Lettre de réponse d’un citoyen à Macky Sall : la vérité sur un héritage sombre

Nous sommes en pleine campagne pour les législatives du 17 novembre 2024, et voilà que l’ancien président Macky Sall, à peine sept mois après avoir quitté la présidence, refait surface en tête de liste d’une coalition. Depuis Marrakech, où il s’est établi, il dirige la campagne de sa liste de candidats, à grand renfort de messages WhatsApp. Dans un élan de nostalgie, il a décidé d’écrire une lettre depuis son exil volontaire, déplorant l’état du pays, à l’entendre « au bord du chaos » depuis son départ.

Avec une sincérité désarmante, l’ancien président Macky Sall assure qu’il avait laissé un Sénégal prospère, ordonné, une machine bien huilée où chaque rouage fonctionnait sans heurts. Et soudain, comme par magie, tout se serait effondré sans lui. Mais qui pourrait croire que ce « précieux héritage » qu’il prétend avoir bâti se soit évaporé en quelques mois ? Cette lettre ressemble moins à une analyse politique qu’à une complainte mélancolique, un chant du cygne qui trahit une envie mal dissimulée de revenir au centre du jeu politique. L’anciens président Macky Sall semble avoir oublié une chose essentielle : c’est lui qui a façonné ce Sénégal miné par la répression et le déni des libertés, un Sénégal que le peuple cherche aujourd’hui à soigner et à libérer de ce lourd fardeau.

Puisque le président Macky Sall a décidé d’écrire cette lettre à « ses chers compatriotes du Sénégal et de la diaspora », je me permets, en tant que citoyen, de lui répondre. Après tout, qui refuserait une si belle invitation ?

Monsieur le président Macky Sall, dictateur assumé  

Qui pourrait oublier votre fameux engagement à « réduire l’opposition à sa plus simple expression » ? Ce n’était pas une parole en l’air : en véritable technicien de l’étouffement politique, vous avez méticuleusement mis en place l’arsenal nécessaire pour faire taire tout opposant. Parmi la multitude d’exemples, vos lois « antiterroristes » de juin  2021 ont permis d’assimiler toute critique du gouvernement à un acte de terreur. Au diable les subtilités ! Toute contestation devenait un crime contre l’État. Ces lois étaient si bien calibrées que même une émoticône pouvait conduire en prison. Outhmane Diagne, feu Papito Kara ont passé de longs mois derrière les barreaux pour parodie et sarcasme. Bravo, monsieur le dictateur déchu !

Votre passage à la tête de l’État sénégalais a été un festival de répressions : dissoudre PASTEF, étouffer les voix dissidentes, assigner Ousmane Sonko à résidence comme un criminel de guerre. Un tel acharnement est presque digne d’admiration, Monsieur Macky Sall, tant vous avez transformé le Sénégal en un laboratoire de répression. Peut-être vous êtes-vous trompé de pays en lisant Machiavel, en croyant que le Sénégal pourrait devenir un nouvel exemple de césarisme néocolonial. Mais vos talents de tyran sont indéniables. Et si la violence de l’État n’était pas suffisante, il vous suffisait de couper l’Internet, bloquer les télévisions critiques et gazer les avocats des opposants. Macky Sall, vous avez été en le dictateur du cauchemar récurrent du plus enclin de nos compatriotes aux troubles du sommeil.

Monsieur le président Macky Sall, apprenti putschiste

Votre lettre laisse entendre que vous êtes l’incarnation même du démocrate. Mais à peine six mois après la fin de votre règne, on vous retrouve en tête de liste d’une coalition dépourvue de tout projet législatif, sans aucune cohérence idéologique, unie seulement par une haine viscérale des idéaux de liberté. Monsieur le dictateur déchu, vous ne pouviez vraiment pas vous en empêcher, n’est-ce pas ? On vous imagine presque sourire en signant le honteux décret du 3 février 2024 qui reportait le scrutin, persuadé que le peuple sénégalais vous verrait comme un ultime rempart contre le chaos.

Ce report ? Un simple détail pour vous, un « coup d’État institutionnel » savamment orchestré pour assurer la continuité de votre influence. Pourquoi laisser les élections avoir lieu si elles risquaient de vous éloigner définitivement du pouvoir ? Comme vos homologues autoritaires, vous aviez mis en place toutes les conditions nécessaires pour bloquer l’alternance, invoquant, bien sûr, la fameuse « raison d’État ». Quel altruisme, monsieur le dictateur déchu ! Et, après avoir vainement tenté de semer le chaos, vous avez cherché à transférer le pouvoir aux militaires que vous désigniez sous l’euphémisme de « forces organisées », espérant ainsi empêcher l’avènement de la révolution citoyenne et démocratique qui, finalement, a porté au pouvoir le président Bassirou Diomaye Faye.

Monsieur le président Macky Sall, gestionnaire incompétent et sans vision 

Si on en croit votre lettre, vous avez mené le Sénégal sur la voie de la prospérité. Oui, bien sûr, le Plan Sénégal Émergent, ce chef-d’œuvre de développement, qui nous a offert… des promesses de croissance. Dans les faits, votre PSE n’est que la répétition des recettes néolibérales chères aux institutions internationales, qui n’ont servi qu’à renforcer la dépendance économique du pays. Où sont les effets visibles de cette « émergence », monsieur le dictateur déchu ! Le taux de chômage augmenté, la pauvreté est restée galopante durant la longue nuit de votre présidence. Peut-être pensez-vous que des slogans suffiraient à transformer le Sénégal.

Sous votre règne, Monsieur Macky Sall, le Sénégal a eu droit à une économie en trompe-l’œil. Vous nous avez vendu une croissance miraculeuse de 7,1 % pour 2024 et 10,1 % pour 2025, comme si tout allait pour le mieux. Mais la réalité est bien moins reluisante : une économie ficelée aux financements du FMI, qui suffoque dès que l’État suspend les marchés publics ou gèle les investissements. Vous avez bâti une illusion d’ « émergence » en vous appuyant sur des effets d’annonce, sans aucune transformation réelle de fond. Et votre gestion autoritaire des finances publiques en dit long : alors que vous limitiez sévèrement les dépenses de santé pour les fonctionnaires ordinaires, tout en surveillant à la loupe leur budget médical, vous continuiez d’offrir des privilèges aux proches du régime.

Ces deux poids, deux mesures mettent en lumière votre vision biaisée de l’économie : des dépenses serrées pour la majorité, et des passe-droits pour l’élite proche de vous. Aujourd’hui, les failles de cette « émergence » sont là, criantes : l’économie n’a ni tableau de bord, ni plan de relance, et encore moins de vision. Une thérapie de choc sans cap, des décisions gelées et une atmosphère d’incertitude qui refroidit les investisseurs et épuise la patience des citoyens. Voilà, Monsieur le dictateur déchu, l’état réel de ce Sénégal que vous prétendiez avoir mit sur la voie de la prospérité.

Ces failles, monsieur le dictateur déchu, ce sont justement celles que le Premier ministre Ousmane Sonko s’est engagé à corriger. Mettant en pratique les orientations du Président Bassirou Diomaye Faye, il a fait la lumière sur les finances publiques en publiant les chiffres réels, dévoilant ce qui se cachait derrière l’illusion d’émergence que vous aviez construite. Contrairement à votre gestion opaque et autoritaire, le Premier ministre Ousmane Sonko a choisi la transparence, montrant les véritables priorités budgétaires et les choix stratégiques qui s’imposent pour restaurer la confiance. En exposant les dérives et en clarifiant les dépenses, il a permis au peuple de voir ce que vous aviez soigneusement dissimulé, rappelant ainsi que l’économie sénégalaise n’a pas besoin de slogans, mais d’une transformation en profondeur.

Vous nous avez vendu le pétrole et le gaz comme la clé de notre avenir, au point de justifier une dérive autoritaire pour « protéger » ces ressources. Une vision bien patrimoniale, bien simpliste : les hydrocarbures pour effacer tous les problèmes. Cependant, il n’est pas certain que ces bénéfices espérés suffisent à compenser les risques pour l’environnement et les dommages causés à la pêche locale.

Monsieur le dictateur déchu, vous nous avez donné bien du spectacle. Mais la nouvelle page qui s’écrit en ce moment aspire à tourner le dos à ces années de tyrannie, de répression et d’économisme de façade. Aujourd’hui, le Sénégal regarde vers l’avenir, vers une démocratie qui protège enfin ses citoyens et garantit les libertés pour tous. Ce nouveau régime, malgré la lourde tâche d’effacer votre empreinte, montre une volonté d’ouvrir un véritable dialogue et de restaurer l’État de droit.

Monsieur le dictateur déchu en exil volontaire au Maroc, votre héritage est là, à jamais marqué dans les mémoires. Mais le Sénégal que vous avez voulu contrôler s’émancipe enfin, et est prêt à ouvrir une ère où la démocratie sera autre chose qu’un jeu d’ombres. Une ère où le pays connaîtra une croissance inclusive, un développement endogène, une société de progrès partagé dans la justice, l’égalité, la liberté et la fraternité.

Monsieur le dictateur déchu,

Pour finir cette si « longue lettre », je vous adresse mes salutations et vous donne rendez-vous, à Dakar, là où l’Histoire vous attend. Un rendez-vous pour répondre de votre gestion catastrophique de l’économie sénégalaise, pour expliquer à la nation pourquoi tant de promesses n’ont abouti qu’à des illusions et des dépendances.

Mais surtout, un rendez-vous pour répondre aux victimes de ces années de répression. Pour les 80 morts dont la mémoire reste à honorer, pour les centaines de blessés qui portent encore les marques de votre tyrannie, et pour les 1 500 détenus politiques qui ont subi les conséquences de leur courage. Il est temps de rendre compte, de reconnaître devant le peuple sénégalais ce que ces années de plomb ont infligé à des vies, à des familles, à tout un pays.

Dakar vous attend, monsieur l’ancien dictateur en exil volontaire.

                                                                 Kédougou, le 7 novembre 2024

De Kédougou à la scène mondiale : plaidoyer pour une justice climatique équitable

La semaine dernière, j’ai eu la chance d’être invité à Kédougou à la Climate School 2024. Cet événement, le quatrième de son genre, est une initiative de la Fondation Rosa Luxemburg (RLS) et de la Plateforme nationale des acteurs pour une justice climatique (PNA-JC). Il est décrit par ses organisateurs comme « un espace d’échange d’expériences et de stratégies pour lutter contre les effets du réchauffement climatique et porter le plaidoyer de la lutte pour une justice climatique. »

Je remercie chaleureusement le Bureau régional de la Fondation Rosa Luxemburg, ainsi que son directeur, le Dr Claus-Dieter König, pour cette invitation organisée dans l’urgence. Ce moment privilégié m’a permis de partager, d’apprendre et de réfléchir aux côtés de personnalités comme Fadel Wade, responsable de la PNA-JC, Mouhamadou Bakhoum, Mamadou Dramé, le chef du village Ithiar Bendia, Bernard Keïta, ainsi qu’une cinquantaine d’autres participants. Ils sont venus de toutes les régions du Sénégal, mais aussi de Gambie, de Guinée, du Mali, d’Afrique du Sud et d’Allemagne, pour discuter de la gravité des crises climatiques actuelles et de leur impact dévastateur, notamment en Afrique et dans la région de Kédougou.

La Climate School a offert un cadre pour aborder des questions cruciales, telles que l’impact disproportionné des changements climatiques sur les régions les plus vulnérables et la nécessité de promouvoir une justice climatique qui transcende les intérêts économiques. Dans ce contexte, nous avons exploré les défis spécifiques auxquels font face l’Afrique, le Sénégal et la région de Kédougou : accès équitable aux ressources naturelles, transition énergétique, et lutte contre les industries polluantes, souvent imposées sans considération pour les populations locales. Cet échange intense a posé les bases d’une réflexion collective et d’actions concrètes pour protéger les communautés et les écosystèmes menacés.

Je tiens à donner une mention spéciale au Dr Ibrahima Thiam, chargé de programmes à la RLS, qui a été le maître d’œuvre de cette semaine riche et exaltante.

