
Il faut du courage pour tenir quand tout semble vaciller, et de l’audace lorsque chacun annonce l’effondrement. Depuis deux ans, le Sénégal avance dans une zone de turbulence où se mêlent héritage budgétaire dissimulé, pression des marchés et injonctions des institutions financières internationales. À écouter les Cassandre, la trajectoire était écrite d’avance : défaut imminent, isolement financier, effondrement économique. Or, les faits, têtus comme toujours, racontent une autre histoire.
Le point de départ de cette séquence n’est pas une crise ordinaire, mais un acte politique fondateur : la mise au jour de la dette cachée. Ce geste n’était pas neutre. Il exposait le pays à une dégradation de sa notation, à la défiance des marchés, à la suspension du programme du Fonds monétaire international. Mais il rétablissait une chose essentielle : la souveraineté de la vérité. Et en matière économique comme en politique, il n’y a pas de redressement durable sans diagnostic lucide.
La preuve par les faits : tenir sans plier
Depuis lors, le Sénégal avance sans filet. Pas d’accord avec le FMI, donc pas de financements concessionnels. Un besoin de financement colossal pour 2026 — plus de 6 000 milliards de FCFA, dont une large part dédiée au service de la dette. Un « mur » d’échéances, notamment sur les eurobonds. Et pourtant, le pays tient.
En mars dernier, une échéance majeure sur les marchés internationaux a été honorée. Ce n’est pas un détail technique : c’est un signal politique. Cela signifie que malgré les prophéties d’effondrement, l’État sénégalais respecte ses engagements extérieurs. Cela signifie aussi que la crédibilité ne se décrète pas depuis Washington ou New York, mais qu’elle se construit dans l’acte même de payer, de tenir parole, de faire face.
Mieux encore, contrairement aux scénarios alarmistes, le ciel n’est pas tombé sur le Sénégal. Il n’y a pas eu de rupture brutale, pas de panique systémique. Les tensions existent. Elles sont réelles. Mais elles sont maîtrisées. Et cela, dans un contexte où le dialogue avec le FMI ressemble à un dialogue de sourds, marqué par des désaccords persistants sur les chiffres, les hypothèses, et au fond, sur la manière même de lire l’économie sénégalaise.
Le PRES : une méthode, pas un slogan
Ce qui fait la différence, c’est la stratégie. Le Plan de redressement économique et social (PRES) n’est pas un catalogue de bonnes intentions. Il repose sur une logique claire : mobilisation accrue des ressources internes et sous-régionales, stabilisation macroéconomique sans renoncer à l’action publique. Autrement dit, une tentative, encore fragile mais réelle, de sortir du face-à-face stérile entre austérité imposée et fuite en avant.
Dans cette perspective, la stratégie gouvernementale prend tout son sens. Elle ne nie pas les contraintes ; elle cherche à les reconfigurer. Elle affirme surtout une idée simple : l’expertise ne vient pas seulement des institutions financières internationales. Elle existe aussi ici et en Afrique de l’Ouest, produite par nos administrations, nos économistes, nos praticiens de terrain, nos banques régionales de développement.
Les marchés, souvent présentés comme des entités abstraites et omniscientes, commencent d’ailleurs à l’intégrer. Ils observent. Ils testent. Et surtout, ils constatent. En honorant ses échéances, en maintenant ses engagements, le Sénégal envoie un message : il existe une capacité endogène de gestion, de prévision, d’ajustement.
Au-delà du FMI : une bataille de légitimité
Il faut alors dire les choses : ce qui se joue aujourd’hui dépasse la seule question d’un accord avec le FMI. Il s’agit d’une bataille de légitimité. Qui a le droit de dire ce qu’est une trajectoire économique soutenable ? Qui décide des priorités : remboursement, investissement, protection sociale ? Qui fixe le tempo des réformes ?
Dans ce face-à-face, le Sénégal ne doit pas céder à la tentation du renoncement. La prudence du FMI, les alertes des banques comme Citibank, les inquiétudes des marchés ne sont pas neutres. Elles traduisent une rationalité, certes, mais aussi un rapport de force. Et face à ce rapport de force, la pire des stratégies serait de douter de soi-même.
Tenir, encore et toujours
C’est pourquoi le gouvernement sénégalais dirigé par le Premier ministre Ousmane Sonko doit rester droit dans ses bottes. Non par orgueil, mais par cohérence. Non par posture, mais par responsabilité. Les décisions prises depuis deux ans commencent à produire leurs effets. Elles n’ont pas résolu tous les problèmes. Mais elles ont déjoué les scénarios catastrophes.
Il faut désormais aller plus loin, sans céder sur l’essentiel. Faire confiance à notre capacité collective. Assumer le choix d’une voie qui n’est ni celle de la soumission, ni celle de l’aventurisme, mais celle d’une souveraineté patiemment construite.
Rester droit, donc. Parce que parfois, tenir est déjà une victoire. Et que dans cette épreuve, le Sénégal est en train de montrer, à lui-même autant qu’au monde, que la souveraineté n’est pas un slogan, mais une pratique.
