Côte d’Ivoire : l’État capturé, le peuple muselé

Avril 2011. Le Temps de Genève publie une caricature saisissante de Patrick Chappatte : Alassane Ouattara, costume sombre, écharpe présidentielle au torse, entre dans le palais. À ses pieds, un tapis rouge recouvre des cadavres ensanglantés. À droite, un militaire salue. À gauche, un autre garde, kalachnikov en main. Ce dessin, loin d’être une simple satire, est devenu un symbole durable : celui d’un pouvoir né dans le sang, consolidé par la force, et maintenu par la peur.

Le Président Ouattara n’est pas arrivé au pouvoir par les urnes, mais par la violence militaro-diplomatique. Tenu dans une Côte d’Ivoire coupée en deux, le scrutin de 2010 n’a pas tranché un choix démocratique : il a révélé l’ampleur de la désunion nationale. Ce n’est pas l’élection qui a départagé les candidats, mais les bombes françaises et les blindés onusiens. Tandis qu’Abidjan était bombardé par l’aviation française, les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), ex-rebelles recyclés, entraient dans la capitale.

Le Président Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé sont alors transférés illégalement à la Cour pénale internationale, en violation de toutes les procédures judiciaires nationales. Dix ans plus tard, ils sont acquittés. Aucun responsable du camp de l’actuel pouvoir ne sera jamais inquiété pour cette déportation ni pour les crimes commis pendant l’offensive.

Dans l’ombre, un autre drame se joue : le massacre de Duékoué. En mars 2011, près de 800 civils, du groupe ethnique guéré, sont tués par les FRCI et les milices dozos. Amnesty International, la FIDH et l’ONU évoquent un crime de masse à caractère ethnique. Silence absolu. Aucune poursuite. Aucune enquête sérieuse. La règle est édictée dès le départ : l’impunité pour les proches, la répression pour les autres.

La justice comme machine à broyer : vingt ans, c’est la norme

Dès lors, la justice devient un instrument de terreur politique. Le chiffre clé du régime ? Vingt ans. Vingt ans pour Guillaume Soro. Vingt ans pour Simone Ehivet Gbagbo. Vingt ans pour les cadres du PPA-CI. Et quand ce n’est pas la prison, c’est l’exil ou la radiation. Affi N’Guessan est traqué comme un criminel. Le président Laurent Gbagbo est empêché de se présenter. Candidat l, Tidjane Thiam pourrait être écarté du scrutin d’octobre 2025 au nom d’une polémique opportunément ravivée sur sa nationalité. Il ne s’agit pas de juger, mais d’éliminer.

Cette logique répressive a inspiré une chanson culte : « Gouvernement 20 ans », de Tiken Jah Fakoly. Avec ironie et amertume, l’artiste y dénonce une dérive où l’opposition est condamnée par principe. Depuis cette chanson, Fakoly a été écarté des scènes officielles.

Koua Justin du PPA-CI en est l’incarnation tragique. Arrêté, emprisonné, isolé durant plus de deux ans. Rongé par la violence, mais debout, en témoin. Il déclare avoir été victime d’actes inqualifiables durant sa détention. Pas des rumeurs. Pas des « on-dit ». Un témoignage direct. Accablant. Silencieux, le parquet se contente de « clarifications » techniques sur son dossier. Aucune instruction ouverte. Aucune poursuite.

Fausse croissance, vraie misère et simulacre démocratique

En 2016, Le Président Ouattara franchit un cap. Il réécrit la Constitution pour briguer un troisième mandat en 2020. Résultat : 94 % des suffrages. Les opposants boycottent ? On les traque. Les manifestants protestent ? On les matraque. Les ONG observent ? Elles concluent à un scrutin non inclusif et non transparent. Et pendant ce temps, les « microbes », milices de rue aux ordres du régime, assurent la répression avec machettes et gourdins.

On vante à l’étranger la croissance ivoirienne. Elle existe, oui. Mais pour qui ? Certainement pas pour les 46 % d’Ivoiriens vivant en pauvreté multidimensionnelle, ni pour les jeunes massivement sans emploi, ni pour les enseignants, les paysans ou les travailleurs informels. Cette richesse, produite à coups d’exportations et d’endettement, est confisquée par une oligarchie économique liée aux cercles du pouvoir et interconnectée aux réseaux de la Françafrique.

Les indicateurs humains parlent d’eux-mêmes : une espérance de vie à la naissance de 59 ans en 2022, soit deux ans de moins que la moyenne d’Afrique subsaharienne ; un classement 166e sur 193 pays à l’Indice de développement humain (IDH) du PNUD ; une incidence de pauvreté monétaire estimée à 37,5 %. Derrière les grands projets, les chantiers tapageurs, les indicateurs macroéconomiques flatteurs, le quotidien de millions d’Ivoiriens reste marqué par l’exclusion, la précarité, et l’invisibilité.

Pour masquer cette injustice, le pouvoir brandit la carte identitaire. Il se pose en défenseur des nordistes et des musulmans, face à un prétendu « péril du Sud ». Une vieille recette : diviser pour régner. Mais la misère, elle, ne connaît ni ethnie ni région. Le communautarisme n’est qu’un écran de fumée pour dissimuler un néolibéralisme violent et un autoritarisme marchand, greffés aux rouages voraces de la Françafrique.

À l’approche de la présidentielle, tout laisse penser que le Président Ouattara prépare un quatrième mandat. La Commission électorale indépendante (CEI), déjà verrouillée, écarte des électeurs, trafique les listes et viole ses propres règles. Face à cette dérive, l’ancien président Laurent Gbagbo a rompu le silence.