Le dérèglement climatique : une réalité incontestable

Le dérèglement climatique est aujourd’hui un fait incontestable, une urgence qui pèse sur l’humanité tout entière, mais qui frappe encore plus durement les régions les plus vulnérables, en particulier en Afrique. Ce phénomène est largement attribué aux activités humaines, notamment à travers la consommation effrénée d’énergies fossiles, qui accélèrent le réchauffement de la planète et intensifient les catastrophes naturelles. En Espagne, il y a quelques jours, des inondations d’une ampleur sans précédent ont coûté la vie à 213 personnes. Selon le ministre espagnol de la politique territoriale, Angel Victor Torres, cité par le quotidien français Le Monde il y aurait « des dizaines et des dizaines de disparus ». Dans la région du Sahel, plusieurs pays subissent également des intempéries meurtrières, dont les récentes inondations au Niger et au Tchad, qui ont fait respectivement 217 et 503 morts et déplacé des centaines de milliers de personnes. Au Nigeria, les inondations ont touché 27 États cette année. Dans l’État de Borno, elles ont entraîné au moins 30 personnes et en ont déplacé 400 000 autres.

Ces drames révèlent une injustice climatique profonde : les pays qui émettent le moins de gaz à effet de serre sont souvent les plus affectés. Face à cette réalité, il est nécessaire de repenser notre modèle énergétique et de promouvoir des solutions durables qui ne sacrifient pas les besoins des plus démunis. La justice climatique exige une redéfinition des rapports de force pour assurer à tous, notamment aux nations pauvres, un accès équitable aux ressources et aux technologies.

Le tableau ci-dessous des émissions cumulées de CO2 par grande région du monde, de 1750 à 2021, révèle l’ampleur de l’injustice climatique actuelle. Issu des travaux du Global Carbon Project, il met en évidence une vérité saisissante : les régions historiquement responsables de la majorité des émissions fossiles, comme l’Europe et l’Amérique du Nord, sont également celles qui ont développé des infrastructures pour atténuer certains effets du changement climatique. En revanche, les régions les moins responsables, notamment en Afrique, subissent de plein fouet les conséquences de ces émissions.

Ce tableau est un rappel incontournable de la nécessité de prendre en compte les responsabilités historiques et la contribution inégale des continents à la crise climatique. Il remet en question la répartition actuelle des efforts et appelle à une véritable justice climatique, où les régions les plus vulnérables, bien que peu émettrices, pourraient bénéficier d’un soutien renforcé pour faire face aux défis climatiques.

Tableau : Émissions cumulées de CO2 depuis 1750 par grande région du monde. Note : émissions issues de la combustion du carbone fossile (hors UTCATF et transport international) de 1750 à 2021.

Source : The Global Carbon Project’s fossil CO2 emissions dataset, Andrew, Robbie M. & Peters, Glen P., 2022

Kédougou : une région sous pression climatique et minière

La région de Kédougou, située dans l’extrême sud-est du Sénégal, représente un exemple frappant des défis liés au climat et aux ressources naturelles. Bordée par le fleuve Gambie et les collines du pays Bassari, cette région est riche en biodiversité et abrite le parc national du Niokolo-Koba. Pourtant, Kédougou subit une pression extrême en raison de l’exploitation minière, particulièrement celle de l’orpaillage industriel et artisanal, qui affecte non seulement la qualité de l’eau, mais aussi l’environnement dans son ensemble. Le fleuve Falémé, l’un des affluents majeurs du fleuve Sénégal, est menacé de mort. Ce cours d’eau, essentielle pour des milliers de personnes, a pris une couleur rougeâtre inquiétante, signe visible de la pollution engendrée par les activités d’orpaillage.

Cet orpaillage, bien qu’il soit une source de revenus vitale pour les populations locales, se fait au prix d’une dégradation écologique qui hypothèque l’avenir de toute une région. Les terres, autrefois réservées aux cultures vivrières, sont désormais transformées en zones d’exploitation minière. Cette situation expose les habitants à une insécurité alimentaire accrue, une problématique exacerbée par les changements climatiques qui réduisent déjà la fertilité des sols. De même, l’exploitation minière est loin de profiter aux communautés. De nombreux villages manquent des équipements sociaux de base. Les inégalités sociales continuent de se creuser, et les changements démographiques, en l’absence de nouveaux mécanismes de gestion des conflits et d’une présence étatique renforcée et équitable, risquent de devenir un terreau fertile pour toutes les entreprises déstabilisatrices.

La justice climatique : une question d’équité

L’une des discussions informelles les plus animées lors de cette Climate School a porté sur la nature du « capitalisme vert ». Ce modèle, souvent présenté comme une réponse au dérèglement climatique, semble plus préoccupé de renforcer l’ordre économique mondial actuel qu’à véritablement offrir des solutions viables. L’idée d’une « transition verte » s’avère parfois un simple prétexte pour maintenir les pays pauvres dans une position de dépendance, sous couvert de technologies vertes et de crédits carbone. Il est urgent de repenser les mécanismes de coopération pour que les technologies, nécessaires à l’adaptation et à l’atténuation des effets climatiques, deviennent des biens publics mondiaux, sans droits de propriété intellectuelle. La redistribution équitable de ces savoir-faire permettrait aux pays africains de s’autonomiser et de trouver leurs propres voies de développement durable, indépendamment des impératifs de rentabilité imposés par les puissances économiques.

La lutte contre le dérèglement climatique ne peut se faire sans une révision en profondeur des principes de justice qui la guident. L’Afrique, qui contribue peu aux émissions mondiales de carbone, doit supporter un fardeau disproportionné. Il faut une réponse tenant compte des besoins et des droits des populations locales. Sortir des logiques marchandes qui privilégient les profits privés au détriment du bien commun, voilà l’une des conditions pour avancer vers la vraie justice climatique. Pour Kédougou et tant d’autres régions du continent et du monde, il est impératif de garantir un accès à des technologies durables sans entraves économiques, mais surtout de placer la préservation des ressources naturelles au cœur des préoccupations. La Climate School m’a permis de renforcer cette conviction : le dérèglement climatique ne doit pas être une nouvelle occasion pour le capitalisme, mais un point de départ pour repenser un monde plus juste et solidaire.

Quand la question casamançaise est instrumentalisée pour fragiliser le Premier ministre Ousmane Sonko !

Un vent de déstabilisation souffle sur le Sénégal, frappant le régime issu de la révolution citoyenne qui a porté au pouvoir le 24 mars 2024 le Président Bassirou Diomaye Faye. Après les attaques orchestrées par certains patrons de presse, c’est désormais la question casamançaise qui resurgit, utilisée comme prétexte pour diffuser des informations fallacieuses et manipuler l’opinion publique, attisant une peur calculée. Dans cette nouvelle campagne, un article d’Afrique Confidentielle — largement relayé sur les réseaux sociaux — affirme qu’en cas de victoire de PASTEF aux élections législatives du 17 novembre 2024, le chef d’état-major général des armées (CEMGA) serait limogé, et que les rangs de l’armée seraient garnis de recrues issues du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC).

Cette fausse information vient s’ajouter aux rumeurs diffusées il y a quatre mois par le même site, qui suggéraient que l’affectation du général Kandé en Inde en tant qu’attaché militaire était une sanction visant à affaiblir la lutte anti-insurrectionnelle en Casamance. Le média avait même affirmé que cette décision émanait du Premier ministre Ousmane Sonko, ajoutant ainsi aux calomnies dirigées contre lui depuis le début de sa carrière politique. Les instigateurs de cette campagne instrumentalisent la figure du général Kandé, érigé en héros solitaire de la lutte contre le MFDC. Ils exploitent son image, sachant que, en tant que militaire, il est tenu au silence par devoir de réserve. Ce faisant, ils cherchent à détourner l’attention et à fragiliser les bases de la stabilité nationale.

Une crise casamançaise instrumentalisée : réalité ou prétexte?

Il est crucial de rappeler que les stratégies de contre-insurrection en Casamance n’ont pas été inventées par le général Kandé. Avant lui, des officiers comme les colonels Georges Boissy et Yoro Koné ont expérimenté diverses méthodes de contre-insurrection, marquant une continuité historique dans la lutte pour la stabilité de cette région où le sentiment de défiance envers le pouvoir central est ancré dans une histoire coloniale et postcoloniale complexe.

Cependant, réduire l’accalmie observée ces dernières années en Casamance au seul mérite des forces armées serait une erreur. Comme l’a souligné brillamment Babacar Justin Ndiaye, la paix en Casamance est avant tout une possibilité politique, consolidée par des efforts de dialogue visant à répondre aux revendications des insurgés et à délégitimer le mouvement indépendantiste en le privant de sa base sociale. La paix en Casamance est avant tout une construction politique, issue d’efforts de dialogue visant à répondre aux revendications légitimes, légales et acceptables — dans le cadre de l’unité nationale — des insurgés. En dépit de la persistance de certains mouvements radicaux, le contexte a évolué grâce à des processus de paix successifs, sous l’impulsion de divers gouvernements sénégalais et avec la coopération de partenaires régionaux comme la Guinée-Bissau, dont l’intervention militaire contre des factions du MFDC a réduit l’emprise de certaines bases rebelles. La légitimité du mouvement indépendantiste s’est peu à peu effritée. L’État sénégalais a mis en œuvre des politiques visant à saper le soutien social de ce mouvement, en renforçant les investissements locaux et en marginalisant les factions du MFDC les plus violentes.

Manipulations et rumeurs : l’opacité des sources en question

La dernière manipulation en date visant à déstabiliser le Sénégal passe une fois de plus par l’instrumentalisation de la question casamançaise. Des rumeurs orchestrées, issues d’une supposée lettre anonyme d’un « gradé » relayée par le site Afrique Confidentielle, suggèrent un « limogeage » potentiel du chef d’état-major général des armées (CEMGA) en cas de victoire de PASTEF aux législatives, ainsi qu’un prétendu recrutement massif de jeunes affiliés au MFDC dans les rangs de l’armée. En réalité, ces récits alarmistes ne sont que des instruments de déstabilisation visant à fracturer l’unité nationale et à semer la discorde au sein des forces armées. La réputation sulfureuse d’Afrique Confidentielle, qui s’abstient de nommer ses contributeurs et présente un anonymat suspect, renforce la suspicion autour de ces informations.

En effet, Afrique Confidentielle manque cruellement de sérieux en matière de rigueur journalistique et de transparence. Le site n’offre aucune information claire sur l’identité de ses contributeurs, masquant systématiquement ses auteurs sous un anonymat suspect qui échappe à toute responsabilité éditoriale. En relayant des informations sensationnelles sans preuve concrète et en privilégiant le buzz émotionnel au détriment de l’intégrité de l’information, Afrique Confidentielle s’éloigne des standards de journalisme responsable. Ce manque de transparence, associé à un positionnement ambigu qui semble davantage orienté vers la diffusion d’opinions biaisées que vers une information factuelle, place ce média dans la catégorie des officines d’influences au service du camp hostile à la révolution citoyenne sénégalaise.

 C’est donc cette plateforme, connue pour sa transparence limitée, crée un terrain fertile aux manipulations, en offrant une crédibilité apparente à des allégations non vérifiées. En exploitant le climat tendu autour de la Casamance et en insinuant des liens entre le pouvoir issu de la révolution citoyenne couronnée par la victoire électorale du 24 mars 2024 et les mouvements rebelles, ces manœuvres cherchent à détourner l’opinion publique des véritables enjeux, tout en minant la stabilité des institutions nationales au profit de récits partisans.

Quand la déstabilisation cible le Premier ministre Ousmane Sonko

Ces manipulations visent principalement le Premier ministre Ousmane Sonko, cible constante de tentatives de déstabilisation. À travers des accusations directes et indirectes, des affirmations mensongères de soutien tacite aux revendications indépendantistes, certains acteurs cherchent à remettre en question la légitimité du Premier ministre, qui, en réalité, est engagé pour la paix et l’intégrité nationale. Ces accusations infondées ne font qu’alimenter une confusion qui nuit à l’unité du pays en déformant ses engagements politiques réels.

Les enjeux de la Casamance sont de longue date instrumentalisée pour diviser le pays. La spécificité culturelle de la Casamance, notamment celle d’une partie de ses populations, a souvent servi de justification pour des mouvements de contestation qui, dès les années 1980, ont pris la forme de rébellion orchestrée par le MFDC​. La situation dans la région, bien que stabilisée par des processus politiques, reste fragile et sensible aux rumeurs, amplifiées par des acteurs malintentionnés et des médias qui relaient des informations partiales. En réalité, l’accalmie observée en Casamance est le résultat d’un effort commun et continu entre les autorités sénégalaises et les forces locales, incluant un engagement fort en faveur du développement régional et de l’intégration économique. Comme le rappelait le politologue D. B. Cruise O’Brien sur le « contrat social » sénégalais, l’État a souvent su intégrer les particularismes régionaux, mais cette intégration demande un équilibre constant et une vigilance accrue face aux discours séparatistes​.

