Maître Malick Sall, le Garde des siens

Qui n’a jamais connu l’expérience du doute sur ses sensations ? Il faut parfois relire, réécouter pour réaliser que ce que l’on a lu ou entendu n’est pas illusion ou hallucination. J’ai vécu cette épreuve ce matin, en prenant connaissance des propos du Garde des Sceaux, ministre de la Justice maître Malick Sall à la suite de sa visite à la maison d’arrêt de Rebeuss hier, 30 août 2019. Face à la presse, le ministre a déclaré qu’il n’a pas « reconnu cette prison », que les prisonniers « sont extrêmement bien traités » et qu’au « niveau hébergement, rien à dire ».   Se faisant plus précis, il ajoutera « j’ai été voir les salles des avocats où ils reçoivent leurs clients, dans des salles climatisées. » ; « évidemment il y a des manquements.  Ils disent qu’ils ont besoin de matelas. Le directeur a immédiatement répondu qu’il était en train de recevoir des livraisons de matelas. » Pour finir, le ministre dira qu’il sort de sa visite « satisfait » même si son cœur est « meurtri après avoir visité la chambre 11 où deux êtres humains, deux personnes qui peuvent être mes enfants, ont perdu la vie. » Ces propos ont tellement impressionné (un euphémisme)  le journaliste de l’Agence de presse sénégalaise (APS) qu’il les a ignorés et a préféré axer sa dépêche sur la réforme sur laquelle le ministère est « en train de travailler ». Le ministre qui à sa prise de fonction faisait des « longues détentions préventives » une de ses « priorités » nous informe, cinq mois après sa prise de fonction que lui et ses équipes sont  « en train de travailler sur la possibilité de mettre des bracelets électroniques ». Bref, ils en sont aux hypothèses d’école.

Ce que dit le ministre à propos de la maison d’arrêt de Rebeuss est surprenant et est en porte-à-faux avec les descriptions qu’en font les organisations de défense des droits de l’homme, d’anciens détenus, l’Observatoire national des lieux de privation de liberté (ONLPL) et le personnel pénitenciers. Il y a quelques semaines, maître Sall a pris publiquement la défense et absout le frère du président de la République Aliou Sall (accusé de corruption), au prétexte qu’i lui reconnaît…des convictions religieuses. Il y a un mois, il revendiquait être l’auteur des instructions au procureur de Dakar aux fins de poursuivre et emprisonner le journaliste Adama Gaye. Chaque fois que le président ou ses proches sont titillés dans le débat public, le ministre monte en première ligne pour attaquer les impertinents ! Par contre, à ce jour, nul ne connaît ses instructions aux parquets en matière de détention préventive. Il est trop occupé à défendre les siens.

Auteur : Félix Atchadé

Je suis médecin, spécialiste de Santé Publique et d’Éthique Médicale. Je travaille sur les questions d’équité et de justice sociale dans les systèmes de santé. Militant politique, je participe à l'oeuvre de refondation de la gauche sénégalaise.

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