Dans un communiqué daté du 11 avril 2025, il annonce que son parti, le PPA-CI suspend sa participation à la CEI, qu’il qualifie « soumise à un pouvoir qui refuse l’alternance ». Et de lancer un avertissement solennel : « Nous ne voulons plus d’un autre 11 avril 2011 », et appeler à un véritable dialogue national pour éviter la répétition du chaos.

Son alerte confirme un constat implacable : le régime ivoirien ne tolère ni opposition ni débat. Il transforme les lois, muselle la presse, réprime la rue. Mais aucune République ne survit durablement à un tel niveau de déni démocratique.

Place Soweto, l’opposition choisit la débandade

Ce 10 avril 2025, le Premier ministre Ousmane Sonko sera dans l’hémicycle pour une séance de questions-réponses avec les députés. Un moment fort, républicain, attendu, institutionnel… et manifestement insoutenable pour une partie de l’opposition, qui a préféré prendre la tangente. Un « sauve qui peut » digne d’un vaudeville politique : dès que le chef du gouvernement pointe à l’Assemblée nationale, certains élus s’évaporent comme des figurants mal réveillés.

Leur prétexte ? Une « mascarade institutionnelle ». L’argument est si creux qu’il en devient presque poétique. Ceux qui, hier encore, juraient fidélité aux valeurs de la République refusent aujourd’hui de participer à l’un des espaces où elle se déploie pleinement. Ils crient à l’imposture, mais fuient le débat. L’art de retourner sa veste sans même la boutonner.

Soyons justes : peut-être n’est-ce pas de la peur. Peut-être est-ce un raffinement supérieur de la stratégie politique — la politique du dos tourné. Ne pas affronter les idées, ne pas répondre aux arguments, ne pas écouter ce que l’on pourrait contredire. Une posture muette, déguisée en résistance. À Soweto, le peuple applaudira, les bancs vibreront, les regards seront là. Et eux ? Eux auront choisi l’ombre. C’est plus discret pour se faire oublier. Yolleku!!

Face aux bourrasques de Trump, la stratégie du roseau sénégalais

La mondialisation néolibérale, façonnée par les États-Unis depuis les années 1980, se délite sous l’impulsion de ceux-là mêmes qui l’ont érigée en dogme. L’administration Trump ne se contente pas d’un repli protectionniste : elle engage une rupture systémique du capitalisme globalisé.

Le 2 avril 2025, désigné par Trump comme un « jour de libération », acte cette bascule. Des tarifs douaniers massifs sont imposés à presque tous les partenaires commerciaux de Washington. Cette décision n’est pas improvisée : elle s’inscrit dans une stratégie mûrie, portée par une coalition de populistes de droite, techno-oligarques et d’intellectuels réactionnaires, bien décidés à détruire l’ordre qu’ils ont eux-mêmes contribué à façonner.

Le détricotage de la mondialisation néolibérale

L’analyse du choc douanier initié par Trump révèle une volonté de remodeler le système capitaliste mondial au profit d’une Amérique « autarcique et souveraine ». Le libre-échange qui avait permis la domination occidentale est désormais perçu comme un handicap pour les États-Unis, englués dans des déficits commerciaux abyssaux, une désindustrialisation, et une dépendance stratégique envers l’Asie. En réponse, Washington opte pour un retour assumé au protectionnisme, non plus défensif, mais offensif.

Mais cette politique ne s’arrête pas aux frontières du commerce : elle est pensée comme une reconfiguration civilisationnelle. Elle s’appuie sur un récit réactionnaire assumé, porté par des figures comme J. D. Vance et Curtis Yarvin, et promu activement par des milliardaires, tels Elon Musk ou Peter Thiel. Ces derniers veulent substituer à la démocratie libérale une gouvernance technocratique, autoritaire et centralisée — une sorte de monarchie 4.0​​.

La stratégie du roseau : résister par la souplesse

Nous n’avons aucun levier sur les décisions de Trump ou sur les trajectoires des géants de la Tech. Mais ce que nous pouvons — et devons — faire, c’est anticiper. Plutôt que de nous cabrer comme le baobab face à la tempête, inspirons-nous du roseau de La Fontaine : plions sans rompre. Adaptons-nous avec intelligence, sans jamais renoncer à notre souveraineté.

Cela commence par une rupture intellectuelle avec l’idéologie de la technocratie financière internationale, qui nous a enfermés dans une logique de dépendance. Il est temps d’assumer une politique de protection économique ciblée, qui défend nos filières productives, notamment manufacturières, celles qui peuvent absorber massivement une jeunesse en quête de travail décent.

Dans le même mouvement, nous devons remettre en question notre arrimage monétaire à l’euro. L’horizon économique du Sénégal ne peut plus dépendre des choix de Paris et de Francfort. La reconquête d’une marge d souveraineté monétaire est une condition de la planification économique et sociale à long terme.

Cette redirection ne sera pas viable sans un socle industriel robuste. Il faut investir dans la transformation locale de nos ressources, développer l’agro-industrie, miser sur des technologies adaptées à nos besoins réels, et non dictées par les normes extérieures. Une économie de production, et non de transit.

Enfin, dans ce monde fragmenté, nous ne pouvons rester seuls. Le destin du Sénégal est lié à celui de la région. L’intégration sous-régionale, notamment à travers la CEDEAO, doit être pensée non comme un slogan diplomatique, mais comme un levier stratégique.

L’Afrique peut-elle se réinventer par la périphérie?