Certains acteurs vont jusqu’à accuser le Président de soutenir « tacitement » des initiatives séparatistes, ce qui constitue une manipulation visant à instrumentaliser la question de la liberté académique pour délégitimer son action. Le Président reste pourtant un défenseur ferme de cette liberté, rappelant que le véritable chemin vers une paix durable en Casamance repose sur le dialogue, l’inclusion et le respect mutuel. Aujourd’hui, alors que les forces armées et le gouvernement œuvrent de concert pour préserver l’intégrité du territoire, il est essentiel de dénoncer ces tentatives de division qui, loin de renforcer la cohésion nationale, ne font qu’attiser des tensions et entretenir des mythes militaires au détriment de solutions politiques.

                                                                                  

Macky Sall et l’APR : fossoyeurs de la pensée et de la recherche !

L’annulation de la dédicace de l’ouvrage l’idée de la Casamance autonome[1] à la librairie Aux Quatre Vents n’est que la dernière farce d’un parti — l’Alliance pour la République (APR) — en quête désespérée de revanche après la déculottée de l’élection présidentielle du 24 mars 2024. Cette décision est à mettre au crédit des disciples du dictateur déchu Macky Sall, toujours aussi prompts à censurer dès qu’il s’agit de museler la pensée. Macky Sall qui a toujours eu du mal avec les idées complexes, prouve encore une fois qu’il ne peut tolérer la moindre divergence intellectuelle. S’il fallait une nouvelle preuve de son anti-intellectualisme viscéral, la voilà.

La librairie a cédé. Face à qui ? À quelques cris orchestrés par ceux qui, manifestement, ne comprennent rien aux enjeux historiques ou scientifiques. Cette censure, dictée par la peur de déplaire aux forces réactionnaires de l’APR, marque un recul inquiétant pour la liberté académique. Mais au-delà de cet acte isolé, c’est le silence de la communauté universitaire qui choque. Où sont les défenseurs de la liberté de recherche ? Où sont nos intellectuels, nos enseignants, nos chercheurs, censés être les premiers à s’indigner ?

Cheikh Yerim Seck : l’imposture intellectuelle en direct à la télévision

Cheikh Yerim Seck, quant à lui, mérite une mention spéciale dans cette triste histoire. Premier à tirer sur l’ouvrage de Séverine Awenengo Dalberto, Cheikh Yerim Seck s’illustre une fois de plus dans ce qu’il sait faire de mieux : déblatérer sur des sujets qu’il ne comprend manifestement pas. Cet homme, sans culture et enfermé dans des opinions aussi simplistes que mal informées, est devenu l’incarnation même de l’hostilité envers la Casamance. Et pourtant, il continue d’être invité sur les plateaux, comme si son avis avait une quelconque valeur. Peut-être est-ce là le plus grand mystère de cette affaire : comment un individu aussi déconnecté des réalités intellectuelles et historiques peut-il encore avoir une tribune ?

Cheikh Yerim Seck semble avoir fait de la Casamance sa marotte favorite, sans jamais en comprendre les véritables enjeux. À ses yeux, il suffit de décréter que la Casamance représente une menace pour l’unité nationale pour clore tout débat, comme s’il s’agissait de sa manière de manifester un nationalisme dévoyé, où la répression remplace la réflexion. En diabolisant la région, il alimente un discours réducteur qui ignore les racines profondes du conflit et empêche toute compréhension réelle de ses enjeux. C’est simple, c’est direct, et c’est surtout faux. Mais voilà, quand on manque de profondeur, on compense par des éclats de voix. Cheikh Yerim Seck est le parfait exemple de cet anti-intellectualisme ambiant, où l’on préfère hurler plutôt que réfléchir.

Macky Sall, l’ennemi juré des universités

Ce n’est pas une surprise de voir Macky Sall et ses acolytes mener cette croisade contre la pensée libre et la recherche. Ce n’est pas la première fois qu’il fait taire les lieux de savoir. Souvenons-nous de ces moments où, à la moindre contestation, Macky Sall n’hésitait pas à fermer les universités pour protéger ses intérêts politiques. Après tout, pourquoi permettre aux jeunes d’acquérir une éducation critique quand on peut les priver de leur droit d’apprendre ? Le savoir est une menace pour ceux qui craignent les idées. L’université a toujours été un lieu de débats, de contestations, d’intelligence vive — tout ce que Macky Sall ne tolère pas.

Aujourd’hui encore, même hors du pouvoir, ses partisans continuent cette œuvre destructrice, attaquant tout ce qui pourrait stimuler l’intellect. L’annulation de cette séance de dédicace n’est que le prolongement logique de cette idéologie répressive. Un livre qui retrace l’histoire complexe de la Casamance et de ses luttes autonomistes ne représente en rien une menace pour l’unité du pays. Au contraire, c’est en analysant nos tensions passées que nous pouvons mieux comprendre et renforcer notre cohésion nationale.

Un dangereux précédent pour la liberté académique

Ce qu’il faut comprendre, c’est que cette affaire crée un précédent particulièrement dangereux. Si l’annulation d’une simple dédicace peut se produire sans que personne ne bronche, que se passera-t-il demain ? C’est la porte ouverte à toutes les formes de censure. Ce qui rend cette situation encore plus préoccupante, c’est le silence d’une grande partie de la communauté universitaire. Nous devrions être nombreux à défendre Séverine Awenengo Dalberto, à exiger que ses recherches soient entendues, discutées, critiquées, mais jamais muselées. L’absence de réaction ferme de la part des intellectuels est un aveu de faiblesse qui menace la liberté de recherche dans notre pays.

Macky Sall et ses partisans pensent-ils vraiment qu’ils peuvent museler la pensée par la censure ? L’unité nationale ne se construit pas en interdisant des livres. Il faut être bien naïf pour croire que la cohésion d’un pays peut être ébranlée par quelques pages d’histoire. Ce qui fait la force d’une nation, c’est sa capacité à débattre, à accepter les divergences, à comprendre ses tensions pour mieux les dépasser. Un livre ne détruira pas cette volonté commune de vivre ensemble. Seuls les gens faibles, terrifiés par la pensée, croient que la censure est une solution.

L’unité nationale peut résister à un livre, mais pas à une dictature

Il est tout simplement risible de penser qu’un ouvrage historique peut menacer l’unité nationale. En orchestrant cette campagne contre un livre, Macky Sall et son parti, l’APR, ne cherchent pas seulement à censurer la pensée, mais à mettre en difficulté le pouvoir actuel. En s’opposant à la tenue d’une simple dédicace, ils tentent de créer des tensions là où il n’y en a pas, espérant ainsi embarrasser le président Bassirou Diomaye Faye et son gouvernement. Leur objectif est clair : faire croire que la liberté d’expression et la liberté académique sont des menaces pour l’unité nationale, alors qu’elles en sont les fondements. Ils semblent oublier que l’unité nationale repose sur un dialogue constant, un consensus qui se construit chaque jour par l’échange et la compréhension mutuelle. La rébellion en Casamance, malgré ses vicissitudes, n’a jamais réussi à remettre en cause ce lien indéfectible. Croire qu’un livre pourrait y parvenir est non seulement ridicule, mais aussi révélateur d’un manque flagrant de confiance dans la solidité de notre nation.


[1] Awenengo Dalberto, Séverine. L’idée de la Casamance autonome. Possibles et dettes morales de la situation coloniale au Sénégal. Paris : Karthala, 2024.

PASTEF et la révolution citoyenne : une majorité pour sceller la souveraineté

                                             

Dinañu nekk tey xew na, keneen du feeñ[1]

Les élections législatives du 17 novembre 2024 revêtent une importance capitale pour la sauvegarde des acquis de la révolution citoyenne du 24 mars 2024, et pour poser les bases d’une véritable souveraineté, tant politique, économique que culturelle. L’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye, fruit de cette révolution menée par Ousmane Sonko, a symbolisé un renouveau démocratique et un projet de refonte des institutions au Sénégal. Cependant, cette victoire présidentielle n’est que le premier pas vers la consolidation du nouveau pouvoir. Il est impératif que cette transition politique soit soutenue par une majorité parlementaire robuste et qualifiée, capable de porter les réformes nécessaires et de garantir la pérennité des idéaux révolutionnaires.

Ce scrutin ne représente pas seulement un moment électoral de routine. Il est une occasion historique pour cimenter les bases de la révolution citoyenne, qui a permis au peuple sénégalais de reprendre en main son destin politique. La révolution citoyenne, loin d’être uniquement un slogan, reflète une volonté profonde de réformes structurelles visant à impliquer activement les citoyens dans la gestion de leur pays, à renforcer les institutions démocratiques et à promouvoir la justice sociale, la transparence et l’intégrité. L’élection de Bassirou Diomaye Faye a marqué le début de cette ère nouvelle, mais la mise en œuvre de ses promesses et de sa vision, ne pourra se réaliser sans un parlement engagé et responsable.

Le récent rassemblement à l’Arena de Diamniadio, auquel Ousmane Sonko a pris part, en est une preuve éclatante. Ce succès populaire a démontré non seulement la force mobilisatrice du PASTEF, mais également l’adhésion massive du peuple aux idéaux de souveraineté et de transformation. Ousmane Sonko, par sa présence et son engagement, continue de cristalliser cette dynamique citoyenne, symbole d’une rupture nette avec l’ordre ancien.

La quête de la souveraineté politique et le renforcement des institutions démocratiques

L’obtention d’une majorité parlementaire est impérative pour garantir que le projet de souveraineté nationale soit pleinement réalisé. Cependant, cette majorité ne doit pas être vue comme une fin en soi, mais plutôt comme un moyen de concrétiser la volonté populaire exprimée lors de la révolution. Il ne s’agit pas seulement de gouverner, mais de transformer en profondeur les institutions politiques, économiques et sociales du Sénégal. Il est indispensable que cette majorité soit portée par des représentants fidèles aux aspirations citoyennes et qu’elle œuvre à renforcer l’indépendance des organes de régulation, tout en veillant à promouvoir la transparence et l’obligation de rendre des comptes.

La souveraineté politique est indissociable de la participation citoyenne. Il est essentiel de sensibiliser la population à ses droits et responsabilités, en l’encourageant à s’impliquer davantage dans le processus politique. Seul un peuple éduqué et informé peut véritablement défendre ses intérêts face aux défis du développement et d’un monde en pleine mutation. Cette campagne électorale doit être l’occasion de renforcer cette alliance avec le peuple, car la souveraineté ne peut se réaliser pleinement que lorsque les citoyens se reconnaissent dans les décisions prises en leur nom.

Les enjeux de la souveraineté économique

Outre la souveraineté politique, les législatives de novembre 2024 posent également la question de la souveraineté économique du Sénégal. Ce pays, comme beaucoup d’autres en Afrique, demeure largement dépendant économiquement des puissances étrangères notamment la France et des institutions financières internationales. De plus, l’économie sénégalaise est marquée par la domination des investissements étrangers dans des secteurs stratégiques comme les infrastructures, l’énergie, l’éducation, la culture, la santé et les télécommunications, créant une dépendance dangereuse qui compromet la souveraineté nationale.

La persistance du franc CFA, en particulier, constitue une entrave majeure à cette souveraineté. Symbole de la domination coloniale française, le franc CFA est arrimé à l’euro, ce qui rend les économies de la Zone franc moins compétitive à l’export et favorise les importations. Cela creuse le déficit commercial et renforce la dépendance vis-à-vis des pays étrangers. Nombreux sont les économistes qui soulignent l’impact négatif de cette monnaie sur la capacité des pays africains à gérer de manière autonome leurs politiques économiques. Une sortie du franc CFA permettrait de mettre en place une monnaie adaptée aux réalités économiques du Sénégal et de ses partenaires africains de la zone.

