31 juillet 2023 : le décret qui fit naître une révolution

Il y a deux ans, jour pour jour, le 31 juillet 2023, un décret signé de la main du président Macky Sall mettait brutalement fin à l’existence légale du parti PASTEF — Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité. Par ce geste autoritaire, le pouvoir d’alors espérait enterrer un mouvement qui dérangeait, un mouvement accusé de porter atteinte à la sécurité de l’État, mais qui portait surtout les espérances d’un peuple en quête de rupture.

Aujourd’hui, en juillet 2025, l’histoire a tranché. L’ironie est cinglante, et la revanche, éclatante. Le PASTEF, que l’on pensait dissous, a été ressuscité par la volonté populaire. Il est désormais au cœur de l’État. Son président, Ousmane Sonko, est Premier ministre de la République. Son compagnon de lutte, Bassirou Diomaye Faye, est président de la République, élu dès le premier tour avec 54 % des voix. Quant au parti lui-même, il n’a jamais été aussi vivant !

D’un décret de dissolution à une élection plébiscitaire

Le décret de dissolution du PASTEF, publié dans un contexte de tensions extrêmes, faisait suite à une vague de répression sans précédent : arrestations de responsables, interdictions de manifestations, censure des médias critiques, suspension des réseaux sociaux. On espérait ainsi briser l’élan populaire né des combats de 2021 et de la dynamique électorale de 2022. En lieu et place de l’accalmie espérée, ce fut l’étincelle de trop. La dissolution du PASTEF n’a pas été une fin. Elle fut une mue.

Privés de cadre légal, les patriotes se sont enracinés dans la société civile, les quartiers, les campagnes, les réseaux informels. Ils ont transformé l’humiliation en organisation. Ils ont opposé à la brutalité du décret la détermination calme de la résistance civique. Le pouvoir avait cru dissoudre un parti ; il a en réalité galvanisé une force historique.

Le 24 mars 2024, ce peuple interdit de voix et de visibilité est allé aux urnes. Il a élu l’idéologie même que l’on avait voulu faire taire. Il a prouvé que les décrets ne vainquent pas les idées. La dissolution a été juridiquement valide, politiquement contre-productive et historiquement suicidaire.

Quand la République retrouve la voix de ses enfants bannis

Deux ans après, l’heure n’est ni à la vengeance ni à l’amnésie. Elle est à la lucidité. Ce que nous vivons aujourd’hui, c’est le paradoxe de l’histoire : ceux qui ont été déclarés hors-la-loi gouvernent désormais avec légitimité, et ceux qui prétendaient incarner la loi sont jugés par l’Histoire, et demain peut-être par la Justice.

Il faut se souvenir. Non pour se complaire dans la douleur, mais pour préserver les leçons de cette épreuve. Le décret du 31 juillet 2023 fut une trahison de l’État de droit, une insulte à la mémoire démocratique du Sénégal. Il faut aujourd’hui le relire comme on relit un arrêt d’infamie, une folie d’ancien régime.

C’est une révolution, et elle est démocratique

Je suis souvent interpelé sur le concept de « révolution » que j’utilise régulièrement dans mes articles. Certains me reprochent de l’employer avec légèreté. Il est temps de clarifier tout cela : l’élection du 24 mars 2024 au Sénégal constitue-t-elle une simple alternance démocratique ou bien une véritable révolution ? À y regarder de près, tant les circonstances politiques que les dynamiques socio-économiques suggèrent bien davantage : une authentique révolution démocratique par les urnes, fruit d’une volonté populaire manifeste, d’une mobilisation massive et d’une rupture radicale avec les pratiques politiques et économiques antérieures.

La souveraineté populaire comme moteur

D’abord, l’élection de Bassirou Diomaye Faye, issu du parti d’opposition radicale PASTEF, dès le premier tour de la présidentielle, malgré son incarcération peu avant le scrutin, est un événement d’une ampleur historique. Ce succès électoral improbable témoigne d’une mobilisation profonde et d’une volonté générale puissante, comme le conceptualisait Rousseau. Les citoyens sénégalais, en particulier une jeunesse désabusée, mais déterminée, ont exprimé leur rejet massif d’un système perçu comme corrompu, injuste et incapable de répondre aux attentes populaires. Cette mobilisation populaire s’est construite progressivement, depuis les violentes manifestations de 2021 contre l’arrestation d’Ousmane Sonko, jusqu’à la campagne électorale du scrutin de 2024, démontrant clairement que la souveraineté populaire ne saurait être étouffée par la répression et les manœuvres politiques.