Thomas Sankara l’a dit : sortir de la dépendance passe par une rupture assumée avec les logiques imposées. L’Éthiopie a montré qu’une politique industrielle cohérente pouvait desserrer l’étau de la soumission économique. Des marges de manœuvre existent. Mais elles ne deviennent marges d’action qu’avec une volonté politique claire et un ancrage populaire solide.

Le monde qui s’ouvre ne sera ni plus juste, ni plus solidaire. Mais il sera peut-être plus instable — donc plus propice aux bifurcations. L’Afrique ne doit plus se contenter de brandir un moralisme stérile dans un univers où les puissances dominantes foulent aux pieds les règles qu’elles imposent. Elles glorifient le libre-échange, mais ferment leurs marchés, se disent démocrates tout en courtisant les autocraties. Leur hypocrisie n’est pas une dérive : c’est le cœur même du système.

Dans ce théâtre de dissonances, le Sénégal doit faire le choix du roseau : enraciné et souple. Non pas pour se soumettre, mais pour survivre sans se briser. Une stratégie de flexibilité souveraine.

7 milliards de dollars sous silence : anatomie d’une crise démocratique

Une bombe à retardement de 7 milliards de dollars, soit près de 20 % du PIB annuel moyen du Sénégal, a été dissimulée au cœur de notre architecture budgétaire. Cette somme vertigineuse, révélée tardivement grâce à un audit de la Cour des comptes, ne figure pas dans les comptes officiels de l’État entre 2019 et 2023. Le scandale dépasse les chiffres : il éclaire crûment les zones d’ombre de la gouvernance de Macky Sall, le naufrage de notre administration, et l’extrême vulnérabilité de notre démocratie.

Le procès du FMI : un détour qui nous égare

Certains aimeraient braquer les projecteurs sur les institutions de Bretton Woods, et en particulier le FMI, comme unique responsable de ce désastre. Mais ce serait une erreur stratégique et analytique. Le FMI, quoi qu’on en pense, est fidèle à sa mission historique : garantir la stabilité financière globale dans l’intérêt des puissants, pas des peuples​. Ses prescriptions sont connues, ses conditionnalités documentées : austérité budgétaire, privatisations, libéralisation, discipline monétaire. Que ces mesures soient socialement destructrices, nul ne l’ignore. Mais accuser le FMI revient à tirer sur une cible hors de portée, pendant que le véritable saboteur s’infiltre dans nos rouages institutionnels.

Ce qu’il nous faut, c’est une critique de proximité. Un examen sans complaisance de notre propre système. Car ce qui s’est passé est grave, très grave. Une dette contractée en dehors des circuits légaux, sans débat parlementaire, sans information publique, et sans trace dans les lois de finances votées par les représentants du peuple​. C’est là que réside le cœur du scandale : dans la violation du principe fondamental du consentement à l’impôt et à la dette, qui fonde toute démocratie. Ce n’est pas seulement une dérive technocratique. C’est un coup porté à la souveraineté nationale, orchestré depuis les officines opaques d’une administration qui semble pouvoir fonctionner hors contrôle.

L’omerta administrative : quand l’État sans contrôle devient une République sans boussole

Le drame, c’est aussi qu’aucune alarme n’a sonné. Pas un fonctionnaire n’a osé faire éclater la vérité. L’omerta bureaucratique a couvert le mensonge d’État. Cela souligne une autre faiblesse structurelle : l’absence de protections légales et institutionnelles pour les lanceurs d’alerte. Dans un État républicain digne de ce nom, la loyauté à la Constitution doit l’emporter sur l’obéissance hiérarchique, et la vérité publique doit être plus sacrée que la discipline de corps. C’est pourquoi la loi de protection des lanceurs d’alerte est aujourd’hui une urgence républicaine, si l’on veut prévenir demain d’autres naufrages silencieux.

Certes, le FMI a validé les comptes falsifiés de l’ancien régime. Certes, il s’est fait complice de cette tricherie budgétaire. Le FMI, dans son rapport de 2023, saluait encore la trajectoire sénégalaise et son taux d’endettement « soutenable ». Il vient aujourd’hui jouer la vierge effarouchée. Mais le problème, c’est que Macky Sall et ses comparses lui ont menti. Et il a fait semblant de croire.

Dans cette affaire, ce qui est attaqué, c’est notre capacité à exercer un contrôle démocratique sur la décision économique. Cela exige une refondation. Il nous faut un Parlement plus fort, une administration plus responsable, et une société civile mieux outillée pour surveiller la fabrique budgétaire. Mais cela suppose aussi de sortir de l’envoûtement technocratique des experts internationaux, de ces économistes du FMI qui s’expriment en langage oraculaire et imposent des paradigmes qui ne sont pas les nôtres​​.

Pour une souveraineté budgétaire et panafricaine

Réaffirmer notre souveraineté, ce n’est pas rejeter toute coopération internationale, mais c’est décider, chez nous et pour nous, des priorités budgétaires, des trajectoires de développement, des investissements essentiels. Cela suppose aussi de réinventer des institutions financières panafricaines, qui ne sont pas les simples clones du FMI ou de la Banque mondiale, mais des instruments de transformation endogène.

Enfin, il faudra rompre avec cette vision postcoloniale de la dette comme outil de respectabilité. Car la dette n’est pas neutre, elle structure nos dépendances, elle conditionne nos choix politiques. Celui qui contrôle la dette contrôle l’État. Et celui qui la cache trahit la nation.