Cette sortie du franc CFA doit s’accompagner d’un contrôle renforcé des ressources naturelles du pays. Le Sénégal, riche en gaz et en minerais, doit reprendre la main sur l’exploitation de ses ressources, en veillant à ce qu’elles profitent directement à sa population. Le Sénégal doit s’intégrer pleinement dans la chaîne de valeur de l’exploitation de ses ressources naturelles pour maximiser les retombées économiques et créer des emplois locaux. En valorisant ses richesses au-delà de l’extraction brute, le pays peut renforcer sa souveraineté économique et assurer un développement durable pour les générations futures. La corruption et la mauvaise gestion constituent des obstacles à cet objectif. Il est donc impératif de garantir une gestion transparente des ressources naturelles et de veiller à ce qu’elles soient utilisées au service du développement national.

Un projet de société pour une souveraineté totale

Le projet politique ne se limite pas à l’obtention du pouvoir, mais vise à refonder l’État en mettant le peuple au centre des décisions. En renforçant l’alliance avec les citoyens, nous consolidons non seulement la souveraineté politique, mais aussi la souveraineté économique. Le parlement à construire sera un outil entre les mains du peuple pour réaliser ces objectifs et garantir que les intérêts du pays priment toujours sur les intérêts étrangers ou les lobbies économiques.

Dans cette bataille décisive pour l’avenir du Sénégal, il est crucial de comprendre que la bourgeoisie compradore et la classe politico-bureaucratique, incarnées par des figures comme Macky Sall et Amadou Ba, représentent les derniers bastions d’un ordre ancien néocolonialiste. Ces élites, complices des intérêts étrangers, ont toujours œuvré pour maintenir le pays dans une dépendance économique et politique, perpétuant ainsi la servitude imposée par les puissances extérieures. Leur défaite est impérative pour briser définitivement les chaînes du néocolonialisme et ouvrir la voie à une véritable souveraineté. Ils ne sont que les relais d’un système mondial en déclin, et il est de notre devoir, en tant que peuple, de les vaincre pour faire triompher les idéaux de la révolution citoyenne et redonner au Sénégal son autonomie dans la gestion de ses ressources et de son avenir.

Il est donc crucial de ne pas limiter la campagne électorale à une simple quête de sièges parlementaires. Le succès du projet dépend d’une majorité parlementaire certes, mais surtout de la confiance continue du peuple sénégalais, qui doit voir en cette campagne une prolongation directe de la révolution citoyenne du 24 mars 2024. Cette révolution a donné naissance à une dynamique nouvelle où le peuple s’est réapproprié son destin politique, et il est fondamental que cette alliance soit maintenue et renforcée au-delà du cadre électoral.

Consolidons l’alliance avec le peuple, le seul souverain

Cette campagne doit être un moment de dialogue intense avec le peuple. En tant qu’acteurs de la révolution, nous devons constamment réaffirmer que notre projet politique est un projet de souveraineté populaire. Le peuple est la seule source de légitimité du pouvoir, et c’est en le gardant à nos côtés que nous pourrons bâtir un avenir fondé sur la souveraineté politique, économique et culturelle. Le succès du projet ne repose pas seulement sur une majorité à l’Assemblée nationale, mais sur la confiance et la mobilisation constante des citoyens. Chaque pas vers la souveraineté, chaque réforme, chaque décision doit être ancré dans une concertation avec le peuple, afin qu’il se sente impliqué dans les transformations de son pays.

Le dialogue permanent, la transparence, et l’implication citoyenne doivent être au cœur de la stratégie politique. Le peuple, en tant que souverain, doit jouer un rôle central dans la définition des priorités nationales, qu’il s’agisse des réformes économiques ou de la gestion des ressources naturelles. Seule une alliance forte avec le peuple pourra garantir la légitimité et la longévité des réformes à venir.

En conclusion, bien que Macky Sall, Amadou Ba, et Barthélemy Dias seront de la partie, leur présence ne sera qu’une formalité. Macky Sall, ce chef d’orchestre d’un néocolonialisme dépassé, viendra peut-être nous offrir ses dernières notes dissonantes, mais l’orchestre est déjà en train de quitter la scène. Quant à Amadou Ba, l’éternel technocrate sans éclat, il tentera sûrement une dernière acrobatie pour sauver un système qu’il a servi avec une fidélité aveugle, mais il trébuchera avant même de monter sur la piste. Et Barthélemy Dias, avec ses coups de gueule de fausse révolte, jouera encore les rebelles sans cause de salon, mais sa révolte sonnera creux comme toujours. Dinañu nekk tey xew na, keneen du feeñ! Ils seront là, mais tout est déjà plié. Le peuple a déjà tourné la page de ces marionnettes du passé. Le peuple a choisi sa voie, celle de la souveraineté, de la transparence et de la justice sociale. Rien ne pourra entraver cet élan vers un Sénégal nouveau, car la victoire du peuple est inéluctable.


[1] Ils seront là, mais tout est déjà plié et personne d’autre ne pourra se démarquer.

Le combat de Marcel Bassène pour une Casamance en paix

À la mémoire de l’abbé Raoul Sagna et du député et président du Conseil régional de Ziguinchor Omar Lamine Badji, deux hommes de paix, victimes du conflit en Casamance. Que leur souvenir et celui de toutes les victimes inspirent les générations futures.

Le 8 octobre 2024, le Premier ministre Ousmane Sonko a présidé un Conseil interministériel crucial dédié au retour des déplacés du conflit en Casamance, marquant une nouvelle étape dans le processus de rétablissement de la paix. Grâce à des efforts soutenus, de nombreuses populations retrouvent leurs villages, la reconstruction des infrastructures et la relance des activités économiques prennent corps. Le déminage avance à grands pas, avec l’ambition de sécuriser complètement la région d’ici 2026. Pour coordonner ces initiatives, un comité régional de pilotage a été instauré, soutenu par un financement de plus de 53 milliards de FCFA. Le lancement du Plan Diomaye pour la Casamance symbolise cet engagement à long terme pour la paix et le développement. Toutefois, des défis importants restent à surmonter, notamment la sécurisation de certaines zones, la lutte contre les trafics et la résolution des conflits fonciers.

Ces avancées trouvent leurs racines dans une histoire plus ancienne, remontant aux années 1990, lorsque Marcel Bassène a joué un rôle essentiel en mettant en œuvre le dialogue entre l’État sénégalais et le Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC). Dans les années 1980 et au début des années 1990, la Casamance était en proie à une crise politique et sécuritaire majeure. Le MFDC, réclamant l’indépendance de la région, menait une rébellion violente. La marginalisation économique et sociale de la région a suscité de profondes frustrations, qui ont aggravé les tensions. Celles-ci étaient appuyées par une partie de la population locale. Le gouvernement sénégalais, par la répression militaire, tenta de mater les révoltes, mais cette approche ne fit qu’aggraver la situation. Les tentatives de dialogue restaient rares et infructueuses. Ce contexte explosif rendait d’autant plus difficile toute tentative de médiation, ce à quoi Marcel Bassène s’attela avec détermination. Décédé le 22 août 2006, il laisse derrière lui un héritage qui continue d’éclairer le chemin vers la paix en Casamance. Cet article retrace le parcours de cet homme exceptionnel qui, en tant que député du Parti démocratique sénégalais (PDS) donc de l’opposition, a réussi à convaincre le Président Abdou Diouf de s’engager dans des négociations avec les indépendantistes, amorçant un processus qui a ouvert la voie à la paix que nous entrevoyons aujourd’hui.

Un homme cœur du dialogue pour la Casamance

Marcel Bassène était un homme d’une grande indépendance d’esprit, caractérisé par une dignité et une discrétion profonde, souvent interprétées à tort comme de la timidité. Malgré une santé fragile durant sa jeunesse, il eut un parcours académique brillant, devenant un mathématicien éminent et un formateur respecté. En politique, il se distingua par son pragmatisme et sa tolérance, n’hésitant jamais à soutenir des propositions qui faisaient sens, même si elles provenaient d’adversaires. Il s’engagea en politique avec la ferme volonté de changer le cours des choses, choisissant une voie loin d’être facile. Membre fondateur du PDS, il n’a été candidat à aucun poste au sein du parti, mais grâce à son charisme, il devint un leader de premier plan. Pendant de nombreuses années, il fut à la tête de la fédération de Casamance, la seule instance du PDS à fonctionner de manière véritablement démocratique. Il assura également l’intérim à la direction du parti à chaque absence prolongée de Me Wade, lorsqu’il séjournait en France. Enfin, son ouverture d’esprit et sa capacité à supporter des débats contradictoires sans recours à des arguments d’autorité témoignaient de son engagement pour le libre arbitre et la justice.

En tant que député de l’opposition, Marcel Bassène aurait pu rester à l’écart du conflit, se limitant à critiquer les actions du gouvernement de l’époque. Pourtant, il prit la décision de s’engager activement dans la recherche d’une solution. Très tôt, il a compris que la solution militaire n’était pas la voie à suivre et que seule une approche inclusive, impliquant des négociations avec le MFDC, permettrait de restaurer la paix en Casamance.

En 1992, Marcel Bassène a résumé sa pensée sur la question casamançaise dans un courrier adressé au Président Abdou Diouf et au professeur Assane Seck, responsable de l’Union régionale du Parti socialiste. Dans cette lettre introductive au document intitulé « Contribution du Comité de réflexion des cadres casamançais », il exposait la méthode qu’il proposait pour sortir de la crise. Il y prônait un dialogue ouvert et structuré, fondé sur la compréhension des réalités locales et le respect mutuel entre toutes les parties. Ce document est devenu une base importante pour les négociations avec le MFDC.

Sa prouesse politique a été de convaincre Abdou Diouf, alors président du Sénégal, d’entamer ce dialogue avec les chefs du MFDC, malgré la réticence initiale du gouvernement à négocier avec les rebelles. Marcel Bassène a su naviguer avec habileté entre les pressions politiques internes et les réalités complexes du terrain. Cet exploit est d’autant plus remarquable qu’il venait d’un député de l’opposition, une position qui, en général, limite l’influence directe sur les décisions de l’exécutif.

Un héritage de paix soutenu par des alliés stratégiques

Pour mener à bien cette mission délicate, Marcel Bassène a bénéficié de l’accompagnement fidèle de plusieurs amis et collègues. Des personnalités, comme Mansour Cama, El Hadj Amat Sy, et ses collègues députés Omar Lamine Badji, Moussa Diédhiou et Laye Diop Diatta l’ont soutenu dans son action. Des figures influentes comme Ibrahima Ama Diémé ont également joué un rôle essentiel dans l’accompagnement de son travail de médiation. De plus, le général Doudou Diop, alors soutien de premier plan à la présidence, a été un acteur clé dans la facilitation du dialogue entre le MFDC et l’État sénégalais. Le ministre des Forces armées, Médoune Fall, a su incarner l’autorité politique en faisant comprendre aux troupes que la volonté de dialogue était inébranlable. Maître Kaoussa Kaba Bodian, ami personnel de Marcel Bassène a été le conseiller juridique. Leur appui a permis à Marcel Bassène de renforcer son influence et de donner une portée nationale à ses initiatives en faveur du dialogue.

Le rôle de Marcel Bassène ne s’est pas limité aux débats politiques à Dakar. Son engagement allait bien au-delà des mots et des idées : il s’est personnellement rendu dans le maquis, rencontrant les chefs militaires indépendantistes dans les forêts de la Casamance, souvent au péril de sa vie. Il savait que la paix ne pouvait être obtenue qu’à travers la compréhension mutuelle, et il a consacré une bonne partie de sa vie à rapprocher les positions de l’État sénégalais et celles du MFDC. Son engagement indéfectible pour la réconciliation lui a valu le respect des deux camps.

Grâce à ses efforts, des factions du MFDC ont accepté de s’asseoir à la table des négociations, amorçant un processus qui allait progressivement réduire l’intensité du conflit. Sa méthode, basée sur la négociation, le compromis et la compréhension, a montré que même dans un climat de guerre et de méfiance, des ponts pouvaient être construits. Marcel Bassène n’a jamais cherché à imposer des solutions, mais à promouvoir un dialogue inclusif, prenant en compte les revendications des populations casamançaises tout en garantissant l’unité territoriale du Sénégal.

