Sahel : Macron garde le cap sur le désastre

La crise née de la pandémie de Covid-19 n’a pas entamé les certitudes et la vision toute militaire et sécuritaire de la politique sahélienne d’Emmanuel Macron. Selon ses conseillers diplomatiques, il « garde » le cap. Que les évènements l’obligent à reporter le sommet Afrique-France prévu initialement à Bordeaux du 4 au 6 juin 2020 à l’année prochaine ou que la saison Africa 2020 soit décalée de plusieurs mois n’y change rien. Dans l’agenda élyséen, le report du sommet G 5 de Nouakchott des 29 et 30 juin 2020 n’est pas envisagé. Dans quelques semaines, Emmanuel Macron devrait retrouver ses homologues de Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso et Tchad pour dresser le bilan du sommet de Pau du 13 janvier dernier et annoncer le maintien de l’opération militaire Barkhane.

 Sur le terrain, malgré les effectifs des forces françaises qui sont récemment passés de 4 500 à 5 100 militaires, la situation reste préoccupante. Les groupes djihadistes multiplient les attaques. En moins d’une semaine, deux légionnaires français sont morts à la suite de combats dans la zone transfrontalière entre le Mali, le Niger et le Burkina. Au Mali, après l’opposant Soumaïla Cissé otage d’un groupe djihadiste depuis le 25 mars, le préfet de Gourma-Rharous a été enlevé le 2 mai par des hommes armés alors qu’il regagnait son poste en voiture depuis Tombouctou. En 2019, selon l’Organisation des Nations unies, les violences djihadistes et les conflits connexes ont fait 4 000 morts au Mali, au Niger et au Burkina Faso, cinq fois plus qu’en 2016, malgré la présence de forces africaines, onusiennes et françaises. Depuis 2013, date de l’opération Serval, 44 militaires français ont trouvé la mort dans la région. Des centaines de militaires maliens et de la Mission de stabilisation des Nations unies au Mali (Minusma) ainsi que des milliers de civils ont subi le même sort. Au Burkina Faso, la violence armée a poussé près d’un demi-million de personnes à prendre la fuite pour trouver refuge ailleurs dans le pays. Aujourd’hui, au Burkina Faso, au Mali et au Niger, plus de cinq millions de personnes dépendent entièrement de l’assistance humanitaire. Ce sont des centaines de milliers de familles qui ont tout perdu en fuyant les violences.

Le Sahel reste sous la menace d’une déstabilisation lente et diffuse. Le scénario que l’on pouvait redouter au lendemain de l’intervention militaire française au Mali se déroule dangereusement. La primauté de l’action militaire, avec un mélange des genres entre Barkhane (antiterrorisme), G5 Sahel et Minusma (Maintien de la paix des Nations unies), sur des objectifs non explicités masque l’absence de réponse politique. « Pour se prémunir autant que possible contre le risque de rejet de la présence militaire étrangère, il faut aussi mener des projets de développement », déclarait il y a quelques mois la ministre de la défense, Florence Parly, auditionnée par le Sénat. Elle ajoutait qu’à cet égard, « nous souhaitons articuler de manière plus efficace l’action de Barkhane et les actions de l’Agence française de développement, pour que le rétablissement de la sécurité bénéficie directement aux populations. C’est ainsi que la présence militaire sera mieux tolérée ». L’aide au développement est conçue comme un instrument complémentaire, destiné à faire accepter une présence militaire étrangère.

Comme une évidence, la seule réponse militaire est un échec. D’autant qu’elle est orchestrée de la part d’un État français qui n’a eu de cesse de jouer au pompier pyromane depuis les années 60 aux quatre coins du continent africain. Il ne suffit pas de signer des traités laissant à l’armée française toute latitude pour aller et venir et occuper le terrain, pour sortir la sous-région du guêpier. Les solutions sont ailleurs, dans la réponse aux immenses défis sociaux, économiques, environnementaux, pour donner des perspectives et une place aux Sahéliens, singulièrement aux jeunes.