Le scandale de la dette cachée n’est donc pas un simple dysfonctionnement comptable. C’est un moment de vérité pour notre démocratie. La question n’est pas seulement « comment a-t-on pu mentir ? », mais « comment allons-nous, désormais, bâtir un État qui ne ment plus ? »

Face au néoprotectionnisme de Trump : organiser la souveraineté africaine

En ce 5 avril 2025, Donald Trump relance sa croisade protectionniste : des taxes douanières, arbitraires et discriminatoires, frappent désormais les importations selon leur origine. La nouvelle grille tarifaire impose une taxe de 10 % sur les exportations sénégalaises vers les États-Unis — une décision unilatérale qui pénalise les économies africaines sans le moindre dialogue. Annoncée le 2 avril sous le nom de « Déclaration d’indépendance économique », cette mesure prétend protéger l’industrie américaine et réduire un déficit commercial record de 1 200 milliards de dollars. En réalité, elle reflète une vision mercantiliste et déséquilibrée des échanges. Pour le Sénégal, l’Afrique et les pays du Sud, cette mesure pose une question cruciale : comment réagir face à une politique qui rompt avec le multilatéralisme affiché par les États-Unis ?

Une relation asymétrique et une dépendance révélée

Le Sénégal entretient depuis 1960 des relations étroites avec les États-Unis. Coopération militaire, « aide » au développement via l’USAID, échanges universitaires, commerce préférentiel dans le cadre de l’AGOA[1] : la relation bilatérale semble à première vue bénéfique. Mais cette apparente solidarité cache une réalité structurellement déséquilibrée. En 2024, les exportations américaines vers le Sénégal ont atteint 350,9 millions de dollars, contre 235,1 millions pour les exportations sénégalaises vers les États-Unis. Résultat : un déficit commercial de 115,7 millions de dollars en défaveur du Sénégal​.

Pire, cette relation déséquilibrée repose sur une dépendance croissante à « l’aide » américaine. En janvier 2025, la suspension temporaire de l’assistance de l’USAID par décret présidentiel a mis à nu cette vulnérabilité : projets d’électrification, programmes agricoles, actions éducatives — tout a été gelé. Le programme Senegal Power Compact, financé à hauteur de 600 millions de dollars, a été brutalement interrompu​.

Le trumpisme : une idéologie impériale

​Cette politique douanière de Trump reflète le trumpisme, une idéologie fondée sur le nationalisme économique, le mépris du droit international et le culte du rapport de force. Elle représente la revanche de l’Amérique blanche et industrielle contre le « globalisme », c’est-à-dire tout ce qui remet en cause à la marge la rente impériale des États-Unis : traités, ONG, institutions internationales, coalitions du Sud.

Trump ne veut pas réformer l’ordre international, il veut le capturer. Il veut avoir le beurre et l’argent du beurre. Il exige que les autres respectent les règles du commerce international, mais s’en exonère lui-même. Il veut des marchés ouverts pour vendre ses produits, tout en fermant ses frontières à ceux des autres.

Une riposte sénégalaise, africaine et décoloniale est indispensable

Il ne peut y avoir de souveraineté sans capacité de riposte. Face aux assauts douaniers de Trump, le Sénégal doit construire une triple stratégie.

​ Le Sénégal doit rompre avec la posture du quémandeur. Comme l’a affirmé le PM Ousmane Sonko, il est temps d’assumer notre autonomie : relancer la production, sécuriser nos filières stratégiques, et réévaluer nos accords, à commencer par le Traité bilatéral d’investissement (BIT) signé avec les États-Unis en 1983, qui verrouille notre marge de manœuvre face aux firmes américaines.

Dans un contexte de fragmentation du multilatéralisme, l’Afrique doit s’organiser en contre-pouvoir économique. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) offre une opportunité historique pour renforcer les chaînes de valeur intra-africaines, et desserrer l’étau des dépendances avec les puissants. La mise en œuvre d’une politique douanière africaine commune devrait être une urgence stratégique.

​ Immanuel Wallerstein l’a montré : le capitalisme mondial enrichit les centres en asphyxiant les périphéries. Brevets, multinationales, aides sous conditions — tout concourt à cette prédation. La seule issue pour le Sud : s’unir, créer ses propres instruments financiers, et bâtir une économie solidaire affranchie du capitalisme.

Trump passera, mais le système demeurera si nous n’en changeons pas les règles. Le Sénégal ne peut rester fidèle à un multilatéralisme dont il subit les abus. Il faut faire entendre à Washington que notre coopération ne sera ni unilatérale ni asymétrique.

Riposter n’est pas rompre. C’est exister.


[1] L’AGOA, loi américaine adoptée en 2000, permet aux pays éligibles d’Afrique subsaharienne d’exporter certains produits sans droits de douane vers les États-Unis. Prévue initialement jusqu’en 2015, elle a été prolongée par Barack Obama jusqu’au 30 septembre 2025.

Loi interprétative : une clarté salutaire contre les derniers brouillards de l’impunité

Le 2 avril 2025 n’est pas une date anodine.

Un an jour pour jour après la prestation de serment du président Bassirou Diomaye Faye, l’Assemblée nationale a adopté, à une large majorité, la loi interprétative de l’amnistie votée en mars 2024. Ce vote n’est pas qu’un geste juridique : il marque une volonté politique claire. Celle de distinguer enfin la dissidence pacifique des crimes d’État.

L’amnistie de 2024 a libéré des prisonniers, mais laissé dans l’ombre les crimes d’État. La loi interprétative trace une limite claire : on ne confond pas victimes et bourreaux.

Mais aussitôt votée, les critiques ont repris. On dénonce une justice sélective, une rupture instrumentalisée. Pourtant, les opposants à la loi n’ont avancé ni argument juridique solide, ni alternative cohérente. Il faut leur répondre — et rappeler ce que cette loi vient réparer.