Le 20 mars 1991, les Accords de Toubacouta ont été conclus entre Marcel Bassène, représentant le collectif des députés de la Casamance, et le Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC). Ces accords avaient pour objectif de préparer les négociations à venir en vue d’un cessez-le-feu, qui menèrent ensuite aux Accords de Cacheu. Le 31 mai 1991, les Accords dits de Cacheu furent signés en Guinée-Bissau, marquant la première trêve officielle entre le gouvernement sénégalais et le MFDC. Négocié sous la médiation du président guinéen Nino Vieira, garant de sa mise en œuvre, cet accord fut conclu en l’absence de l’abbé Augustin Diamacoune Senghor, figure emblématique du MFDC, alors emprisonné à Dakar. C’est Sidy Badji, chef d’état-major du MFDC à l’époque, qui a signé au nom du mouvement.

À la suite de ce cessez-le-feu, Sidy Badji a quitté le maquis, tandis que l’abbé Diamacoune et ses compagnons détenus ont été libérés en signe d’apaisement. Le 30 décembre 1992, Sidy Badji a lancé un appel aux combattants du MFDC pour qu’ils déposent les armes, renforçant l’espoir d’une paix durable, malgré les tensions internes au sein du mouvement.

Avant sa mort en 2006, Marcel Bassène m’a confié, au cours d’entretiens enregistrés durant de longues heures, les motivations profondes derrière ses actions et ses stratégies pour la paix en Casamance. Il m’a expliqué ce qu’il a fait, pourquoi il l’a fait et les espoirs qu’il nourrissait pour sa région natale. Ces archives sonores, précieuses et inédites, feront bientôt l’objet d’une publication. Elles offriront un éclairage intime et unique sur la pensée et l’engagement de cet homme qui a consacré sa vie à la réconciliation. Mais aussi une clé de compréhension de cette période de l’histoire du pays.

L’impact durable de Marcel Bassène sur la réconciliation en Casamance

Marcel Bassène est décédé le 22 août 2006, mais son héritage continue de résonner dans la politique actuelle de rétablissement de la paix en Casamance. Les initiatives de retour des déplacés et de reconstruction des infrastructures locales, telles qu’elles ont été discutées lors du conseil interministériel d’octobre 2024, s’inscrivent dans la continuité de son travail. Le processus de déminage, la réinsertion socio-économique des populations et les projets de développement sont autant de fruits des fondations posées par cet homme de paix.

Aujourd’hui, alors que la Casamance semble plus proche que jamais d’une paix durable, il est essentiel de rappeler que ce chemin vers la stabilité a été largement pavé par Marcel Bassène. Ses actions, sa vision et son engagement ont contribué à créer les conditions d’un dialogue entre l’État et le MFDC, permettant d’ouvrir la voie à une réconciliation qui semblait inimaginable dans les années 1980 et 1990.

Le parcours de Marcel Bassène illustre à quel point un individu peut avoir un impact décisif sur le destin d’une nation. En tant que député de l’opposition, il a surmonté les barrières politiques pour apporter sa contribution à la résolution d’un conflit qui semblait sans issues. Son engagement, tant sur le plan politique que sur le terrain, a permis d’amorcer un dialogue qui a changé le cours de l’histoire en Casamance.

Aujourd’hui, alors que les efforts de rétablissement de la paix se poursuivent et que les populations déplacées reviennent progressivement dans leurs villages, il est crucial de reconnaître l’héritage de Marcel Bassène. Sa mémoire doit être honorée non seulement pour le rôle qu’il a joué dans la réconciliation, mais aussi pour l’exemple qu’il incarne : celui d’un homme qui a fait de la paix une mission de vie. Grâce à lui, la Casamance entrevoit enfin un avenir plus serein, et son nom restera à jamais associé à l’effort de rétablissement de la paix dans cette région autrefois déchirée par la guerre.

Dr Félix Atchadé

La nouvelle démocratie sénégalaise : plus forte que les mensonges

L’approche des élections législatives au Sénégal suscite des analyses pour le moins passionnées. Certains devins annoncent une « montée de tension politique », d’autres murmurent qu’il y a les premiers jalons d’un régime liberticide. Si l’on prenait au mot ces grands théoriciens de l’apocalypse politique, il semblerait que Dakar est à deux pas de sombrer dans le chaos. Or, la réalité est, comment dire… nettement plus paisible. Nous sommes loin, très loin, des scènes dantesques que la capitale sénégalaise a connues il n’y a pas si longtemps. Là où les chars de gendarmerie et les escouades armées faisaient partie du décor urbain quotidien, il ne reste aujourd’hui que des réminiscences, alimentées par ceux qui semblent regretter ces images fortes.

En réalité, le Sénégal est en train de montrer au monde un exemple de révolution citoyenne démocratique. Ceux qui parlent d’étouffement des libertés ne font que projeter leurs propres fantasmes. Le régime du Président Bassirou Diomaye Faye a su instaurer un climat apaisé, où la justice reprend ses droits, et où chacun peut s’exprimer dans les limites d’un État de droit renforcé. Mais bien sûr, cela ne plaît pas à tout le monde.

Des vagues ou un verre d’eau renversé?

Il est amusant de constater avec quelle facilité certains analystes ressassent cette idée d’une tension politique rampante, comme s’ils étaient nostalgiques des événements de 2021, 2022, 2023 et début 2024, lorsque la dérive dictatoriale de Macky Sall avait enflammé les rues et saturé l’agenda médiatique. Mais cette fois-ci, qu’avons-nous vraiment ? Quelques convocations à la police, un journaliste empêché de voyager, et un acteur politique qui s’agite avant même que l’épreuve des urnes ne commence. Pour un pays qui a déjà connu l’angoisse de centaines de prisonniers politiques et une répression sanglante sous l’ancien régime, cela ressemble davantage à une tempête dans un verre d’eau.

Prenons l’exemple de Madiambal Diagne, ce journaliste aux prises avec une interdiction de sortie du territoire. Une histoire dans laquelle il affirme être coincé au Sénégal faute de pouvoir rendre un passeport diplomatique qu’il n’a jamais possédé. Il raconte, bien sûr, l’histoire à moitié. Il faut regretter l’absence de communication claire des autorités policières sur le sujet, mais ce qui est amusant, c’est que Madiambal Diagne lui-même finit par reconnaître, dans une phrase alambiquée, que toute cette histoire de passeport diplomatique qu’il vend à grands coups médiatiques est du pur pipeau. Il dit, et je cite : « aucune notification écrite ne m’a été formellement faite de cette forme d’interdiction de sortie du territoire. » À bien lire, ce qui le dérange n’est pas tant l’interdiction en elle-même, mais qu’elle n’ait pas été communiquée sous une forme écrite et formelle. Donc, elle existe bien. Mais, subtilité administrative oblige, Madiambal Diagne préfère se présenter en victime d’un complot politique et d’État.

Ah, les subtilités administratives ! Pourtant, cela ne l’a pas empêché de dénoncer une « autocratie » rampante. C’est plutôt croustillant quand on sait qu’il a longtemps servi de porte-parole officieux pour Macky Sall, un président dont le bilan en matière de libertés publiques n’est pas vraiment une source de fierté : plus de 1 500 prisonniers politiques, des dizaines de morts et d’innombrables mutilés. Alors, Madiambal Diagne, autocratie, vraiment ? Mais ne nous arrêtons pas là. A-t-il oublié les années où il soutenait sans faillir des lois liberticides, justifiées par un besoin soi-disant impératif de « maintenir l’ordre public » ? Aujourd’hui, quand la roue tourne et qu’il se retrouve brièvement retenu sur le sol national, l’indignation est soudaine. Mais où était-elle lorsque des milliers de jeunes se voyaient refuser le droit de manifester, ou pire, d’exprimer leur opinion sous Macky Sall ? Ironie du sort, il semble que certains découvrent les vertus du droit à la liberté seulement quand ils en sont temporairement privés.

Monsieur Madiambal Diagne, toujours prêt à dégainer sa plume, non pas tant pour éclairer le débat public que pour servir ses petites croisades personnelles. Car il faut bien le dire, son journal semble plus souvent consacré à la défense de ses intérêts qu’à celle de la vérité journalistique. La neutralité ? Un concept dépassé pour monsieur Diagne, qui met son média au service de ses propres batailles, avec une ardeur admirable. Et comme il ne s’arrête jamais à une seule casquette, notre homme est également entrepreneur immobilier. Rien d’étonnant alors qu’il lui arrive de troquer son costume de journaliste pour celui d’homme d’affaires en difficulté, utilisant sa tribune pour défendre l’entrepreneur… qui, par un heureux hasard, n’est autre que lui-même ! Oh, ces moments délicieux où l’on voit Madiambal Diagne, avec son style d’écriture certes pas des plus alléchants, pondre de longs éditoriaux pour protéger ses propres affaires immobilières. Ah, le conflit d’intérêts ! Quand il nous tient… Mais après tout, pourquoi se priver d’un tel pouvoir quand on peut faire d’une pierre deux coups : mener ses combats personnels tout en continuant à jouer les éditorialistes en quête de justice.

Le marathon des ambitions politiques

Venons-en à Bougane Guèye Dany, magnat de la presse et candidat aux élections législatives anticipées. La situation devient particulièrement amusante avec lui, car il est un habitué des précampagnes. Ah, monsieur Bougane Guèye, ce talentueux animateur des périodes électorales, toujours prêt à tenir en haleine le microcosme politico-médiatique dakarois avec ses quêtes incessantes de parrainages. Lors des précédents scrutins, ses recherches infructueuses avaient au moins l’avantage de créer du suspense. Malheureusement pour ces législatives anticipées, il n’y a pas de parrainages. Cruel coup du sort ! Mais il faut bien exister, n’est-ce pas ?

Alors, faute de pouvoir s’affairer à cette activité familière, Bougane Guèye Dany a trouvé un autre moyen d’occuper la scène : Lives Facebook à répétition, conférences de presse, où il multiplie les déclarations injurieuses et séditieuses. Ce qu’il qualifie de « provocation » et d’« insulte à la démocratie » s’apparente davantage à une mise en scène politique. Il ferait bien de se souvenir que la présidentielle, la véritable, n’aura lieu qu’en 2029. En attendant, ses gesticulations médiatiques risquent de le fatiguer plus vite que prévu.

Et pourtant, avec toute cette énergie, ne serait-il pas plus productif de la canaliser vers l’élaboration d’un véritable projet politique ? Une stratégie bien pensée pourrait lui permettre de convaincre les Sénégalais autrement qu’en se posant en victime. Mais peut-être est-ce là trop lui demander. Après tout, réfléchir à un programme cohérent demande bien plus d’efforts que de crier au scandale à chaque occasion…

N’oublions pas non plus Cheikh Yerim Seck, ce journaliste devenu oracle du malheur, dont les prédictions sont aussi fiables que celles d’un horoscope du dimanche. À en croire ses dires, les chiffres du gouvernement sont des affabulations. Qu’importe les audits et les comptes certifiés, Cheikh Yerim Seck persiste et signe, clamant haut et fort que l’opacité règne. Pourtant, après chaque crise de dénégation, il se retrouve bien souvent dans les couloirs de la justice, obligé d’admettre que ses théories tiennent plus du fantasme que de la réalité. Mais peut-être est-ce là sa stratégie : une carrière forgée dans la répétition de prédictions erronées n’est-elle pas, après tout, une forme de succès en soi ?

Et puis, comment oublier cette sortie mémorable où monsieur Seck, avec toute la solennité du penseur en quête de répliques chocs, affirmait sans sourciller que, s’il le fallait, on pouvait bien sacrifier 90 % de la population pour que les 10 % restants puissent enfin vivre en paix. Rien que ça ! Il citait alors, à sa manière bien singulière, l’adage latin « dura lex, sed lex », comme si cette maxime justifiait un tel génocide « pour le bien commun ». Visiblement, Cheikh Yerim Seck, en bon expert de la nuance, avait compris cet adage dans un sens inédit.

Mais ce n’est pas tout. Rappelons que, quelques mois avant la présidentielle, au nom de ce qu’il considère être la « connaissance » dont il pense être l’incarnation vivante, il avait fermement déclaré qu’il était tout simplement impossible qu’un candidat remporte l’élection dès le premier tour. Ah, ce flair politique digne des plus grands ! Résultat des courses ? Bassirou Diomaye Faye a été élu au premier tour, avec une majorité éclatante. Mais ne le blâmons pas : après tout, il ne fait que perpétuer sa belle tradition d’erreurs prévisionnelles… avec une constance qui force l’admiration.

