Le Conseil constitutionnel face au « coup d’État » annoncé

Pendant plusieurs semaines, certains responsables politiques, juristes médiatiques et commentateurs ont annoncé une catastrophe institutionnelle. Il était question de « coup d’État institutionnel », de « violation flagrante de la Constitution », de « menace contre la République » et de « crise majeure ». À les entendre, l’intégration d’Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale constituait un événement d’une gravité exceptionnelle.

Puis est venu le 17 juin 2026. Le Conseil constitutionnel a rendu sa décision.

Le contraste est saisissant. Après des semaines d’alarmes sur une prétendue crise constitutionnelle, le Conseil a réglé l’affaire en quelques considérants, estimant simplement qu’elle ne relevait pas de sa compétence. Les requérants avaient davantage de certitudes politiques que d’arguments juridiques.

La montagne rhétorique et la souris juridique

Cette brièveté n’est pas sans signification. Les grandes controverses constitutionnelles produisent généralement de longues argumentations et des décisions nourries. Ici, le Conseil n’a même pas eu besoin d’atteindre le fond du débat.

Cette disproportion entre la gravité des mots employés et la réalité du dossier dit quelque chose de notre époque. La politique sénégalaise semble souffrir d’une inflation permanente du vocabulaire. Le moindre désaccord devient une crise. La moindre procédure devient un scandale. La moindre décision administrative devient un coup d’État. À force d’utiliser les mots les plus lourds pour qualifier les situations les plus ordinaires, on finit par vider ces mots de leur sens.

Mais le plus intéressant est ailleurs.

Contester les conséquences plutôt que le verdict

Dans un contentieux électoral classique, on discute de la sincérité du scrutin, de la régularité des opérations de vote, de l’éligibilité d’un candidat ou de la validité des résultats proclamés. Rien de tel ici. Personne ne contestait qu’Ousmane Sonko avait été candidat aux élections législatives du 17 novembre 2024. Personne ne contestait qu’il avait été élu député. Personne ne contestait les résultats proclamés. Personne ne mettait en cause le verdict des urnes.

Autrement dit, la requête ne visait pas à protéger le suffrage universel. Elle visait à empêcher qu’un suffrage universel dont la validité était reconnue puisse produire tous ses effets.

C’est là que réside le véritable problème démocratique. Lorsqu’on ne peut contester ni l’élection ni le choix des électeurs, la tentation est de contester les conséquences de ce choix et de corriger juridiquement ce qu’on n’a pas réussi à empêcher politiquement.

Le Conseil constitutionnel n’a même pas eu besoin d’entrer dans ce débat. Deux pages auront suffi pour réduire une prétendue « bataille historique » à des proportions beaucoup plus modestes.

On peut toujours contester un adversaire. On peut même contester une majorité. Mais lorsqu’on commence à contester les conséquences d’un vote dont on reconnaît pourtant la validité, ce n’est plus le député que l’on combat. C’est le choix des électeurs lui-même.