Maitre Aïssata Tall Sall : la parole en majesté, les idées aux abonnés absents

Car, à bien lire les critiques, un fait saute aux yeux : aucun argument juridique ou moral solide n’a été opposé à la loi interprétative. Ses détracteurs n’offrent ni alternative crédible, ni critique fondée, préférant les insinuations creuses. Et si l’on interroge : « Qui, de bonne foi, peut soutenir cette loi ? », on peut tout aussi bien répondre : « Qui, de bonne foi, peut tolérer que l’on traite à égalité manifestants pacifiques et criminels d’État ? »

La pauvreté des objections formulées lors du débat parlementaire en est d’ailleurs une preuve éclatante. La présidente du groupe parlementaire Takku Wallu, Madame Aïssata Tall Sall, s’est exprimée avec emphase contre la loi, multipliant les envolées lyriques et les références religieuses, mais sans jamais articuler une critique juridiquement solide. Son principal reproche ? La loi ne serait pas une interprétation, mais une modification déguisée. Pourtant, elle n’en donne ni définition juridique précise, ni démonstration rigoureuse. Son discours glisse de l’indignation morale à la rhétorique patriotique, sans affronter le cœur du texte. Elle invoque Mandela, le Coran, la Bible la mort pour la patrie, mais élude l’essentiel : pourquoi l’amnistie de 2024 devrait-elle continuer de couvrir les crimes d’État ? Cette éloquence, toute vibrante qu’elle soit, révèle une faiblesse structurelle : beaucoup de passion, mais aucune proposition alternative. Ni mécanisme de justice transitionnelle, ni plan de réparation pour les victimes, ni cadre clair de responsabilité. Elle s’insurge, mais ne construit pas.

La loi interprétative ne crée pas l’impunité : elle l’abolit. Elle ne protège pas un camp, mais un principe. Elle affirme que seuls les actes politiques non violents peuvent être amnistiés. Les crimes de sang, les tortures, les disparitions ne sauraient être effacés. Cette distinction n’est pas une entorse à la justice : elle en est le fondement.

Le camp de l’amnésie et l’oubli organisé

Et que ceux qui crient à la « rupture sélective » aient l’honnêteté de regarder en face l’histoire récente. Où étaient-ils lorsque des dizaines de jeunes mouraient dans la rue, sous les balles ? Où étaient leurs appels à la mesure, leurs tribunes sur la justice équitable, lorsque des opposants étaient jetés en prison pour des délits d’opinion ? Le Sénégal ne peut se permettre de traiter à égalité les victimes et les bourreaux. C’est cela, la véritable rupture : non pas un effacement des responsabilités, mais une restauration de la vérité.

Ceux qui, aujourd’hui, brandissent la peur d’un précédent dangereux font preuve d’un cynisme saisissant. Le précédent dangereux, c’était la période 2021-2024. C’était l’État de droit piétiné, les libertés confisquées, le silence organisé autour des morts. Le vote de la loi interprétative n’efface pas cette page sombre — il y met un terme. Il trace une ligne claire entre la justice et l’oubli, entre la mémoire et l’amnésie, entre la paix construite sur la vérité et celle bâtie sur le déni.

Un devoir de justice, un pari pour l’avenir

Le peuple sénégalais, en portant Bassirou Diomaye Faye à la présidence, a exprimé un mandat limpide : justice, réparation, souveraineté populaire. Les députés de la majorité ne font que traduire, dans le langage législatif, cette volonté collective. Et tous ceux qui, au-delà des appartenances politiques, ont le sens de l’histoire, devraient s’en réjouir.

Car, en définitive, il ne s’agit pas d’une loi de circonstance, mais d’un jalon fondamental dans la refondation démocratique du Sénégal. Et si certains persistent à la dénigrer sans proposer autre chose qu’un retour au flou, c’est peut-être qu’ils redoutent la seule chose qu’ils n’ont jamais su affronter : une justice égale pour tous, y compris pour ceux qui pensaient ne jamais devoir rendre de comptes.  

Justice et mémoire : la société civile ne doit pas se substituer au législateur

Le 1ᵉʳ avril 2025, une vingtaine d’organisations de la société civile ont publié une déclaration commune appelant à suspendre l’examen de la proposition de loi interprétative relative à l’amnistie de mars 2024. Elles plaident pour un « dialogue inclusif » afin de restaurer la confiance, lutter contre l’impunité et indemniser les victimes. Louable dans l’intention, cette prise de position soulève pourtant des interrogations majeures sur sa portée réelle et sur la posture qu’elle adopte vis-à-vis du processus démocratique en cours.

En appelant l’Assemblée nationale à surseoir à une proposition de loi inscrite à l’ordre du jour parlementaire, ces organisations se placent, de fait, en position de contre-pouvoir législatif. Elles dépassent leur rôle de vigie pour s’immiscer dans la temporalité et les prérogatives du Parlement, seule institution détentrice de la légitimité populaire pour délibérer et légiférer. On peut légitimement s’inquiéter d’une telle intrusion dans un moment politique aussi sensible.

Surtout, à défaut de soutenir cette loi interprétative, on aurait pu attendre de ces organisations qu’elles proposent un mécanisme alternatif, crédible, de vérité et de réparation. Mais rien n’est dit sur ce point. L’indignation contre l’oubli sélectif n’est pas suivie d’un appel à l’action. Le silence sur les tortionnaires devient alors un silence complice.