Quand le scénario de la répression s’effondre : la réalité du terrain

Finalement, tous ces personnages — journalistes, hommes politiques et autres personnalités convoquées — ont bel et bien été entendus par la justice. Si l’on prend au mot ceux qui dénoncent la situation actuelle, on se croirait en pleine dystopie orwellienne, où chaque mot prononcé est aussitôt puni de prison. Rien n’est plus faux ! Le Procureur a décidé de classer sans suite ces affaires. Il faut bien reconnaître que ces personnes convoquées ne représentent en réalité aucune menace politique sérieuse. D’ailleurs, rappelons qu’ils ne sont que quatre. Oui, quatre. Cela fait un peu léger pour une véritable rébellion, vous ne trouvez pas. Il serait même tentant, pour les plus enthousiastes, de les baptiser « la bande des quatre », en clin d’œil à la Révolution culturelle en Chine. Mais nos quatre personnalités ne méritent certainement pas un tel honneur. Aucunement comparables à leurs prédécesseurs historiques, ils ne sont que des figures médiatiques cherchant un instant de gloire éphémère.

On pourrait certes regretter la longueur des gardes à vue et les multiples retours de parquet, mais il faut reconnaître que le nouveau pouvoir a montré sa volonté d’en finir avec les errements du passé. En nommant aux ministères de la Justice et de l’Intérieur des personnalités fortes, non affiliées à PASTEF, le régime a donné un signal clair : l’attachement à l’État de droit est réel. Et que dire de l’organisation des Assises de la Justice, véritable cadre de réflexion et de réforme pour une justice plus transparente et indépendante ?

Ainsi, pour ceux qui se pressent de qualifier ce régime de liberticide, il serait peut-être bon de prendre un instant de recul, et de prendre au mot les actions réelles menées pour renforcer les institutions et garantir les libertés. La démocratie sénégalaise n’est pas en péril, bien au contraire : elle est en pleine refondation.

Pauvreté et inégalités de santé : le Sénégal à l’heure des réformes vitales

La publication de l’avant-projet de Document de stratégie de développement 2025-2029 du gouvernement du Président Bassirou Diomaye Faye marque un tournant dans l’histoire récente du Sénégal. Ce plan ambitieux cherche à combler les lacunes des politiques antérieures et à transformer en profondeur le paysage social et économique du pays. Pourtant, en matière de santé et de lutte contre la pauvreté, le défi reste colossal. Les politiques précédentes, malgré leur intention louable, ont échoué à réduire les inégalités et à garantir un accès équitable aux soins, notamment pour les plus vulnérables.

L’héritage des réformes économiques imposées par les institutions financières internationales, combiné à une mauvaise gouvernance, a conduit à un système de santé qui, loin de combler les écarts, a souvent renforcé les disparités entre riches et pauvres, entre zones urbaines et rurales. Aujourd’hui, alors que le gouvernement s’engage à mener une politique sociale plus inclusive et à renforcer la protection sociale, cet article vise à analyser les raisons profondes de l’échec des politiques antérieures et à proposer des solutions concrètes en phase avec les nouvelles priorités stratégiques.

La pauvreté : définition, concept et situation

Pour comprendre l’échec des politiques de lutte contre la pauvreté, il est crucial de saisir la véritable nature de celle-ci au Sénégal. La pauvreté n’est pas simplement l’absence de ressources économiques ; elle est un phénomène plus complexe et multifactoriel. Selon l’économiste Amartya Sen, la pauvreté doit être perçue comme une privation des « capabilités », c’est-à-dire l’incapacité des individus à mener la vie qu’ils souhaitent. Cela inclut non seulement le manque de revenus, mais aussi l’absence d’accès aux services sociaux de base tels que la santé, l’éducation, et les infrastructures.

Cette perspective est particulièrement pertinente dans le contexte sénégalais, où la pauvreté affecte principalement les populations rurales et des zones périurbaines. De même, elle touche fortement les groupes marginalisés, les femmes et les jeunes. Ces populations font face à des privations économiques, mais aussi à un accès limité à des services essentiels comme les soins de santé. Tout cela empêche non seulement de vivre dans des conditions décentes, mais entrave aussi le développement du capital humain, qui est un levier crucial pour le développement économique et social du pays.

Le tableau de la pauvreté telle que brossée par les rapports de la Banque mondiale et du Registre national unique (RNU) met en évidence une réalité persistante. Selon le rapport de la Banque mondiale intitulé « Situation économique du Sénégal en 2023 : répondre aux besoins des groupes vulnérables pour le développement national », le taux de pauvreté a atteint 36,3 % en 2022, reflétant l’impact de la hausse des prix des denrées alimentaires sur les ménages à faible revenu. Ces derniers, représentant près de 45 % de la population, sont particulièrement vulnérables aux chocs économiques. Cette pauvreté est encore plus prononcée dans les zones rurales, où vivent 80 % des ménages chroniquement pauvres.

Le rapport souligne également que 54,2 % de la population sénégalaise est à risque de basculer dans la pauvreté en cas de choc économique ou environnemental. Cela montre la fragilité de la situation. Face à cette réalité, le développement de filets de protection et de sécurité sociale apparaît comme des solutions inévitables.

Le Registre national unique (RNU), quant à lui, apporte une cartographie précise des 541 192 ménages identifiés comme étant parmi les plus pauvres du Sénégal, soit environ 29 % des ménages. Ce rapport, édité en collaboration avec la Banque mondiale, met en exergue la forte concentration de la pauvreté dans les régions les plus défavorisées, comme Kolda, Sédhiou et Kédougou, où 64 % des ménages répertoriés vivent en milieu rural. Le RNU révèle également que 85 % des chefs de ménage ne sont jamais allés à l’école, un chiffre encore plus élevé en milieu rural. Le rapport que seulement 37 % des ménages les plus pauvres ont accès à l’électricité, contre 94 % au niveau national dans les zones urbaines. Plus grave, un quart des ménages répertoriés n’a pas accès à une source d’eau potable améliorée, contre 85 % pour l’ensemble de la population. Ces inégalités, tant au niveau des infrastructures que de l’accès aux services sociaux de base, renforcent les dynamiques de pauvreté, limitant ainsi les perspectives d’amélioration des conditions de vie.

La pauvreté ne fait pas que limiter l’accès aux services de santé, elle aggrave également les conditions de vie qui exposent les individus aux maladies et réduisent leurs chances de survie. Selon les données de l’Enquête démographique et de Santé continue (EDS-C) 2023, les ménages ruraux, en particulier, souffrent d’un accès limité aux services de base, aggravant ainsi leur vulnérabilité sanitaire. Par exemple, seulement 53,9 % des ménages en milieu rural bénéficient de services d’assainissement adéquats, contre 73,3 % en milieu urbain. Cette inégalité dans l’accès à des conditions de vie décentes se traduit par des taux plus élevés de maladies liées à l’eau et à l’assainissement, ainsi qu’une exposition accrue à des risques sanitaires.

Ces disparités sont visibles dans les taux de mortalité infantile et maternelle. En milieu rural, le taux de mortalité infanto-juvénile est de 45 pour 1000 naissances vivantes, contre 34 pour 1000 en milieu urbain. Cette inégalité est alarmante et démontre que la pauvreté n’affecte pas seulement la qualité de vie quotidienne, mais aussi la survie même des individus les plus vulnérables, en particulier les enfants et les femmes.

L’influence des institutions internationales et la gestion arbitraire des ressources

Les réformes économiques imposées au Sénégal par les institutions financières internationales, notamment le FMI et la Banque mondiale, ont entraîné des répercussions profondes sur la gestion des services publics, y compris la santé. Dans les années 1980, le Sénégal a été contraint d’adopter des programmes d’ajustement structurel, dont l’objectif principal était de réduire les dépenses publiques. Si ces réformes ont pu stabiliser temporairement l’économie, elles ont eu des effets désastreux sur les systèmes de santé et de protection sociale.

L’introduction de l’Initiative de Bamako, qui visait à décentraliser et à rendre les services de santé plus accessibles en introduisant des frais pour les usagers, a entraîné à certains égards des conséquences contre-productives. En effet, au lieu d’améliorer l’accès aux soins, cette initiative a renforcé les inégalités. Les populations les plus pauvres, incapables de payer pour les services de santé, ont été exclues du système, tandis que les élites urbaines bénéficiaient de services de meilleure qualité.

Au-delà des réformes imposées de l’extérieur, le Sénégal a souffert d’une mauvaise gestion interne des ressources destinées à la santé. Dans de nombreux cas, l’accès aux services de santé, notamment pour les plus démunis, était décidé sur la base de critères arbitraires et non transparents. Par exemple, dans certains centres de santé, l’accès gratuit aux soins pour les « indigents » dépendait de la « bonne volonté » du personnel soignant, sans critères clairs pour identifier les bénéficiaires.

Cette gestion inefficace s’est aussi manifestée dans la distribution inégale des ressources entre les zones rurales et urbaines. Alors que Dakar et les grandes villes bénéficiaient d’une majorité des ressources publiques, les régions rurales, où se concentrent les populations les plus vulnérables, étaient souvent négligées. Le manque de transparence dans la gestion des fonds publics et l’absence de mécanismes de suivi efficaces ont exacerbé ces disparités.

Les inégalités sociales et régionales dans l’accès aux soins

Les disparités entre les zones rurales et urbaines sont l’un des principaux obstacles à l’équité en matière de santé au Sénégal. L’Enquête démographique et de Santé continue (EDS-C) de 2023 montre des écarts significatifs dans l’accès aux soins prénatals entre les femmes vivant en milieu rural et celles en milieu urbain. Dans les zones urbaines, 93,5 % des femmes enceintes reçoivent des soins prénatals, contre un pourcentage beaucoup plus faible dans les régions rurales. Les enfants issus des ménages du quintile de bien-être économique le plus bas sont plus susceptibles de souffrir de malnutrition et de retard de croissance.

Ces inégalités ne se limitent pas à l’accès aux soins prénatals. Les infrastructures de santé dans les zones rurales sont souvent sous-équipées et sous-financées, et le personnel médical y est en nombre insuffisant. Le résultat est un taux de mortalité plus élevé dans les zones rurales. Également, une qualité des soins inférieure à celle offerte dans les grandes villes. Les politiques de décentralisation, bien que conçues pour rapprocher les services de santé des populations, n’ont pas les dotations en ressources financières et humaines nécessaires pour les rendre efficaces.

Le niveau d’éducation joue un rôle crucial dans l’accès aux soins de santé et dans la réduction des inégalités sociales de santé au Sénégal. En effet, un niveau d’instruction plus élevé est directement corrélé à une meilleure capacité d’accès aux services de santé. Les personnes ayant atteint le niveau secondaire ou plus sont mieux informées et donc mieux équipées pour comprendre et utiliser les services de santé disponibles. Cela contraste fortement avec les personnes sans éducation, qui se heurtent à de plus grandes difficultés pour accéder à ces services, notamment en milieu rural.

Les femmes sont particulièrement touchées par ces disparités. Celles qui n’ont pas eu accès à l’instruction, ou dont le niveau d’instruction est faible, rencontrent plus d’obstacles pour obtenir des soins prénatals et postnatals. Selon les données de l’EDS-C 2023, le taux d’alphabétisation est nettement plus bas parmi les ménages les plus pauvres, ce qui crée un cercle vicieux où le manque d’éducation entrave non seulement l’accès aux soins, mais aussi l’adoption de comportements de santé préventifs. Ce phénomène aggrave encore les inégalités sociales et économiques.

Par ailleurs, l’éducation a un impact direct sur la santé des enfants. Les mères avec un niveau d’instruction faible ou inexistant sont plus susceptibles de voir leurs enfants souffrir de malnutrition, de retard de croissance, ou d’autres problèmes de santé. Les taux de mortalité infantile sont ainsi plus élevés chez les enfants dont les mères ont un faible niveau d’éducation. En revanche, les mères instruites sont plus à même de prendre des décisions éclairées concernant la santé de leurs enfants, améliorant ainsi leurs chances de survie.

Ces inégalités démontrent que l’éducation est un levier fondamental pour améliorer l’accès équitable aux soins et réduire les disparités en matière de santé. Pour que les politiques de santé publique atteignent leur plein potentiel, il est donc essentiel de renforcer l’accès à l’éducation, notamment pour les femmes et les populations rurales, et de lier davantage les politiques éducatives aux réformes sanitaires.

