brevets de progressisme relève moins de l’analyse politique que d’une tentative de patrimonialisation idéologique.
Les classes populaires ont déjà tranché. Les peuples jugent moins les héritages que les actes. La souveraineté ne se proclame pas. La justice sociale ne s’hérite pas. Elles se démontrent.