Une rupture politique et économique radicale

Ensuite, ce que Tocqueville nomme le « changement radical » est bel et bien à l’œuvre. Même si le processus est électoral, la rupture est réelle. La transition du pouvoir des mains d’un régime autoritaire à celles d’une opposition radicale qui fut marginalisée et réprimée pendant des années marque une transformation structurelle majeure. Le discours porté par le Président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko n’est pas un simple changement de visages, mais vise clairement à réorienter radicalement les politiques économiques vers une souveraineté nationale affirmée, la transparence, la justice sociale, et la fin des arrangements économiques néocoloniaux.

Cette révolution démocratique s’ancre profondément dans les dynamiques socio-économiques identifiées par Karl Marx et Eric Hobsbawm : les frustrations économiques, le chômage massif des jeunes, le coût élevé de la vie, et la corruption systémique. Ces réalités ont alimenté une colère sociale qui s’est cristallisée dans un vote massif en faveur de PASTEF, dont les propositions visent précisément à inverser ces logiques d’exploitation et de marginalisation économique. La redéfinition des contrats pétroliers et gaziers, ainsi que l’engagement clair à rééquilibrer la redistribution des richesses nationales, participent de cette volonté révolutionnaire.

Un nouveau commencement démocratique

Le Sénégal est dans ce que Reinhart Koselleck appelle la « Sattelzeit », une période charnière où les concepts mêmes de gouvernance, de souveraineté économique et de justice sociale sont en pleine mutation. La notion de « rupture » se positionne désormais comme un pivot central dans le discours politique, signifiant non seulement un changement d’approche, mais une véritable refondation des principes éthiques et politiques de l’État sénégalais.

Enfin, selon la pensée d’Hannah Arendt, ce mouvement représente un véritable « nouveau commencement ». En dissolvant l’Assemblée nationale et en convoquant des élections législatives anticipées, tenues en novembre 2024, le Président, Faye a posé un acte fort de refondation. Il s’agissait de doter le projet révolutionnaire d’une légitimité démocratique renouvelée, garante de sa cohérence et de sa pérennité. Ce nouveau pouvoir ne se contente pas d’alternance démocratique classique ; il aspire clairement à créer un « nouveau Sénégal » basé sur une gouvernance éthique et souveraine, indépendante des influences néocoloniales traditionnelles.

Tenir tête, tenir parole : comment PASTEF doit incarner le redressement

Ce dimanche 27 juillet 2025, Ayib Daffé, Secrétaire général de PASTEF et Président du groupe parlementaire du parti, a dévoilé en avant-première, lors de l’émission « Point de vue » diffusée sur la RTS et dans la continuité des orientations énoncées par le Premier ministre Ousmane Sonko lors du Conseil des ministres du 23 juillet 2025, les grandes lignes du Plan de redressement économique que le Premier ministre annoncera officiellement le 1er août prochain. Ce plan, qui s’inscrit dans l’agenda national de transformation défendu par PASTEF, arrive à un moment décisif où le Sénégal, après avoir réalisé un diagnostic sans concession des finances publiques héritées du régime précédent, entame désormais une nécessaire phase de redressement.

Équité sociale et territoriale : piliers de la révolution

Ce plan s’articule autour de deux principes clés : l’équité sociale et territoriale. La lutte contre la pauvreté et la réduction des inégalités entre régions urbaines comme Dakar et rurales comme Sédhiou ou Kédougou sont essentielles. L’agriculture, l’eau et l’énergie sont des secteurs prioritaires pour bâtir un Sénégal plus juste et autonome.

Le succès de ce plan dépend fortement de PASTEF, qui doit jouer un rôle clé en mobilisant la société. Fort de sa crédibilité populaire, le parti est en mesure d’animer et d’encadrer les réformes, rassemblant paysans, ouvriers, intellectuels et entrepreneurs autour d’objectifs communs.

Garantir une gouvernance exemplaire pour assurer le succès

PASTEF doit veiller à la mise en œuvre concrète des politiques. Ayib Daffé a indiqué que 500 milliards de francs CFA sont prévus pour régler les arriérés du précédent régime, notamment dans les BTP et l’énergie. Le parti devra s’assurer que ces ressources sont utilisées avec transparence et efficacité, tout en garantissant l’exemplarité et l’intégrité de ses propres cadres.

L’action de PASTEF ne peut se réduire à l’économie : le volet politique et institutionnel est tout aussi crucial. Le débat sur le règlement intérieur de l’Assemblée nationale, notamment autour des commissions d’enquête, montre l’importance d’un cadre législatif aligné sur les ambitions de transformation. Le parti doit donc poursuivre ses efforts pour renforcer un appareil juridique au service du contrôle démocratique et de la souveraineté populaire, condition essentielle à la réussite du redressement.

