Le frisson des marchés, la force tranquille des réformes

Les marchés tremblent, mais le Sénégal avance. En choisissant la vérité plutôt que la facilité, le gouvernement affirme une souveraineté qui dérange. Ce n’est pas une crise, c’est une épreuve : celle d’un peuple décidé à reprendre en main son destin économique.

Ce lundi, les obligations sénégalaises ont reculé sur les marchés internationaux, signe d’une méfiance passagère des investisseurs. Cette réaction s’explique moins par une fragilité économique que par la fermeté du gouvernement à défendre la souveraineté financière du pays. En refusant de restructurer la dette selon les conditions du FMI, le Premier ministre Ousmane Sonko a affirmé le droit du Sénégal à choisir ses priorités. Des investisseurs, déroutés par cette indépendance, ont vendu les titres, provoquant une baisse. Mais derrière ce mouvement, il faut surtout voir la réaction d’un système financier circonspect par une nouvelle approche africaine de la souveraineté : celle d’un pays qui entend assumer pleinement la responsabilité de ses choix budgétaires, sans renoncer au dialogue ni à la transparence.

Quand les marchés testent la détermination du Sénégal

Ce recul traduit avant tout une mise à l’épreuve : les marchés testent la détermination du Sénégal à maintenir sa ligne souveraine. Après la révélation des dettes cachées laissées par Macky Sall, le gouvernement a choisi la transparence plutôt que la dissimulation — un choix courageux mais coûteux à court terme. Les investisseurs, eux, se méfient de la vérité quand elle bouscule leurs habitudes ; pourtant, pour un pays qui veut bâtir son avenir, mieux vaut une vérité exigeante qu’une illusion commode.

Cette baisse traduit donc moins une crise qu’un moment de méfiance. Les investisseurs attendent de voir si le gouvernement maintiendra le cap ; le Premier ministre y a déjà répondu lors du TERA meeting du 8 novembre, devant plus de 100 00 Sénégalais venus de tout le pays : la transformation demandera « deux à trois ans d’efforts » partagés. Cet effort, celui de la sobriété et du patriotisme économique, engage tout un peuple derrière un État décidé à assainir plutôt qu’à dissimuler. Les marchés jugent à court terme ; l’histoire, elle, jugera à long terme.

Tenir le cap de la souveraineté

Cette crise rappelle d’abord qu’affirmer son indépendance économique a un prix. Rompre avec des décennies de tutelle financière provoque des secousses, mais c’est le passage obligé de toute émancipation.

Chaque pays qui a retrouvé sa souveraineté économique – de la Malaisie à la Bolivie – a d’abord affronté la défiance des marchés. Le Sénégal n’échappera pas à cette étape, mais il peut la transformer en tremplin. L’essentiel est de rester unis.   

L’enjeu n’est pas de rassurer la finance, mais de bâtir la confiance à partir de ses propres forces : justice fiscale, production locale, parole de vérité, mobilisation des travailleurs, des forces populaires et la diaspora. La confiance ne se quémande pas ; elle se conquiert.

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Auteur : Félix Atchadé

Je suis médecin, spécialiste de Santé Publique et d’Éthique Médicale. Je travaille sur les questions d’équité et de justice sociale dans les systèmes de santé. Militant politique, je participe à l'oeuvre de refondation de la gauche sénégalaise.

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