Les auteurs du communiqué appellent à un dialogue plus large avant toute initiative parlementaire. Mais cette démarche, en suspendant une clarification nécessaire, entretient un flou qui risque de favoriser l’impunité. Faut-il rappeler que la loi d’amnistie de mars 2024 a été votée dans un contexte d’urgence politique, sans le temps nécessaire à un examen moral sérieux ? Elle a certes permis des libérations politiques, mais aussi ouvert la porte à l’oubli de crimes d’État.

La proposition portée aujourd’hui par des députés issus du suffrage universel vise à rétablir une ligne de partage entre la dissidence et la violence répressive. En démocratie, c’est au Parlement que revient le soin de dire cette distinction, en toute transparence. Entraver ce processus, c’est bloquer l’élan de justice porté par le peuple sénégalais en mars 2024.

La société civile joue un rôle essentiel. Mais elle ne saurait dicter au législateur son rythme ni ses priorités, encore moins en période de refondation démocratique. Le moment est grave : il s’agit de solder les comptes de trois années de répression. Ce n’est pas en différant le débat que l’on préserve la paix civile. C’est en l’affrontant, lucidement et courageusement.

2021–2024 : solder les comptes, honorer les mémoires

Le temps du compromis mou est révolu. Le Sénégal est à l’heure du choix. Ce 2 avril 2025, à 10 heures, les députés examineront en séance plénière la proposition de loi n° 05/2025 portant interprétation de la loi d’amnistie de mars 2024. Ce n’est pas une simple révision législative, mais un affrontement décisif entre deux camps : celui de la révolution citoyenne et démocratique, qui exige justice et mémoire, et celui de la réaction, qui esquive, dilue et protège. À la volonté de réparer les préjudices s’oppose la stratégie de l’effacement. Mais le sang versé ne s’efface pas. Et la vérité, tôt ou tard, surgira.

Le piège sans fin de la loi d’amnistie de 2024

Le débat sur la loi d’amnistie votée en mars 2024 continue de secouer l’espace médiatique sénégalais, un an après son adoption dans un climat de crise politique et de répression féroce. Certains, au nom d’une neutralité prétendument républicaine, voudraient nous faire croire qu’il ne s’agirait que d’un conflit d’interprétation juridique. Mais ce serait réduire dangereusement la portée politique et morale de ce moment. Il ne s’agit pas d’un débat technique : il s’agit de justice, de mémoire, et surtout de vérité.

Votée dans l’urgence, sur fond d’élections présidentielles et de pressions multiples, la loi d’amnistie de 2024 a certes permis la libération de prisonniers politiques. Mais elle a aussi balayé d’un revers de main des dizaines de cas de violences d’État. Elle a fermé les yeux sur les tortures, les disparitions, les assassinats perpétrés en toute impunité. Ce n’est pas l’amnistie en soi qui est en cause : c’est qu’elle a couvert les crimes de sang — les exécutions sommaires, les tirs à balle réelle sur des manifestants pacifiques. Voilà le cœur du scandale.

La loi interprétative : une ligne de partage entre l’oubli et la justice

Or, c’est précisément ce que la proposition de loi interprétative portée par le député Amadou Ba et le groupe parlementaire PASTEF vise à corriger. Elle affirme un principe simple et juste : seuls les faits motivés exclusivement par une expression politique pacifique ou une revendication militante peuvent relever de l’amnistie. Ni plus ni moins. Les tortures, les meurtres, les violences gratuites doivent être exclus de cette logique. Il faut dire qui a donné l’ordre de tirer. Il faut identifier les responsables de la terreur qui a régné sur le pays entre 2021 et 2024. Il faut retrouver les disparus.

Mais plus grave encore : ceux qui réclament aujourd’hui l’abrogation pure et simple de la loi d’amnistie sans proposer de solution sérieuse ni de mécanisme crédible pour établir la vérité se rendent complices d’une stratégie de blocage. Derrière les postures de façade, ils évitent le seul débat qui vaille : celui de la responsabilité politique et pénale dans la répression.

En refusant la loi interprétative sans alternative cohérente, ils défendent, sciemment ou non, l’impunité. Leur prudence affichée n’est qu’un paravent : celui de la peur d’une justice lucide, exigeante, implacable envers les crimes d’État. Mais l’échéance approche. Et le droit finira par éclairer ce que l’histoire ne peut plus taire.

Un vote pour l’avenir : justice, mémoire et responsabilité

On oublie trop souvent de parler de l’esprit de la loi interprétative. Cette loi n’est pas une ruse de juriste : c’est un acte politique fort, un geste de reconnaissance envers celles et ceux qui ont souffert pour la démocratie. Elle ne vise pas à créer une justice à deux vitesses. Elle s’efforce de rétablir une hiérarchie des faits, une échelle morale, une distinction essentielle entre ce qui relève du crime d’État et ce qui ressort de la dissidence citoyenne.

Il est temps de solder les comptes de cette séquence tragique. Cela passe par la vérité, la justice, et un geste fort de clarification. Le Sénégal ne peut pas bâtir son avenir sur le brouillard de l’amnésie. Voter la loi interprétative, c’est reconnaître que l’amnistie ne peut pas couvrir des actes inqualifiables. C’est dire que la République ne protège pas les tortionnaires. C’est enfin affirmer, avec force et dignité, que les morts ont droit à la justice et les vivants à la vérité.

Les députés de la majorité PASTEF, portés par un mandat populaire clair et massif, ont la responsabilité historique de faire ce choix. Il est également attendu que tous les députés de bonne volonté, au-delà des clivages partisans, se joignent à cet effort de vérité et de réparation. Car il s’agit ici de l’intérêt supérieur de la nation et de la dignité des institutions.