Ainsi, pour le triomphe de la révolution entamée par le peuple sénégalais, PASTEF doit être à la fois le gardien vigilant des principes de justice sociale et territoriale, le moteur de la mobilisation citoyenne et le garant intransigeant de la gouvernance vertueuse. Le plan annoncé par le Premier ministre Ousmane Sonko est une étape essentielle, mais c’est bien la mobilisation constante et structurée du parti qui assurera la pérennité et la réussite profonde de cette transformation historique.

Intouchables ? Quand les magistrats défient la souveraineté populaire

Il est des mots qui brillent tant qu’ils aveuglent. Des concepts si sacralisés qu’on ne les interroge plus. « Indépendance de la justice » est de ceux-là. Dans sa récente décision sur la loi organique régissant le Règlement intérieur de l’Assemblée nationale (loi n° 09/2025), le Conseil constitutionnel du Sénégal met un veto ferme : l’Assemblée ne saurait faire comparaître de magistrats devant une commission d’enquête, sauf autorisation expresse du ministre de la Justice. Séparation des pouvoirs, dit-on. Immunité excessive des juges, comprend-on. Et démocratie parlementaire, dans tout ça ?

La justice, ce pouvoir devenu tabernacle

Reprenons les termes exacts de la censure. Le Conseil s’appuie sur l’article 88 de la Constitution pour sanctuariser le pouvoir judiciaire : « l’indépendance de la justice » impliquerait que les magistrats ne puissent être convoqués qu’à la condition que leur audition soit volontaire, autorisée, et surtout expurgée de toute référence à une affaire passée ou en cours.

En d’autres termes : il ne faut surtout pas toucher à la robe ni interroger ses porteurs. Le juge devient ici un acteur public au-dessus de tout soupçon, et par conséquent, au-dessus de tout contrôle. Mais à force de vouloir sanctuariser leur indépendance, ne risque-t-on pas de les soustraire à toute responsabilité ? L’indépendance, oui. Le pouvoir sans contrôle, non. 

Le Parlement réduit au silence

On s’étonne que le Conseil constitutionnel oublie que l’Assemblée nationale n’est pas une chambre d’exécution, mais celle qui délibère au nom du peuple. Elle a donc le droit — et le devoir — d’interroger toute autorité publique, y compris judiciaire, sur les dysfonctionnements institutionnels.

Les commissions d’enquête ne jugent pas, ne sanctionnent pas : elles questionnent. Leur seule arme, c’est la lumière. Empêcher l’audition d’un magistrat, même sur l’organisation de la justice, revient à priver la République de cette lumière.

On nous dit : « Le ministre de la Justice peut autoriser. » Fort bien. Mais pourquoi l’exécutif pourrait-il convoquer un magistrat, et pas le législatif ? Voilà une séparation des pouvoirs bien asymétrique : un pont entre l’exécutif et les juges, un mur face au Parlement.

Dans d’autres pays, la justice rend aussi des comptes

Le Conseil constitutionnel semble ignorer qu’ailleurs, les magistrats peuvent être entendus par les parlementaires, à condition que l’on distingue ce qui relève du secret de l’instruction (légitime) et ce qui relève du fonctionnement de l’institution judiciaire (domaine public). En France, l’Assemblée nationale a pu enquêter sur les erreurs judiciaires dans l’affaire Outreau. En Afrique du Sud, la Commission Zondo a entendu des juges dans le cadre de la « State capture ». Aucune apocalypse constitutionnelle n’en est résultée.

Dans ces pays, on a compris que l’indépendance n’est pas l’inaccessibilité. On peut être indépendant et responsable. On peut juger en conscience et rendre des comptes en transparence. On peut porter la toge sans se cacher derrière.

Refonder le contrôle démocratique des juges : une urgence révolutionnaire

Ce débat révèle une culture héritée du colonialisme, où les magistrats forment une caste intouchable, les élus sont perçus comme des gêneurs, et le citoyen réduit au silence. Pourtant, dans une démocratie, la justice relève de la souveraineté populaire et doit rendre des comptes comme tout service public.

Qui contrôle ceux qui jugent ? Si les juges surveillent les citoyens sans pouvoir être interpellés, il ne s’agit plus de démocratie, mais d’une délégation sans retour.

Le Conseil constitutionnel a manqué l’occasion de refonder démocratiquement une justice que le Sénégal veut plus transparente et responsable. La justice n’a pas à être jugée, mais elle doit pouvoir être questionnée. Ce que la République attend des juges, ce n’est pas la perfection, mais la responsabilité.