La mauvaise gouvernance et la corruption

La mauvaise gestion des ressources publiques et la corruption ont joué un rôle clé dans l’échec des politiques de santé au Sénégal. Bien que des sommes considérables aient été allouées au secteur de la santé à travers divers programmes de financement, une partie importante de ces fonds a été mal gérée, voire détournée. La corruption endémique dans la gestion des hôpitaux et des centres de santé a également contribué à affaiblir.

Les hôpitaux publics sénégalais sont confrontés à une série de dysfonctionnements qui aggravent les inégalités de santé, notamment pour les populations les plus vulnérables. Le scandale de la mort d’Astou Sokhna en 2022 à l’Hôpital Régional de Louga a révélé au grand jour les insuffisances criantes du système[1]. Cette patiente enceinte est décédée faute de prise en charge immédiate, ce qui a provoqué une vague d’indignation à travers le pays. Cet incident montre de manière tragique la négligence médicale et l’absence de soins d’urgence adéquats dans les établissements publics.

Le manque de moyens dans les hôpitaux est flagrant. Les patients sont souvent contraints d’apporter eux-mêmes certains équipements de base ou de payer à l’avance pour être pris en charge. Les réformes hospitalières des années 1990, visant à rendre les hôpitaux autonomes et rentables, ont en réalité accentué la déshumanisation des soins. Les urgences, où les patients sont censés être pris en charge sans délai, deviennent des lieux où l’argent détermine la rapidité et la qualité des soins, ce qui accentue les inégalités.

Le système est également gangrené par la corruption et le clientélisme. De nombreux professionnels de santé, confrontés à des salaires bas et à des conditions précaires, se livrent à des pratiques illégales telles que le travail parallèle ou le « racket ». Les stagiaires peuvent être maintenus dans des situations de précarité sans rémunérations pendant des années, ce qui affecte leur motivation et, par ricochet, la qualité des soins.

Ce contexte a créé une méfiance croissante envers le système hospitalier public. Le procès des sages-femmes de Louga a mis en évidence le besoin urgent d’une refonte du système de santé, avec un financement accru et une réorganisation des priorités. Plutôt que de se concentrer sur la rentabilité, l’hôpital public devrait être recentré sur sa mission première : offrir des soins accessibles, de qualité, et équitables à l’ensemble de la population.

Propositions de solutions pour les nouvelles autorités

Pour corriger les erreurs du passé et améliorer durablement l’équité dans le système de santé sénégalais, plusieurs réformes pourraient être envisagées par le nouveau gouvernement. Il serait bénéfique d’adopter une approche globale et intégrée de la lutte contre la pauvreté, en la reliant directement à la question de l’équité en matière de santé. L’élargissement des programmes de protection sociale permettrait de garantir aux populations les plus vulnérables un accès gratuit aux services de santé. L’investissement dans les infrastructures de santé, particulièrement dans les zones rurales, constituerait également un levier essentiel pour combler les disparités. Un système de couverture sanitaire universelle, financé par des contributions progressives en fonction des revenus, pourrait remplacer l’approche actuelle basée sur la participation financière directe des usagers. Ce modèle favoriserait un accès plus équitable aux soins de santé, notamment pour les plus démunis, tout en assurant la durabilité financière du système.

Le renforcement de la transparence dans la gestion des ressources publiques constitue un axe central des réformes. L’introduction de mécanismes de suivi et d’évaluation rigoureux, couplée à des audits réguliers, garantirait une meilleure utilisation des fonds publics destinés à la santé. Par ailleurs, il serait pertinent de veiller à ce que les nominations dans le secteur de la santé se fondent principalement sur la compétence professionnelle, afin d’assurer une gestion efficace des infrastructures de santé[2]. Une réorientation des investissements publics vers les régions rurales, par la construction de nouvelles infrastructures et la réhabilitation des centres de santé existants, pourrait aider à combler le fossé entre les régions. Parallèlement, des programmes de formation, assortis d’incitations pour attirer et maintenir les professionnels de santé dans les zones défavorisées, contribueraient à améliorer la qualité des soins. Des campagnes de sensibilisation accrues sur la prévention des maladies transmissibles et non transmissibles pourraient aider à réduire les risques sanitaires. De même, une attention particulière à la santé reproductive.

Les échecs répétés des politiques de lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales de santé au Sénégal ne sont pas le fruit d’un hasard, mais bien d’un enchevêtrement de facteurs structurels, politiques et économiques. L’influence des réformes néolibérales imposées par les institutions internationales, la mauvaise gestion des ressources publiques, l’arbitraire dans l’accès aux services de santé et les inégalités régionales ont conduit à un système de santé qui renforce les inégalités au lieu de les réduire.

Cependant, la publication du document de stratégie de développement 2025-2029 par le nouveau gouvernement dirigé par Ousmane Sonko offre une occasion unique de rectifier ces erreurs. Les propositions de solutions qui ont été avancées — telles que la mise en place d’un système de couverture sanitaire universelle, l’amélioration de la gouvernance, et l’investissement dans les infrastructures rurales — constituent des pistes concrètes pour atteindre une véritable équité en matière de santé.

Le Sénégal se trouve aujourd’hui à un tournant décisif. La construction d’un système de santé plus inclusif et équitable est non seulement une nécessité sociale, mais également un impératif pour le développement du capital humain et la croissance économique durable du pays. Il est désormais temps de transformer les promesses politiques en actions concrètes, de bâtir un avenir où chaque citoyen, quel que soit son lieu de résidence ou son niveau de revenu, peut jouir de son droit fondamental à la santé.

Pour aller plus loin

1. Gouvernement du Sénégal. (2024). Vision Sénégal 2050 — Stratégie nationale de Développement 2025-2029. Dakar : ministère de l’Économie, du Plan et de la Coopération

2. Banque mondiale. (2023). Situation économique du Sénégal en 2023 : Répondre aux besoins des groupes vulnérables pour le développement national.

3. Banque mondiale et Direction du Registre National Unique (RNU) de la Délégation Générale à la Protection Sociale et à la Solidarité Nationale (DGPSN). (2023). Profils des ménages les plus pauvres du Sénégal répertoriés dans le Registre national unique (RNU).

4.  Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie du Sénégal Enquête démographique et de Santé continue (EDS-C) 2023.

5. Registre national unique (RNU), République du Sénégal. Données sur la pauvreté et l’accès aux services essentiels au Sénégal.


[1]  Félix Atchadé Sénégal : le procès raté de l’hôpital. Consulté à l’adresse : https://cahiersdesante.fr/editions/senegal-le-proces-rate-de-lhopital/.

[2]  Mohamed Lamine Ly Sénégal : démocratiser la gestion des ressources humaines en santé. Consulté à l’adresse : https://cahiersdesante.fr/editions/50-septembre-2024/senegal-democratiser-la-gestion-des-ressources-humaines-en-sante/.

Réinventer l’État sénégalais : Ousmane Sonko, la pensée politique en action

En août 2023, peu après l’emprisonnement d’Ousmane Sonko, j’ai eu un entretien avec un journaliste de Jacobin, un magazine américain de gauche radicale, pour un article qu’il préparait sur la situation au Sénégal. J’avais alors expliqué que deux éléments majeurs étaient à l’origine de la répression brutale orchestrée par le régime de Macky Sall et la classe dominante sénégalaise contre l’ancien maire Ziguinchor et président de PASTEF. D’une part, il plaide pour la souveraineté monétaire, une position qui contrarie profondément la bourgeoisie compradore. Ces élites locales profitent des liens du franc CFA à l’euro, qui leur garantissent des avantages économiques au détriment du développement des nations africaines utilisant cette monnaie. D’autre part, j’avais ajouté que l’opposant d’alors, désormais Premier ministre, prend au sérieux la critique néo-institutionnelle des institutions financières internationales à l’égard des pays africains. Il s’en saisit et la remodèle dans une perspective souverainiste et panafricaine, dénonçant la mauvaise gouvernance non comme une simple déficience technique, mais comme un problème structurel enraciné dans des institutions asservies à des intérêts étrangers.

À l’époque, j’avais également mentionné, bien que cela n’ait pas été repris dans l’article, que le Premier ministre représentait à mes yeux une pensée politique, encore difficile à catégoriser. Son pragmatisme, visible dans ses alliances électorales de 2022, ainsi que son éclectisme, que je perçois autant comme une disposition psychologique que comme une philosophie politique, témoignaient de mon interrogation. Cependant, avec le temps, en particulier depuis l’hivernage de 2023, j’ai pu affiner ma compréhension de cette pensée. Et hier, jeudi 26 septembre 2024, lors de son point de presse où il exposait l’état des lieux des finances publiques, j’ai fait un bond significatif dans cette compréhension.

Ce jour-là, Ousmane Sonko a encore prouvé sa volonté de faire face à une gouvernance qu’il considère comme défaillante. En choisissant cette date, Il a également ravivé le souvenir douloureux du naufrage du Joola, survenu le 26 septembre 2002, qui a marqué l’une des pires catastrophes maritimes de l’histoire mondiale. Ce drame, causé par des défaillances institutionnelles et une négligence grave des normes de sécurité, a laissé une empreinte indélébile sur la mémoire collective du Sénégal, symbolisant les conséquences tragiques d’une gouvernance irresponsable.

À l’image du naufrage, dont la principale cause était l’irresponsabilité institutionnelle, il a dressé un état des lieux catastrophique des finances publiques léguées par le régime de Macky Sall. Il a révélé au grand jour la profondeur de la crise économique et financière à laquelle le Sénégal est confronté, tout en étant conscient des risques politiques inhérents à une telle transparence. Son objectif : établir un « point zéro » pour enclencher la révolution institutionnelle qu’il appelle de ses vœux, tout comme il exige que les institutions du pays soient repensées en faveur de la souveraineté populaire.

Un néo-institutionnaliste souverainiste 

Le Premier ministre se distingue par sa capacité à dépasser la simple rhétorique politique. Certes, la lutte contre la mauvaise gouvernance et la corruption est un discours que tous les politiciens africains répètent à l’envi. Mais il se différencie par sa manière ferme et déterminée de le dire, et surtout, de le conceptualiser. Son approche ne se limite pas à une critique technique des dérives institutionnelles ; il s’agit d’une vision de refondation qui met en lumière les relations de pouvoir et de dépendance qui maintiennent l’Afrique dans un cycle perpétuel de sous-développement.

En livrant un état des lieux aussi sombre, le Premier ministre a révélé que la situation financière du pays n’était pas simplement le résultat d’une mauvaise gestion, mais d’une structure institutionnelle façonnée pour servir des intérêts particuliers nationaux et des puissances étrangères. Son projet de transparence, bien que risquée sur le plan politique, vis-à-vis des marchés, des partenaires bilatéraux et multilatéraux illustre sa volonté d’établir une nouvelle ère de gouvernance fondée sur la vérité et la justice sociale.

Il incarne véritablement un néo-institutionnaliste souverainiste, mais pas n’importe lequel. Parmi les différents courants du néo-institutionnalisme, il se situe au croisement de l’approche historique et sociologique. Le Premier ministre ne se contente pas de voir les institutions comme des cadres fixes, mais les appréhende dans leur dimension historique, ancrée dans des rapports de pouvoir asymétriques qui remontent à la colonisation et à l’héritage postcolonial. En ce sens, il s’attaque à ce que Douglass North appelait la « dépendance au sentier », c’est-à-dire la tendance des pays à rester prisonniers des choix institutionnels passés. Il ne veut pas simplement réformer le cadre néocolonial, mais le déconstruire pour proposer une alternative panafricaine véritablement indépendante.

La méfiance marxiste et l’apport de Gramsci 

En tant que marxiste, j’ai longtemps nourri une méfiance à l’égard du néo-institutionnalisme, que je percevais comme une théorie insuffisamment critique des structures économiques de domination. En effet, le néo-institutionnalisme, en mettant l’accent sur les structures formelles et les normes, peut sembler négliger les dynamiques économiques profondes qui façonnent les inégalités. Pour un marxiste, les institutions ne sont que des superstructures qui reflètent les intérêts des classes dominantes, et il paraît donc difficile de penser que des réformes institutionnelles à elles seules transforment une société.