La dette cachée, le FMI, et la fin d’un cycle : une leçon d’économie politique pour le Sénégal

Le rideau vient de tomber sur une longue mascarade. Le Fonds monétaire international (FMI) vient de confirmer, chiffres à l’appui, ce que les nouvelles autorités sénégalaises avaient courageusement révélé à l’issue d’un audit de la Cour des comptes : entre 2019 et 2024, l’État sénégalais a dissimulé environ 7 milliards de dollars de dette. Cette annonce ne relève pas de la simple arithmétique budgétaire. Elle marque une rupture. Une rupture dans le rapport au réel, dans la parole publique, mais aussi dans la manière dont notre économie s’inscrit dans l’ordre monétaire régional.

Cette dette n’est pas apparue par enchantement. Elle est le fruit d’un régime qui gérait l’économie comme un patrimoine personnel, entre clientélisme électoral et storytelling pour bailleurs. Pendant que Macky Sall jouait au gestionnaire modèle dans les salons de Davos, le pays croulait sous des engagements cachés.  

Le Sénégal hors des clous : la fin d’un théâtre d’ombres

Avec cet aveu venu de Washington, le Sénégal ne respecte plus aucun des critères de convergence de l’UEMOA. Ces critères – déficit public en deçà de 3 %, dette plafonnée à 70 % du PIB, inflation maîtrisée – sont l’héritage direct du fameux Pacte de stabilité et de croissance de l’Union européenne, ce corset budgétaire imaginé à Francfort. Ils ont servi à corseter les politiques économiques africaines, à verrouiller nos ambitions, à transformer le développement en exercice comptable. Pendant ce temps, nos écoles manquaient de craies, nos hôpitaux de lits, nos jeunes de perspectives, pendant que les autorités multipliaient les inaugurations d’infrastructures inachevées ou surfacturées, vitrine d’un développement de façade.

Ce n’est pas seulement un écart technique : c’est une trahison de la souveraineté populaire. Le gouvernement précédent a engagé le pays sur des trajectoires budgétaires intenables, en maquillant les déficits, en accumulant des dettes hors bilan, et en imposant aux générations futures le poids d’une gouvernance irresponsable.

L’orthodoxie budgétaire ou le théâtre de la respectabilité

Ce que le FMI vient d’acter, c’est l’effondrement d’une fiction collective. Celle d’un Sénégal « bon élève », récompensé sur les marchés internationaux pour sa rigueur. Mais cette rigueur était une illusion : une discipline budgétaire de façade, bâtie sur des chiffres opaques, des engagements non déclarés, des arriérés maquillés. Pendant qu’on célébrait à Dakar la stabilité macroéconomique, Macky Sall empilait la dette dans l’ombre, dans une opacité assumée, tout en réprimant ceux qui demandaient des comptes.

Le plus inquiétant, c’est que cette fuite en avant s’inscrivait dans un prolongement post-ajustement. On ne parlait plus d’austérité, mais de « résilience », de « gouvernance », de « filets sociaux ciblés ». Mais les recettes restaient les mêmes : baisse des dépenses publiques, dépendance à l’extérieur, obsession du déficit. Le vernis du discours développementaliste ne faisait que dissimuler le recyclage des recettes du FMI des années 1980, sous des appellations plus « participatives ».

La fin d’une séquence, le début d’une refondation

La situation actuelle marque la fin de cette séquence ouverte dans les années 1980, celle d’un développement sous tutelle, balisé par les agences de notation, validée par les bailleurs. La pandémie de COVID-19, la guerre en Ukraine, l’inflation mondiale ont précipité cette fin. Mais le poison était déjà dans le fruit : le régime Sall a fait le choix de la fuite en avant, de la dépense sans contrôle, du prestige sur le peuple.

L’origine du problème est donc avant tout politique : notre incapacité, ou plutôt notre refus, de penser par nous-mêmes l’économie, de bâtir nos règles du jeu, d’affronter nos réalités avec des outils forgés chez nous. Tant que la décision économique restera entre les mains d’une technocratie docile vis-à-vis des institutions de Bretton Woods, le développement restera un mirage.

Une leçon d’économie politique

La crise actuelle est une leçon d’économie politique en temps réel. Elle révèle que les critères de convergence, respectés en apparence, n’ont pas empêché les dérives, que la croissance proclamée peut masquer l’injustice, et que les marchés ne remplaceront jamais la souveraineté populaire.

Il ne s’agit plus de corriger à la marge, mais de rompre. Sortir du post-ajustement, non pour un « réajustement » maquillé, mais pour un pacte démocratique et panafricain, ancré dans la participation citoyenne et les priorités nationales.

Le moment est venu : reconstruire l’économie sénégalaise sur les droits des citoyens, non sur les injonctions des bailleurs. Tourner la page des gouvernements soucieux de leur image à l’étranger, indifférents aux souffrances locales. Car la dette cachée incarne une trahison politique, pas un simple écart comptable.

En cela, le Président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko ont posé un acte fondateur : dire la vérité, choisir la transparence, et ouvrir la voie à une souveraineté économique assumée. Une rupture salutaire. Et une espérance lucide pour le Sénégal et l’Afrique.

Bassirou Diomaye Faye : un an de présidence et un Sénégal en mutation

Il y a un an, le Sénégal tournait une page sombre de son histoire en portant au pouvoir Bassirou Diomaye Faye, incarnation d’un espoir populaire longtemps étouffé. Un an plus tard, entre ruptures affirmées et résistances persistantes, le pays est engagé dans une mutation profonde, mais fragile.