PASTEF : l’hétérogénéité comme force stratégique de la révolution sénégalaise

« Un front populaire n’est pas une secte, c’est une alliance historique »

À ceux qui s’empressent de dénoncer, parfois avec condescendance, la supposée « contradiction » interne du projet politique porté par le PASTEF, il faut répondre avec clarté et hauteur : ce que vous percevez comme une cacophonie est en réalité la polyphonie d’un front populaire conscient de ses responsabilités historiques. Le PASTEF, loin d’être un simple parti traditionnel, est la traduction politique d’un moment révolutionnaire inédit dans l’histoire sénégalaise contemporaine. Il ne s’est pas consolidé dans la paix sociale des salons de la République, mais dans la tourmente d’un peuple debout, décidé à rompre avec l’ordre néocolonial et à reconquérir sa souveraineté.

Cette hétérogénéité, loin d’être un défaut, est un compromis stratégique assumé, fondé sur une lecture lucide du contexte national et mondial. C’est un compromis historique, au sens gramscien, entre des forces sociales diverses unies par une même urgence : sortir du piège de la dépendance et bâtir un État nouveau. Chacun y contribue sans renier son identité politique.

Un capitaine dans la tempête : le rôle structurant d’Ousmane Sonko

Dans cette architecture complexe qu’est un front populaire, il faut un fil conducteur, une boussole, un porteur de vision capable d’agréger les énergies sans les dissoudre, de tenir la cohérence sans étouffer la diversité. C’est là que se révèle la stature d’Ousmane Sonko, président du PASTEF. Il incarne non seulement une ligne politique claire — celle de la souveraineté nationale, de la justice sociale et de la refondation républicaine — mais aussi une capacité rare à articuler les contradictions, à transformer les tensions internes en moteur de créativité politique.

Le président du parti, Ousmane Sonko, n’a jamais prétendu détenir une vérité unique. Ni dogmatique, ni arbitre d’un pluralisme tiède, il est le catalyseur d’un mouvement populaire qui grandit en parlant aux frustrations comme aux espoirs. Sous sa direction, le PASTEF est devenu un cadre où le débat est libre, les différences valorisées, et la ligne contre la recolonisation clairement affirmée, sans exclure ceux qui veulent bâtir un État au service du peuple. Il incarne une boussole politique, transformant l’indignation en organisation et l’aspiration en stratégie.

Distinguer l’essentiel de l’accessoire : la matrice dialectique du PASTEF

Ceux qui critiquent cette configuration restent prisonniers d’une vision binaire, où unité rime avec uniformité. Or, le PASTEF incarne une tradition plus exigeante : distinguer contradictions principales et secondaires. L’enjeu central n’est pas entre courants idéologiques de rupture, mais entre deux projets antagonistes : un Sénégal soumis aux diktats extérieurs et gouverné par une élite compradore, et un Sénégal souverain, enraciné dans ses luttes, tourné vers la justice sociale et la réappropriation des leviers économiques.

C’est en cela que le PASTEF est porteur d’un projet de refondation, et non d’un simple programme de gestion. Le pluralisme interne du mouvement n’est pas un obstacle à cette refondation : il en est la condition. Car une révolution populaire ne se gagne pas avec des purs, des dogmatiques, des idéologues retranchés dans leur tour d’ivoire. Elle se gagne avec des hommes et des femmes qui acceptent de mettre en commun leur courage, leurs compétences, leurs histoires, pour répondre aux besoins urgents de justice, de souveraineté, et de dignité.

PASTEF, produit d’une histoire et levier d’un avenir libéré

Il faut rappeler que le PASTEF n’est pas tombé du ciel. Il est le produit d’une longue histoire de luttes : celles des résistances à la colonisation, des insurrections paysannes, du mouvement syndical, des mobilisations démocratiques des années 80 et 90, des frustrations d’une jeunesse dépolitisée mais en quête de sens. Il est aussi la réponse politique à une situation devenue insupportable : celle d’un pays aux ressources pillées, aux services publics dévastés, à la démocratie dévoyée. Il est l’instrument par lequel un peuple, dans toute sa diversité, a dit non à l’humiliation et oui à l’espoir.

Critiquer sa composition au nom d’une pureté idéologique perdue, c’est méconnaître les exigences de l’histoire. C’est ignorer que, dans les moments de bifurcation historique, ce sont les alliances larges, les coalitions courageuses, les fronts populaires, qui permettent les ruptures durables. La révolution sénégalaise est par essence inclusive : elle ne se fera pas contre le pluralisme, mais avec lui, dans un cadre organisé, conscient, orienté vers l’objectif fondamental : construire un État du peuple, par le peuple et pour le peuple, au cœur d’une Afrique affranchie des tutelles.