Mais, en y regardant de plus près, et surtout en me référant à la pensée d’Antonio Gramsci, j’ai vu dans l’approche d’Ousmane Sonko une profondeur et une radicalité qui répondent à mes doutes initiaux. Gramsci a théorisé l’hégémonie culturelle, c’est-à-dire la manière dont les institutions ne sont pas de simples outils de répression, mais aussi des lieux où se joue la lutte pour le consentement et la légitimité. Par sa volonté de vérité et de transparence, le Premier ministre rompt avec l’hégémonie des élites et engage une bataille idéologique essentielle. Son dévoilement des réalités financières du Sénégal — notamment la question de la dette et des finances publiques — est un acte subversif en soi, un point de départ pour amorcer une véritable révolution institutionnelle. En mettant à nu la vérité économique et sociale du Sénégal, il marque le début d’un changement profond des règles du jeu.

Ousmane Sonko a saisi cette dimension idéologique du pouvoir, et c’est ce qui le distingue d’autres réformateurs africains. Il ne se contente pas de critiquer les institutions ; il propose une refonte complète qui repose sur la souveraineté populaire et la transparence. À la lumière de Gramsci, cette approche fait sens : elle n’est pas simplement technocratique, elle est profondément politique, car elle remet en question les fondements mêmes de l’ordre établi.

Néo-institutionnalisme et développement

Le néo-institutionnalisme, dans son courant historique, aide à comprendre comment les trajectoires passées déterminent les possibilités de développement d’un pays. Pour le Premier ministre, les institutions sénégalaises actuelles sont l’héritage d’un système néocolonial et ultralibéral qui limite la souveraineté nationale et entrave le développement autonome. Il s’agit donc de rompre avec cette continuité historique en redéfinissant les institutions de manière à répondre aux besoins du peuple.

La critique des institutions financières internationales que fait M. Sonko s’inscrit dans ce cadre. En se l’appropriant et en la remodelant dans une perspective panafricaine, il ne se contente pas de pointer du doigt des défauts techniques de gestion ou de gouvernance. Il pose une question plus fondamentale : comment les institutions peuvent-elles être réinventées pour soutenir un développement véritablement inclusif et souverain ? Cela implique une rupture avec les logiques imposées de l’extérieur, et une réorientation des politiques publiques vers l’émancipation du peuple sénégalais.

Dans ce cadre, le développement n’est pas une simple question de croissance économique, mais de justice sociale. Le Premier ministre souhaite que les institutions deviennent des outils de redistribution, non seulement des richesses matérielles, mais aussi des opportunités. Ce sont des institutions capables de garantir que chaque citoyen ait accès aux ressources nécessaires pour mener une vie digne, et non des structures qui maintiennent une élite en position de force tout en perpétuant les inégalités.

La justice comme horizon de la souveraineté

Dans ce combat pour la refondation institutionnelle, la question de la justice sociale est primordiale. Il ne s’agit pas simplement d’appliquer la loi, mais de redéfinir ce que signifie la justice dans une société inégalitaire et postcoloniale comme le Sénégal. L’actuel pouvoir parle de justice, ce qui est en soi une bonne chose. Mais quelle idée de la justice sous-tend cette démarche ? La justice pour le Premier ministre, telle que je la comprends, doit être envisagée à travers le prisme de l’égalité, mais pas seulement l’égalité formelle devant la loi. Il s’agit ici de l’égalité des chances, un concept que l’économiste Amartya Sen a largement développé.

Amartya Sen nous enseigne que l’égalité doit être pensée non seulement en matière de droits formels, mais aussi d’opportunités réelles. Dans un pays où la religion joue un rôle prépondérant et où la providence divine est souvent invoquée pour justifier la chance ou le destin, il est crucial de rappeler que l’égalité de chances ne se résume pas à une bienveillance divine. L’égalité des chances, dans le cadre que propose le Premier ministre, signifie offrir à chaque citoyen les conditions matérielles et sociales nécessaires pour mener une vie digne. Cela inclut l’accès à une éducation de qualité, à des soins de santé décents, à des conditions de logement décentes, et à une participation active à la vie politique et sociale du pays.

Le combat d’Ousmane Sonko dépasse la simple question de la lutte contre la corruption ou la mauvaise gouvernance. Il vise une révolution institutionnelle qui touche à la souveraineté nationale et à l’émancipation des Sénégalais. En tant que marxiste, je soutiens cette démarche parce qu’elle rompt avec la soumission historique aux logiques capitalistes et néocoloniales. Ousmane Sonko, en tant que je pense être un néo-institutionnaliste souverainiste, ouvre une voie vers un développement réellement inclusif et une justice sociale véritable, où l’égalité des chances ne sera plus un slogan, mais une réalité tangible pour chaque citoyen. Dans ce sens, son combat est aussi le nôtre, celui d’une gauche africaine qui veut reprendre en main son destin, loin des tutelles et des dépendances externes.

Bibliographie

Bayart, Jean-François.  L’État en Afrique : La politique du ventre. Fayard, 1989.

North, Douglass Institutions, Institutional Change, and Economic Performance. Cambridge University Press, 1990.

Gramsci, Antonio. Cahiers de prison. Gallimard, 2012.

Sen, Amartya. Development as Freedom. Oxford University Press, 1999.

Fanon, Frantz. Les Damnés de la Terre. La Découverte, 1961.

Mamdani, Mahmood. Citizen and Subject: Contemporary Africa and the Legacy of Late Colonialism. Princeton University Press, 1996.

Amin, Samir. L’Éveil du Sud : Un projet pour le XXIe siècle. Le Temps des cerises, 2008.

Mbembe, Achille. Sortir de la grande nuit : Essai sur l’Afrique décolonisée. La Découverte, 2010.

Le projet souverainiste sénégalais : pourquoi Monsieur Rufin se trompe

Dans son article intitulé « Le Sénégal dans l’œil du cyclone », publié en page 17 du Parisien dimanche le 22 septembre 2024, Jean-Christophe Rufin, médecin, écrivain lauréat du prix Goncourt et membre de l’Académie française, brosse un portrait alarmiste de la situation politique actuelle au Sénégal. Il déplore notamment la dissolution de l’Assemblée nationale par le nouveau président sénégalais Bassirou Diomaye Faye et dépeint son Premier ministre Ousmane Sonko, comme un « populiste… maniant une violente rhétorique antifrançaise » dangereux, suscitant des inquiétudes à Paris. Monsieur Rufin établit un parallèle avec les récentes crises politiques au Sahel, suggérant que le Sénégal, autrefois stable, pourrait suivre le même chemin que le Burkina Faso, le Niger ou le Mali. Au centre de ses préoccupations, il y a la montée du sentiment anti-français et la volonté de Monsieur Sonko de redéfinir les relations entre le Sénégal et la France.

Dissolution de l’Assemblée : une décision démocratique incomprise

Cependant, il est étonnant qu’une simple mesure démocratique telle que la dissolution de l’Assemblée nationale, visant à aligner les institutions sur une nouvelle donne politique après l’élection de Bassirou Diomaye Faye à la présidence, soit perçue comme un geste déstabilisant. Cette décision, loin de mettre en danger la démocratie sénégalaise, s’inscrit dans un processus classique de restructuration institutionnelle après un changement de président. Il s’agit d’une mesure destinée à réorganiser la représentation parlementaire pour mieux refléter la volonté populaire exprimée lors de la dernière élection présidentielle. Plutôt que de voir dans cette action une menace, il serait plus judicieux d’y percevoir une manifestation de la vitalité démocratique du Sénégal.

Le terme « populisme », utilisé par Jean-Christophe Rufin pour décrire Ousmane Sonko, est un cliché qui sert souvent à discréditer les figures politiques progressistes ou radicales, particulièrement lorsqu’elles remettent en cause l’ordre établi. Qu’est-ce que le populisme, si ce n’est répondre aux aspirations du peuple, lutter pour la souveraineté nationale et proposer une alternative aux élites traditionnelles ? Si le Premier ministre Ousmane Sonko est qualifié de populiste, c’est sans doute parce qu’il incarne un projet politique profondément ancré dans la volonté populaire. Cette tentative de disqualification reflète une peur profonde des changements profonds que prône le nouveau pouvoir, notamment la fin des liens néocoloniaux avec la France.

Monsieur Rufin semble également oublier que ce que le peuple sénégalais a exprimé dans les urnes est une volonté claire de rupture avec l’ordre ancien. L’élection du Président Bassirou Diomaye Faye et la nomination d’Ousmane Sonko comme Premier ministre ne sont pas des accidents de parcours, mais le résultat d’une révolution démocratique et citoyenne. Ce projet souverainiste, largement soutenu par la jeunesse et les classes populaires, vise à libérer le Sénégal des influences étrangères, notamment celles de la France, et à affirmer une autonomie politique, économique et monétaire. Le souverainisme prôné au Sénégal n’est ni un repli sur soi ni une soumission à une autre puissance, comme le laissent entendre certains critiques, mais une volonté de réappropriation des moyens de développement du pays.

Le projet souverainiste : un choix populaire, pas du populisme

Dans une intervention publique en mai 2024, Ousmane Sonko, lors d’une conférence avec Jean-Luc Mélenchon à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, a précisé les contours de son projet souverainiste. Il s’agit d’un projet économique, civique, panafricaniste et anti-impérialiste, visant à transformer les structures étatiques pour répondre aux aspirations populaires. La dissolution de l’Assemblée nationale s’inscrit dans cette dynamique de refonte institutionnelle. Elle permet d’aligner le cadre législatif sur la nouvelle donne politique, et d’offrir aux Sénégalais l’opportunité d’élire des représentants en phase avec ce projet de rupture. Il n’y a rien d’extraordinaire dans ce processus ; il est au contraire le signe d’une démocratie en mouvement, capable de se réformer pour mieux servir les intérêts de la majorité.

Il est également important de souligner que ce que nous appelons ici au Sénégal « le Projet » est profondément panafricaniste. Contrairement à une vision étroite du nationalisme, le souverainisme porté par PASTEF et Ousmane Sonko est inclusif, mettant en avant une coopération avec d’autres nations africaines, tout en rejetant le modèle néolibéral qui privilégie les intérêts des multinationales au détriment des pays en développement. C’est pour cela qu’est dénoncé l’utilisation du franc CFA, un outil de domination néocoloniale. Cette critique n’est pas nouvelle, et elle résonne avec les aspirations de nombreux pays africains qui cherchent à se libérer du joug économique imposé par leur ancienne puissance coloniale.

Ce qu’il y a d’inquiétant dans l’analyse de M. Rufin, c’est cette incapacité à reconnaître que les aspirations souverainistes du Sénégal ne sont pas une menace pour la stabilité régionale ou pour les relations avec la France, mais bien l’expression d’un désir légitime de contrôle sur ses propres affaires. Les craintes exprimées à Paris révèlent une vision anachronique des relations internationales, où les anciennes puissances coloniales se considèrent encore comme les gardiennes de la stabilité politique de leurs anciennes colonies. Cette mentalité, qui sous-tend l’argumentaire de Rufin, est non seulement déplacée, mais elle fait fi des réalités actuelles. Le Sénégal, en votant massivement pour Bassirou Diomaye Faye et en soutenant Ousmane Sonko, a exprimé une volonté de rupture claire avec un passé marqué par la dépendance vis-à-vis de la France.

Une vision dépassée des relations franco-sénégalaises

L’article de Jean-Christophe Rufin s’apparente à une tentative de disqualification d’un projet politique qui, à l’inverse, vise à redonner dignité et autonomie au Sénégal. S’il est compréhensible que des changements aussi radicaux puissent provoquer des inquiétudes dans certains cercles, il est inacceptable de les interpréter à travers le prisme d’une supériorité morale ou politique supposée de la France sur le Sénégal. Les Sénégalais ont fait un choix souverainiste et panafricaniste, et ce choix doit être respecté. Les propos de M. Rufin, bien qu’enrobés dans une rhétorique alarmiste, reflètent en réalité une incompréhension totale du projet porté par Sonko et le peuple sénégalais.

En définitive, ce que cet article révèle, c’est cette persistance d’une mentalité coloniale dans certains esprits, qui voient dans l’émancipation politique des pays africains une menace pour l’ordre établi. Monsieur Rufin, pourtant ancien ambassadeur de France à Dakar, semble ne pas avoir compris que les temps ont changé. Le Sénégal, comme tant d’autres nations africaines, ne veut plus être guidé par une autre puissance. Il veut tracer sa propre voie, en toute autonomie. Ignorer cette réalité, c’est non seulement méconnaître le projet politique en cours au Sénégal, mais aussi se placer du mauvais côté de l’Histoire.