Il y a un an jour pour jour, le Sénégal entrait dans une nouvelle ère avec la victoire éclatante de Bassirou Diomaye Faye à l’élection présidentielle du 24 mars 2024. Ce triomphe, bien plus qu’une simple alternance, marquait une rupture historique, refermant d’un coup sec douze années du régime Macky Sall marqué par l’autoritarisme et la prédation économique. Les dernières années de ce pouvoir avaient pris un tour particulièrement brutal : répression féroce des opposants, musèlement de la presse, instrumentalisation de la justice, arrestations arbitraires, exils forcés, et une jeunesse systématiquement ciblée comme une menace. La démocratie sénégalaise, naguère fière de ses acquis, avait été poussée au bord du gouffre. Mais le 24 mars 2024, le peuple a tranché avec détermination, mettant fin à cette dérive dictatoriale et ouvrant une nouvelle trajectoire fondée sur la liberté, la justice et la souveraineté.

Un an après, des changements notables sont à l’œuvre. La gouvernance, autrefois opaque et marquée par l’impunité, s’est engagée dans un processus de refondation. La priorité donnée à la transparence, la reddition des comptes et la lutte contre la corruption illustrent cette rupture nécessaire. Le départ acté des forces françaises, qui incarnaient aux yeux de beaucoup la dépossession de notre souveraineté, s’inscrit dans cette volonté assumée de réappropriation nationale. De même, la ratification d’accords en suspens depuis des années ouvre de nouveaux horizons pour le pays, en diversifiant ses instruments de coopération. Le Sénégal, sous l’impulsion de la Vision Sénégal 2050, se projette désormais dans l’avenir avec une ambition renouvelée, articulée autour de la souveraineté économique, de la justice sociale et du panafricanisme.

Mais toute révolution suscite des résistances. Les forces du passé, celles qui prospéraient sous l’ancien régime, celles qui ont bénéficié de la rente du pouvoir, n’ont pas disparu. Elles s’organisent dans l’ombre, fomentent la discorde et instrumentalisent les institutions pour freiner l’élan du changement. L’histoire regorge d’exemples où des révolutions victorieuses ont été dévoyées faute d’un ancrage institutionnel solide. Le Sénégal ne doit pas être une nouvelle illustration de cette tragédie cyclique.

Les réformes urgentes : un programme législatif de refondation

Face à ces enjeux, il est impératif d’inscrire la révolution citoyenne dans une dynamique institutionnelle pérenne. La consolidation du changement passe par un programme législatif ambitieux qui doit d’abord s’attaquer à l’institution judiciaire. Il est essentiel de rompre avec une magistrature inféodée à l’exécutif et de garantir l’inamovibilité des juges pour mettre fin aux ingérences politiques. Mais cette réforme ne saurait être complète sans une décolonisation de l’appareil judiciaire, encore marqué par des héritages qui perpétuent les inégalités. L’objectif doit être de garantir une justice impartiale, où tous les citoyens sont égaux devant la loi, sans distinction de statut social ou d’appartenance politique.

Mais la refondation institutionnelle ne saurait être complète sans une refonte des bases économiques du pays. Une loi sur le patriotisme économique s’impose pour protéger le pays des logiques de rente et de la prédation néocoloniale qui freinent son développement. Il est temps de bâtir un modèle économique national fondé sur la production, en soutenant les entrepreneurs locaux et en développant des filières stratégiques adaptées à nos réalités. Face à la puissance des multinationales, l’enjeu n’est pas de les concurrencer frontalement, mais de fixer des règles claires qui encouragent l’initiative locale et veillent à ce que les richesses produites au Sénégal profitent d’abord à ses citoyens. Cela suppose aussi de penser notre insertion dans les chaînes de valeur de l’économie mondiale, en identifiant des segments où notre savoir-faire, nos ressources et notre main-d’œuvre peuvent faire la différence.

Toutefois, cette ambition ne pourra se concrétiser si elle aboutit simplement à la naissance d’une nouvelle caste d’opportunistes, prêts à reproduire les mêmes logiques de prédation sous un vernis de changement. L’un des risques majeurs de tout changement est de voir émerger une élite parasitaire qui ne ferait que remplacer l’ancienne sans modifier les structures de domination. La révolution citoyenne ne doit pas être une simple succession de visages, mais une transformation en profondeur des pratiques et des mentalités. Plutôt que de perpétuer un modèle économique basé sur la rente et le clientélisme, il est impératif de privilégier une véritable élite entrepreneuriale fondée sur l’innovation, la production et la création de valeur ajoutée. C’est à ce prix seulement que le Sénégal pourra durablement s’émanciper et inscrire son développement dans une dynamique souveraine et inclusive.

Un cap à maintenir malgré les embûches

Le bilan d’une année est encourageant, mais l’histoire nous enseigne que les révolutions les plus prometteuses sont souvent celles qui suscitent les plus fortes résistances. Les forces rétrogrades ne désarment pas, et il appartient aux citoyens de rester vigilants pour défendre les acquis durement arrachés. La révolution du 24 mars 2024 n’est pas un aboutissement, mais un commencement.

Le Président Bassirou Diomaye Faye, le Premier ministre Ousmane Sonko, le gouvernement, la majorité parlementaire PASTEF ont amorcé une dynamique positive. Il leur revient désormais de la consolider en inscrivant leur action dans le long terme, en structurant les réformes et en engageant les ruptures nécessaires. L’enjeu n’est pas seulement de gouverner, mais de transformer le Sénégal pour les générations futures.

L’histoire ne tolère pas les rendez-vous manqués.