Le PASTEF, en choisissant le rassemblement plutôt que la dispersion, le compromis stratégique plutôt que l’enfermement idéologique, pose les fondations d’un Sénégal post-néocolonial, juste, souverain et solidaire. Et si c’est cela la contradiction, alors vive la contradiction. Car c’est d’elle que naîtra le changement. Et il faut, pour l’incarner, un homme qui ne confond ni l’écho populaire avec la facilité, ni la radicalité avec la haine, mais qui sait tenir la barre en pleine tempête : cet homme, c’est Ousmane Sonko.

PASTEF face à l’Histoire : les tâches de l’heure

Le 24 mars 2024 a marqué une rupture historique où le peuple a repris son destin en main, renforcée par la victoire législative de PASTEF le 17 novembre. Les premières mesures du Président Bassirou Diomaye Faye traduisent cette volonté de changement. Mais pour durer, la révolution doit s’enraciner culturellement, mobiliser durablement, et s’appuyer sur un PASTEF à la hauteur, en véritable avant-garde hégémonique.

Une guerre totale : hégémonie contre colonisation de l’imaginaire

Le temps n’est pas aux atermoiements. L’adversaire n’est pas seulement électoral ou institutionnel. Il est mental, culturel, anthropologique. C’est la résignation organisée, cet habit de la soumission que l’on drape du nom de sagesse. C’est aussi le recyclage du vieux personnel politique sous des habits de vertu médiatique.

Face à cela, PASTEF doit être une armée d’hégémonie : conquérir les consciences, mobiliser les cœurs, reconstruire une mémoire et inventer une espérance. Cela veut dire redonner une colonne vertébrale idéologique à la mobilisation populaire. La lutte est existentielle. Elle est civilisationnelle. Elle est un combat pour les récits, pour le sens des mots et des gestes.

Le Président du PASTEF et chef de la majorité parlementaire, Ousmane Sonko, l’a clairement exprimé lors de l’installation du Conseil national : « Il ne s’agit pas de gérer l’État, mais de le transformer ». Ce n’est pas un détail : c’est l’ADN du Projet. Gouverner, dans ce contexte, n’est pas cohabiter avec les vestiges de l’ancien régime, c’est organiser leur liquidation méthodique, dans le respect de l’État de droit, mais avec l’audace révolutionnaire que requiert le moment.

Le Parti, l’État, le Peuple : aligner les trois piliers de la révolution

La dialectique du changement repose aujourd’hui sur trois piliers : l’État (instrument de transformation), le Peuple (boussole souveraine) et le Parti (moteur idéologique). Si l’un de ces piliers faiblit, c’est toute la dynamique qui vacille. Et aujourd’hui, le risque principal est celui d’un désalignement progressif : un État qui avance, mais qui trébuche face aux sabotages internes ; un Peuple qui espère, mais qui doute face à la lenteur ; un Parti qui veille, mais qui doit désormais agir.

Il s’agit de faire de PASTEF un véritable outil de conscientisation, de mobilisation et de transmission. Il doit devenir à la fois une école populaire, un mouvement ancré dans les réalités sociales et une mémoire vivante de la lutte. Cela passe par une décentralisation plus poussée de l’organisation et l’émergence de récits culturels libérés de l’imaginaire néocolonial. Contre les féodalités locales et administratives, inventons des mécanismes pour défendre les droits du peuple.

Le Premier ministre Ousmane Sonko a mis la barre très haut dans sa dernière communication : réforme radicale de l’administration, traçabilité, performance, planification, éthique publique, etc. Il faut que ces chantiers soient portés politiquement, idéologiquement, émotionnellement, par le Parti. Car on ne gouverne pas une révolution avec des technocrates seuls. On la gouverne avec des militantes et des militants debout, organisés, convaincus.

Le 24 mars 2024 n’est pas un souvenir, c’est un cap à tenir, un souffle à raviver partout. La révolution n’est pas un instant, mais une méthode pour rebâtir la société sur la vérité, la dignité et la justice. C’est pourquoi notre combat est une guerre d’hégémonie totale.

Et cette guerre, nous allons la gagner !

Crise de la dette : au pied du mur, la vérité comme seul salut

Les derniers jours ont fait retentir un tocsin économique inquiétant : Standard & Poor’s vient de dégrader la note souveraine du Sénégal de B à B —, aggravant une perspective déjà sombre sur notre capacité à maîtriser l’endettement public. Ce déclassement s’appuie sur un audit alarmant révélant une dette culminant à 118 % du PIB, la plus élevée jamais enregistrée dans notre histoire récente. Face à ces lendemains difficiles qui s’annoncent, il serait irresponsable de ne pas interroger les errements, les dissimulations et les pratiques de mauvaise gouvernance qui nous ont conduits à une telle situation.

