Aminata Touré et la coalition fantôme

Aminata Touré tente de ranimer une coalition sans existence réelle. Une manœuvre d’appareil sans portée politique, face à un PASTEF solidement ancré dans le réel.

La lettre publiée le 11 novembre 2025 au nom du « président » (?) de la « Coalition Diomaye Président » — sans sceau officiel, et surtout sans mention de la qualité de son signataire — a suffi à provoquer une agitation médiatique. Elle annonçait le remplacement de Aïda Mbodj par Aminata Touré à la tête d’une structure dont plus personne n’entendait parler. Une tempête dans un verre d’eau, rien de plus.

Créée à la veille de la présidentielle pour rallier des soutiens extérieurs au projet souverainiste de Bassirou Diomaye Faye et d’Ousmane Sonko, la coalition a depuis perdu toute raison d’être. Le 17 novembre 2024, PASTEF, victorieux de la présidentielle du 24 mars, s’est présenté sous sa propre bannière aux législatives et a raflé 130 sièges sur 165. Dès lors, la logique des alliances d’appoint est devenue caduque : la « Coalition Diomaye Président » n’a connu aucune activité notable et ne subsiste plus que sur papier — et dans les ambitions de quelques-uns.

C’est dans ce vide qu’Aminata Touré tente de revenir dans le jeu. L’ancienne Première ministre, rompue aux intrigues d’appareil, se fait désigner à la tête d’une coalition sans vie, sans ancrage, et dont la principale composante — PASTEF — ne veut pas, en l’état, reconnaître la légitimité.

Ce mélange de confusion et de calcul illustre une vieille pathologie de la classe politique sénégalaise : celle de croire que les rapports de force se fabriquent à coups de signatures et de communiqués. On crée des coalitions sans militants, on se distribue des titres sans base sociale, on s’autoproclame président d’un vide. La manœuvre amuse, mais elle n’entraîne aucune conséquence.

Car la réalité politique du Sénégal d’aujourd’hui se joue ailleurs : dans le redressement économique après le choc de la dette cachée, dans la reconstruction morale de l’État, dans la souveraineté retrouvée sur les choix budgétaires et stratégiques. C’est là que le peuple observe et juge. Pas dans les couloirs d’une coalition virtuelle.

Le geste d’Aminata Touré relève davantage de la visibilité médiatique que de l’action politique. Mais l’histoire est passée à une autre époque : celle où les forces vives du pays se réapproprient la parole publique, où les sigles creux ne trompent plus personne.

Le frisson des marchés, la force tranquille des réformes

Les marchés tremblent, mais le Sénégal avance. En choisissant la vérité plutôt que la facilité, le gouvernement affirme une souveraineté qui dérange. Ce n’est pas une crise, c’est une épreuve : celle d’un peuple décidé à reprendre en main son destin économique.

Ce lundi, les obligations sénégalaises ont reculé sur les marchés internationaux, signe d’une méfiance passagère des investisseurs. Cette réaction s’explique moins par une fragilité économique que par la fermeté du gouvernement à défendre la souveraineté financière du pays. En refusant de restructurer la dette selon les conditions du FMI, le Premier ministre Ousmane Sonko a affirmé le droit du Sénégal à choisir ses priorités. Des investisseurs, déroutés par cette indépendance, ont vendu les titres, provoquant une baisse. Mais derrière ce mouvement, il faut surtout voir la réaction d’un système financier circonspect par une nouvelle approche africaine de la souveraineté : celle d’un pays qui entend assumer pleinement la responsabilité de ses choix budgétaires, sans renoncer au dialogue ni à la transparence.

Quand les marchés testent la détermination du Sénégal

Ce recul traduit avant tout une mise à l’épreuve : les marchés testent la détermination du Sénégal à maintenir sa ligne souveraine. Après la révélation des dettes cachées laissées par Macky Sall, le gouvernement a choisi la transparence plutôt que la dissimulation — un choix courageux mais coûteux à court terme. Les investisseurs, eux, se méfient de la vérité quand elle bouscule leurs habitudes ; pourtant, pour un pays qui veut bâtir son avenir, mieux vaut une vérité exigeante qu’une illusion commode.

Cette baisse traduit donc moins une crise qu’un moment de méfiance. Les investisseurs attendent de voir si le gouvernement maintiendra le cap ; le Premier ministre y a déjà répondu lors du TERA meeting du 8 novembre, devant plus de 100 00 Sénégalais venus de tout le pays : la transformation demandera « deux à trois ans d’efforts » partagés. Cet effort, celui de la sobriété et du patriotisme économique, engage tout un peuple derrière un État décidé à assainir plutôt qu’à dissimuler. Les marchés jugent à court terme ; l’histoire, elle, jugera à long terme.

Tenir le cap de la souveraineté

Cette crise rappelle d’abord qu’affirmer son indépendance économique a un prix. Rompre avec des décennies de tutelle financière provoque des secousses, mais c’est le passage obligé de toute émancipation.

Chaque pays qui a retrouvé sa souveraineté économique – de la Malaisie à la Bolivie – a d’abord affronté la défiance des marchés. Le Sénégal n’échappera pas à cette étape, mais il peut la transformer en tremplin. L’essentiel est de rester unis.   

L’enjeu n’est pas de rassurer la finance, mais de bâtir la confiance à partir de ses propres forces : justice fiscale, production locale, parole de vérité, mobilisation des travailleurs, des forces populaires et la diaspora. La confiance ne se quémande pas ; elle se conquiert.