
Le communiqué publié le 22 juin 2026 à l’issue de la mission du FMI au Sénégal exige une lecture attentive. Non parce qu’il constituerait un soutien politique, ce qui n’est pas sa fonction, mais parce qu’il apporte une confirmation supplémentaire à une réalité que même les critiques les plus acharnés peinent désormais à ignorer. Le FMI n’est d’ailleurs pas le premier acteur international à reconnaître les résultats obtenus sous le gouvernement d’Ousmane Sonko entre avril 2024 et mai 2026 : amélioration des finances publiques, réduction du déficit budgétaire, maintien de la croissance et poursuite des réformes. Malgré les procès intentés à la démarche souverainiste sénégalaise, les faits continuent de s’imposer.
Cette lecture des faits est d’autant plus nécessaire que le débat public sénégalais semble parfois avoir basculé dans l’ère de la post-vérité. Alors même que la Cour des comptes, le FMI et plusieurs audits ont conduit à une réévaluation massive de la dette et du déficit hérités du précédent régime, certains acteurs politiques et médiatiques en sont encore réduits à contester jusqu’à l’existence même de la dette cachée.
Cette appréciation intervient pourtant dans un contexte particulièrement difficile. Le gouvernement Sonko a hérité d’une dette cachée, d’un déficit réel supérieur à 13 % du PIB, d’une dette publique réévaluée à près de 132 % du PIB et d’un programme FMI suspendu. À cet héritage se sont ajoutés les tensions géopolitiques internationales, la hausse des prix de l’énergie et le durcissement des conditions de financement.
Face à une telle situation, beaucoup de gouvernements auraient choisi l’austérité, la hausse des prix ou la réduction des dépenses sociales. Le gouvernement Sonko avait fait un autre choix : redresser les finances publiques tout en préservant la stabilité sociale et le pouvoir d’achat des ménages. C’est cette performance que le communiqué du FMI, sans le dire explicitement, vient aujourd’hui reconnaître.
Une réalité souvent occultée
En 2024, le gouvernement Sonko a hérité d’une situation catastrophique : un déficit budgétaire réel de 13,4 % du PIB, une dette largement sous-évaluée dont une part non négligeable cachée et une grave crise de confiance avec les partenaires financiers internationaux.
Le scénario classique de l’ajustement était écrit : hausse des taxes, gel des salaires et réduction des subventions. Il n’a pas eu lieu.
Il en a été autrement. Salaires, pensions et programmes sociaux ont été maintenus, tandis que les investissements stratégiques du Plan de redressement économique et social (PRES) étaient lancés. Dans le même temps, le déficit budgétaire a été réduit à 6,4 % du PIB.
Autrement dit, le Sénégal a réduit de moitié son déficit sans imposer à sa population une thérapie de choc comparable à celles des années d’ajustement structurel.
Une performance dans un environnement hostile
Cette évolution serait déjà remarquable dans un contexte international favorable. Mais elle intervient dans une période particulièrement difficile. Les taux d’intérêt mondiaux restent élevés. Les conséquences de la guerre en Ukraine continuent de peser sur les échanges internationaux. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient provoquent une hausse des prix de l’énergie. Les marges budgétaires des États africains demeurent limitées.
Le FMI lui-même reconnaît dans son communiqué que l’économie sénégalaise a fait preuve de « résilience » et que les finances publiques se sont améliorées. Le mot est important. Il signifie que le pays n’a pas seulement survécu à la crise héritée de la dette cachée. Il a commencé à la surmonter.
Cette résilience ne relève ni du hasard ni de la magie. Elle résulte de choix politiques assumés : amélioration du recouvrement fiscal, rationalisation de certaines dépenses, renforcement de la transparence budgétaire et volonté de préserver le pouvoir d’achat des populations malgré les chocs exogènes.
La souveraineté n’est pas un slogan
Depuis plusieurs années, certains observateurs présentent la souveraineté comme un simple registre rhétorique destiné à mobiliser les foules. Les faits racontent une autre histoire. La souveraineté se mesure dans la capacité d’un État à arbitrer entre les exigences des marchés et les besoins de son peuple.
Réduire un déficit budgétaire est une chose. Le réduire sans transférer brutalement le coût de l’ajustement sur les plus modestes en est une autre. C’est précisément ce qui distingue la période actuelle.
Le gouvernement n’a pas choisi la facilité politique consistant à nier les difficultés. Il n’a pas davantage choisi la facilité technocratique consistant à faire payer immédiatement les ménages. Il a tenté d’ouvrir une troisième voie : celle du redressement sans casse sociale.
Naturellement, tout n’est pas réglé. La dette demeure élevée. Les besoins de financement restent considérables. Les défis de l’emploi, de l’industrialisation et de la souveraineté alimentaire sont immenses.
Mais il est difficile de nier une évidence : les résultats obtenus durant ces deux ans sont loin des scénarios catastrophistes annoncés après les révélations sur la dette cachée.
Un redressement à préserver
Les résultats obtenus depuis deux ans ne doivent cependant pas masquer les interrogations qui émergent aujourd’hui.
Au moment même où les indicateurs budgétaires s’améliorent, le FMI reconnaît les efforts accomplis, le départ d’Ousmane Sonko de la Primature, celui des ministres issus de PASTEF et certains débats au sein du pouvoir soulèvent une question essentielle : la trajectoire engagée sera-t-elle poursuivie ?
Ainsi, le ministre Serigne Guèye Diop a récemment plaidé pour une normalisation rapide des relations avec le FMI, n’excluant ni une restructuration de la dette ni un retour à un cadre plus classique de financement du développement.
Personne ne conteste la nécessité de dialoguer avec les partenaires financiers. Mais le débat est ailleurs : le Sénégal doit-il renouer avec des recettes qui ont longtemps nourri la dépendance ou poursuivre une voie davantage fondée sur la souveraineté économique et la mobilisation de ses propres ressources ?
C’est précisément parce que les résultats sont réels que cette question mérite d’être posée. Le gouvernement Sonko a prouvé qu’un redressement sans casse sociale est possible. Reste à savoir si cette preuve sera un précédent ou une parenthèse. La réponse ne dépend pas du FMI, mais de la capacité du Sénégal à transformer cette respiration budgétaire en investissements durables pour l’emploi et l’industrie.