Un gouffre financier hérité, des responsabilités à situer

L’heure n’est certainement pas à une réconciliation qui sacrifierait le nécessaire devoir de vérité et de justice au nom d’une hypothétique paix sociale. L’audit sur la dette cachée doit marquer le début d’un processus d’assainissement réel et profond. Il doit identifier clairement les responsables de cette dérive budgétaire, qui a compromis non seulement notre crédibilité internationale, mais également notre souveraineté financière et économique. Le peuple sénégalais mérite de savoir comment, pourquoi et surtout par qui notre pays a été conduit au bord du précipice financier ?

Dans ce contexte délicat, le plan de relance du gouvernement doit être à la hauteur des enjeux, en se gardant de mesures simplistes ou d’économies contreproductives. Si une rationalisation des dépenses publiques est inévitable, elle ne peut pas se faire aux dépens des transferts sociaux indispensables à la cohésion nationale, notamment les bourses étudiantes et de sécurité familiale, les dépenses de soins de santé primaire, les subventions à impact social juste. L’approche exposée récemment par le ministre de l’Enseignement supérieur Abdourahmane Diouf, consistant à remettre en cause l’attribution généralisée des bourses étudiantes sous prétexte d’économies budgétaires, est à cet égard profondément erronée et socialement risquée. Les chiffres avancés par le ministre, bien qu’importants, ne doivent pas masquer la dimension cruciale de ces bourses comme amortisseur social majeur.

Ne pas confondre rigueur budgétaire et punition sociale

Réduire drastiquement les bourses, c’est méconnaître la réalité économique et sociale du Sénégal. Ces aides ne constituent pas un luxe, mais un revenu vital distribué à des familles entières qui en dépendent pour leur subsistance quotidienne. Certes, l’université sénégalaise accueille plus de jeunes que le marché du travail ne peut immédiatement absorber, créant une forme de chômage caché. Mais fermer brutalement ce robinet équivaut à jeter dans les rues des cohortes de jeunes sans perspectives ni espoir. On risquerait alors de les voir glisser vers des aventures périlleuses, menaçant la sécurité collective et compromettant la stabilité sociale à laquelle nous tenons tant.

Taxer mieux, ne pas couper plus : pour une réforme juste et durable

Plutôt que de s’attaquer frontalement à ces transferts sociaux indispensables, il serait bien plus judicieux d’élargir l’assiette fiscale de manière équitable et juste. Il est urgent d’impliquer davantage ceux qui accumulent d’importantes richesses sans participer proportionnellement au financement des services publics et des politiques sociales. Voilà une véritable voie de réforme : juste, nécessaire, et socialement acceptable.

Face aux défis qui nous attendent, nous ne devons pas nous tromper de cible. Le vrai problème n’est pas dans les dépenses sociales, mais bien dans les défaillances institutionnelles et l’opacité financière qui ont miné notre système économique depuis des années. Rétablir la confiance et la justice économique doit être notre priorité. Ce n’est qu’à ce prix que le Sénégal pourra véritablement affronter les difficultés présentes et se construire un avenir durable et équitable.

Liquider l’ordre néocolonial, bâtir une République nouvelle

Toute lutte politique est un combat pour les sens, une bataille féroce pour imposer un vocabulaire et définir le cadre narratif dominant. L’élection historique de Bassirou Diomaye Faye le 24 mars 2024 n’est pas à une simple alternance. Elle est une véritable révolution citoyenne et démocratique qui s’est renforcée avec la victoire éclatante de la liste PASTEF conduite par le Premier ministre Ousmane Sonko aux législatives du 17 novembre 2024. Cette dynamique impose désormais de passer à une nouvelle étape, celle de rendre cette révolution définitivement nationale et populaire.

Le déclenchement d’une mobilisation sans précédent

Le 3 février 2024, Macky Sall avait tenté une ultime manœuvre pour s’accrocher au pouvoir en abrogeant le décret de convocation du corps électoral, plongeant le pays dans l’arbitraire le plus absolu. Cette tentative grossière de confisquer le pouvoir a été le déclencheur d’une mobilisation populaire. C’est cette mobilisation en continuité avec celles initiées depuis mars 2021, portée par une jeunesse déterminée, des intellectuels engagés et des groupes sociaux marginalisés, qui a permis la chute du régime ancien, dépassé par ses propres contradictions et décrédibilisé par ses pratiques autoritaires et clientélistes.

