Quand PASTEF choisit d’organiser la souveraineté

Pendant longtemps, les adversaires de PASTEF ont affirmé que ce parti n’était qu’un mouvement de contestation porté par la colère populaire. Ils lui prédisaient une disparition rapide dès son arrivée au pouvoir. D’autres lui reconnaissaient une capacité de mobilisation, mais lui refusaient toute profondeur doctrinale. Selon eux, le PASTEF était un phénomène électoral, non un projet historique.

Le Premier Congrès ordinaire de PASTEF-LES PATRIOTES, tenu les 6 et 7 juin 2026 à Diamniadio, vient apporter un démenti éclatant à ces analyses.

Par son ampleur populaire, par la qualité de ses débats, par la richesse des textes adoptés, par la présence de délégués venus des 553 communes du Sénégal, de la diaspora et de nombreuses délégations étrangères, ce congrès a constitué un moment politique majeur. Bien davantage qu’une rencontre organisationnelle, il a été un moment de clarification idéologique, de structuration doctrinale et d’affirmation stratégique.

Ce succès organisationnel s’est accompagné d’un signal politique fort. Les congressistes ont renouvelé à l’unanimité leur confiance à Ousmane Sonko en le réélisant à la présidence de PASTEF-LES PATRIOTES. Au-delà de la personne, ce vote a consacré la continuité d’une orientation politique. Dans un contexte où certains observateurs annonçaient une fragmentation du mouvement ou un affaiblissement de sa cohésion interne, les délégués ont choisi de réaffirmer leur attachement au Projet, à son histoire et à celui qui en demeure l’inspirateur principal. Cette unanimité n’efface pas les débats qui traversent toute organisation vivante ; elle traduit cependant une volonté collective de préserver l’unité du parti autour des objectifs de souveraineté, de justice sociale et de transformation nationale.

Car ce congrès ne s’est pas tenu dans un moment ordinaire. Il s’est tenu au lendemain d’une séquence politique qui a profondément interrogé l’avenir du Projet lui-même.

La révolution face à ses contradictions

Toutes les révolutions connaissent leurs contradictions. L’histoire en fournit d’innombrables exemples. Les révolutions ne sont jamais menacées uniquement par les forces qu’elles combattent. Elles le sont aussi par les tensions qui apparaissent en leur sein lorsque surgissent les premières difficultés du pouvoir.

La crise politique ouverte en mai 2026 a rappelé cette vérité fondamentale. L’élection unanime d’Ousmane Sonko à la tête du parti a d’ailleurs constitué l’un des moments les plus significatifs du congrès. Elle a rappelé que, malgré les recompositions institutionnelles et les tensions récentes, les militants continuent d’identifier le Projet, le parti et son leadership historique comme les trois dimensions d’une même trajectoire politique.

Elle a révélé qu’une révolution démocratique ne peut survivre durablement si elle cesse de s’appuyer sur les forces populaires qui l’ont portée. Elle a également montré qu’aucune transformation historique ne peut être réduite à la seule action des institutions, quelles qu’elles soient.

La grande force du Congrès a précisément été de répondre à cette interrogation sans céder ni à la panique ni à la confusion.

Là où certains annonçaient une crise existentielle du parti, les militants ont répondu par l’organisation.

Là où d’autres espéraient voir le Projet se dissoudre dans les contradictions du pouvoir, les congressistes ont répondu par la clarification doctrinale.

Là où certains imaginaient que le mouvement pouvait être séparé de ses fondements populaires, le congrès a réaffirmé que le véritable sujet de l’histoire demeure le peuple organisé.

En ce sens, le congrès a constitué un acte de maturité politique.

De la protestation à l’organisation du bloc populaire

Le concept central qui traverse l’ensemble des textes adoptés est celui du bloc populaire.

La victoire de 2024 n’est pas présentée comme le simple succès d’une organisation politique. Elle est analysée comme le résultat de la convergence de multiples forces sociales : jeunesse, travailleurs, paysans, pêcheurs, artisans, femmes, enseignants, acteurs de l’économie populaire, entrepreneurs patriotes, diaspora, forces intellectuelles et spirituelles.

Le congrès affirme une idée simple : le peuple a ouvert la voie, mais cette énergie populaire doit désormais être organisée, formée, structurée et orientée.

C’est précisément la mission assignée à PASTEF-LES PATRIOTES.

Le parti n’est plus seulement conçu comme une machine électorale ou un instrument de conquête du pouvoir. Il se définit désormais comme l’organisation politique chargée de transformer une majorité sociologique en majorité historique.

Cette orientation explique l’importance accordée aux Thèses sur le Parti, au renforcement de l’École du Parti Daaray Seex Anta Joob, à la formation des cadres, à la bataille culturelle et à la consolidation des structures.

Le congrès a clairement affirmé qu’une révolution sans organisation finit toujours par être récupérée ou neutralisée.

Organiser la souveraineté

Le second apport majeur du congrès réside dans sa conception de la souveraineté.

Loin des slogans, la souveraineté y apparaît comme une pratique concrète de gouvernement.

Les résolutions adoptées abordent successivement l’économie productive, les PME, le travail, la jeunesse, les femmes, l’université, l’environnement, les institutions publiques, le sport, la mémoire nationale, le panafricanisme et l’unification africaine.

Derrière cette diversité apparente se trouve une même logique : construire les capacités collectives permettant au Sénégal de maîtriser son destin. Cela passe par la reconquête de notre capacité à décider par nous-mêmes : maîtriser nos ressources, nos institutions, notre production, nos savoirs, notre mémoire et le récit que nous faisons de nous-mêmes.

La souveraineté cesse ainsi d’être un discours abstrait pour devenir une méthode de transformation.

Une révolution qui se pense elle-même

Le troisième enseignement du congrès est sa capacité à produire un récit cohérent du moment historique sénégalais.

Les textes adoptés assument pleinement l’idée qu’un cycle nouveau s’est ouvert entre 2021 et 2024.

Les mobilisations populaires, la répression, les arrestations, les emprisonnements, les plus de quatre-vingts Sénégalais tombés durant cette période, les sacrifices consentis par des milliers de militants, la dissolution du parti puis sa survie clandestine, la victoire électorale de mars 2024 : tout cela est désormais interprété comme les différentes étapes d’un même processus historique.

Le congrès n’a pas seulement rendu hommage aux martyrs de la démocratie. Il les a inscrits dans la mémoire politique du pays. Il a rappelé que les libertés retrouvées et les avancées démocratiques actuelles ont un prix, celui payé par des femmes et des hommes dont le sacrifice ne doit jamais être oublié.

Cette dimension mémorielle n’est pas secondaire. Une révolution qui oublie ses martyrs finit toujours par oublier sa raison d’être.

Au fond, le succès du Premier Congrès ordinaire de PASTEF-LES PATRIOTES ne tient pas seulement au nombre de participants, à la qualité de l’organisation ou à l’adoption de dizaines de textes.

Son véritable succès est ailleurs.

Il réside dans le fait qu’au moment où certains annonçaient l’épuisement du Projet, le parti a démontré sa capacité à penser son propre moment historique, à analyser ses contradictions, à réaffirmer ses objectifs et à organiser ses forces.

Ce congrès restera sans doute comme le moment où le mouvement de rupture né dans l’opposition a commencé à se transformer en force historique durable.

Le peuple avait ouvert la voie.

Le congrès a entrepris d’organiser la révolution.