La révolution sénégalaise porte une triple ambition : d’abord démocratique, en visant à redéfinir profondément l’État et ses institutions ; ensuite citoyenne, en rétablissant le peuple comme acteur souverain et central de la gouvernance ; enfin populaire, en plaçant les classes les plus modestes au cœur du projet national. Ce moment historique rompt définitivement avec le modèle islamo-wolof et néocolonial, que Mamadou Diouf[1] décrit précisément comme un système conçu pour profiter aux élites locales au détriment du plus grand nombre. C’est à cet ordre ancien que nous devons opposer une nouvelle idéologie, celle de la souveraineté démocratique et de l’inclusion économique et sociale.

Cet ordre néocolonial encore en vigueur avec ses représentants est parfaitement décrit dans l’article de mon ami Mamadou Diallo, intitulé « Ci-gît la République des évolués du Sénégal ». Ce texte critique avec acuité le système politique et économique qui maintient le Sénégal sous une tutelle déguisée, dominé par une élite locale aliénée aux intérêts étrangers et coupée des réalités populaires. Il nous rappelle que cette République des évolués, héritage d’un passé colonial, doit être définitivement enterrée.

Construire une gouvernance démocratique et inclusive

Le Président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko ont déjà engagé des réformes structurelles. La modernisation de l’administration publique, l’instauration d’une véritable transparence budgétaire et la lutte rigoureuse contre la corruption sont autant d’actions fortes destinées à transformer profondément les pratiques de gouvernance.

Cependant, cette révolution ne doit pas seulement changer les institutions, elle doit aussi changer les esprits. Nous devons imposer notre propre narratif, affirmer haut et fort que le mandat donné par les Sénégalais est sans ambiguïté : liquider définitivement l’ancien régime dans ses structures, son idéologie et ses pratiques. Notre seule limite reste l’État de droit, un cadre légal que nous avons aujourd’hui les moyens de façonner, grâce à notre majorité parlementaire qualifiée. Et si nécessaire, nous avons l’alliance inébranlable du peuple pour soutenir par voie référendaire nos choix les plus audacieux.

Le défi majeur désormais est de consolider cette révolution, d’éviter qu’elle ne se perde dans les pièges des révolutions inachevées. L’heure est à la construction active d’un Sénégal souverain, inclusif et démocratique.

Que triomphe la révolution !!


[1] Diouf, M. (2001). Histoire du Sénégal : le modèle islamo-wolof et ses périphéries. (No Title).

Notre dette, leur profit : à qui sert vraiment le CFA ?

Depuis quelques semaines, la polémique enfle sur l’état des finances publiques sénégalaises et des relations du pays avec le FMI. Au-delà des errements passés du régime de démission nationale de Macky Sall et la dette abyssale qu’il nous a légué, le Sénégal est prisonnier d’un carcan monétaire qui l’empêche de respirer, de produire, d’investir et d’être souverain. Le franc CFA — arrimé à un euro trop fort pour notre tissu économique — sert d’abord les intérêts de ceux qui importent, transfèrent ou spéculent. Il ne parle ni le wolof du petit producteur, ni le pulaar de la marchande, ni le joola budgétaire de la souveraineté populaire.

Un euro fort, une dette alourdie

Dans ce contexte, le retard de décaissement du FMI devient un symptôme révélateur. Il pertube les équilibres budgétaires, car le Sénégal dépend de financements extérieurs pour certaines dépenses. Mais cette dette est en grande partie libellée en devises. Résultat : plus l’euro est fort, plus nous nous endettons. Et avec une monnaie surévaluée, impossible de relancer les exportations ou de soutenir les industries locales. La dette croît, les recettes stagnent, et la marge d’action budgétaire fond comme beurre au soleil.

Le franc CFA nous empêche de piloter notre propre trajectoire. Il interdit la dévaluation stratégique, bloque toute politique monétaire autonome, et transforme nos démocraties en chambres d’enregistrement des décisions prises à Washington ou à Paris. Ce n’est pas une monnaie, c’est une laisse. Et les chocs exogènes — comme l’arrêt d’un programme FMI ou la hausse des taux de la BCE — nous rappellent brutalement cette dépendance.

Pour une souveraineté monétaire panafricaine

À qui profite donc ce système ? Aux importateurs de produits européens. Aux entreprises étrangères qui rapatrient leurs bénéfices sans risque de change. Aux élites locales qui épargnent en devises et consomment hors-sol. Mais certainement pas aux jeunes qui cherchent un emploi dans l’agro-industrie ni aux artisans étranglés par les coûts des intrants.

Face à cela, la solution ne réside ni dans la nostalgie ni dans l’improvisation. Il est urgent de penser une alternative monétaire panafricaine, adossée à nos réalités productives. Cela passe par la rupture avec l’arrimage fixe à l’euro, la construction d’un mécanisme régional de solidarité monétaire, et le renforcement des banques de développement africaines.

Nous ne plaidons pas pour l’isolement, mais pour la liberté. Car la souveraineté monétaire est une condition sine qua non de la souveraineté politique. Le franc CFA fort, dans un pays aux finances fragiles, c’est l’arrogance d’un système qui méprise les peuples.

Dans cette bataille, PASTEF a une responsabilité historique. Il ne suffit pas de dénoncer les anciennes dépendances : il faut en sortir. Cela exige courage politique, pédagogie populaire et audace stratégique. Le peuple sénégalais a montré en mars 2024 qu’il était prêt pour une rupture. À PASTEF de faire œuvre de clarté, d’entraîner la société dans ce combat décisif pour la reconquête de notre dignité économique. La souveraineté ne se décrète pas : elle se construit, se conquiert, et surtout, elle se mérite.

Lettre du Professeur Mahamadou Lamine Sagna à un de ses amis

Avec l’autorisation de son auteur, le Professeur Mahamadou Lamine Sagna, et du destinataire de la correspondance, chroniquesenegalaises.com publie cette lettre profonde, exigeante et salutaire. Écrite dans un style direct et fraternel, elle engage une réflexion sans concession sur les tensions internes à tout processus révolutionnaire.

Salam bro

La citation introductive — « Nemo auditur propriam turpitudinem allegans » — affirme un principe clair : nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude pour se défendre. Elle sert ici à souligner l’idée que les faiblesses internes du camp révolutionnaire ne sauraient justifier le recul ou la reprise en main par les forces contre-révolutionnaires. Le propos est vif, percutant, et porté par une volonté d’exigence : la Révolution ne peut se permettre d’être médiocre ou complaisante.

Cependant, tout en reconnaissant la pertinence d’une telle vigilance, il importe de relativiser cette posture. D’abord, parce que toute révolution, et en particulier une révolution démocratique dans un État postcolonial, est un processus inévitablement imparfait, traversé de contradictions, de reculs, de compromis et de tensions. Ce n’est pas un accident mais une condition même de sa nature historique, sociale et humaine.

La critique de la « révolution petite bourgeoise » au Sénégal — avec ses failles, ses tentations carriéristes, ses égarements tactiques — n’est pas infondée. Mais elle devient stérile si elle ne s’accompagne pas d’un engagement lucide, d’une volonté de participer à la rectification du cours révolutionnaire. Car critiquer sans s’engager, c’est céder à la tentation de la pureté inutile. Il est facile de condamner les errements depuis les gradins ; plus difficile est de plonger les mains dans le réel pour le transformer.

En ce sens, la révolution n’est pas un théâtre dont on commente les scènes à distance. Elle est un espace d’apprentissage collectif, souvent chaotique, où chaque citoyen est appelé à jouer un rôle, même modeste, même critique. Ce n’est pas tant la pureté initiale du mouvement qui compte que sa capacité à apprendre de ses erreurs et à se corriger sans perdre son élan.

Comme le disait Frantz Fanon, « chaque génération doit dans une relative opacité découvrir sa mission, la remplir ou la trahir ». Nous avons à faire nôtre cette mission, non pas dans l’attente de la perfection, mais dans la participation active au réel, dans la construction concrète d’institutions nouvelles, de valeurs nouvelles, et de rapports sociaux renouvelés.

Cela implique de ne pas idéaliser la Révolution, mais de la défendre avec maturité, non par dogmatisme, mais parce que nous savons qu’elle ouvre un espace de possibilités inédites. Oui, des erreurs sont commises. Oui, des dérives existent. Mais elles ne sont pas des preuves de l’échec de la Révolution. Elles sont le matériau même avec lequel elle doit se construire, se débattre, et se dépasser.

Enfin, la critique doit être orientée vers l’action, vers la participation, vers l’organisation populaire, vers la formation politique, vers la conquête du savoir et la mobilisation des intelligences. La vigilance que nous devons avoir ne doit pas se transformer en cynisme ni en désertion. Car le plus grand risque face aux imperfections de la Révolution, ce n’est pas l’indignation, mais l’abandon.

En somme : la critique citée nous rappelle utilement que la Révolution ne se décrète pas, elle s’éduque et se vit. Mais à condition de ne pas rester simple spectateur, il nous revient de nous engager dans sa marche, avec lucidité et sans fétichisme, pour en faire un véritable outil de transformation populaire.

Prof. Mahamadou Lamine Sagna