
Le 24 mars 2024 restera dans l’histoire comme le jour où le peuple sénégalais a repris la parole. Ce n’était pas une alternance de plus, mais une rupture majeure : la victoire d’un peuple lassé du mensonge, de la confiscation et de la peur. Ce jour-là, la souveraineté populaire a fait irruption dans la politique. Deux hommes, un seul projet : un État au service du peuple, un pouvoir rendu à la nation.
Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko portaient cette promesse. Le premier, par l’incarnation institutionnelle et la continuité de l’État ; le second, par la vision et le courage de l’action. Ensemble, ils représentaient la rencontre entre la légitimité des urnes et celle du combat. Mais dix-huit mois après l’élection, la flamme vacille. Les réformes tardent, les décisions se font rares, la prudence s’installe là où l’audace était attendue. Ce qui passait pour de la méthode ressemble désormais à une forme de conservatisme. Et face à cette lenteur, le peuple s’interroge : la promesse du 24 mars 2024 sera-t-elle tenue ?
Une épreuve de vérité, non une querelle d’hommes
Il serait trop facile de lire cette situation à travers le prisme d’une rivalité personnelle. Ce qui se joue n’est pas une querelle d’ego, mais une épreuve de vérité politique. Le pouvoir actuel doit choisir entre deux chemins : celui de la fidélité à la rupture ou celui de la gestion prudente de l’existant.
Les blocages institutionnels ne sont plus seulement techniques ; ils deviennent symboliques. La réforme constitutionnelle destinée à redonner toute sa force à la fonction de Premier ministre, promise depuis des mois, n’a toujours pas vu le jour. La transparence financière, la réforme de la justice, la réorientation de la politique économique : tout avance, mais tout avance trop lentement.
Or la politique, comme l’histoire, ne supporte pas l’immobilisme : lorsqu’on s’arrête, c’est le passé qui revient.
Le jeu de la confiance
La théorie des jeux nous enseigne que dans toute coopération, la confiance ne se décrète pas ; elle se construit et s’entretient. Deux partenaires peuvent gagner ensemble à condition de jouer la loyauté. Mais s’ils se défient ou se trompent, chacun finit perdant.
C’est précisément la situation du tandem exécutif : s’ils agissent de concert, le projet souverainiste triomphe ; s’ils s’éloignent, la technostructure reprend la main, les réformateurs s’épuisent et le peuple se détourne.
La loyauté, pour exister, doit s’appuyer sur la clarté. On ne gouverne pas avec des intentions, mais avec des engagements publics. La confiance ne se nourrit pas de gestes discrets ; elle a besoin de signes visibles, de décisions assumées, de jalons datés.
Clarifier pour avancer
La phase de clarification qui s’ouvre ne doit pas être redoutée : elle est nécessaire. Clarifier, c’est dire où l’on va, quand on y va et avec qui.
Clarifier, c’est accepter que la révolution du 24 mars 2024 ne soit pas un simple souvenir de campagne, mais une méthode de gouvernement.
Clarifier, c’est reconnaître que l’on ne peut pas se réclamer du peuple souverain tout en différant les réformes qu’il a exigées.
Il ne s’agit pas de se dresser contre le Président de la République, mais de rappeler la cohérence d’un mandat. Le pouvoir qui se tait devant les lenteurs finit toujours par leur ressembler. Le Sénégal ne demande pas des miracles : il demande de la cohérence, du courage et des résultats tangibles.
Les institutions doivent redevenir des instruments de souveraineté, non des refuges pour l’attentisme. La transparence ne doit plus être une promesse, mais une pratique. L’économie ne doit plus être un terrain de rente, mais de création.
Agir pour ne pas décevoir
Les symboles ne suffisent plus. L’heure n’est plus aux promesses générales, mais aux faits vérifiables : des décisions qui améliorent le quotidien, des réformes qui redonnent confiance, des résultats qui prouvent que la rupture est réelle. C’est dans la maîtrise des prix, la qualité des services publics, la justice sociale et la transformation productive que se mesurera la fidélité au peuple.
Car la souveraineté n’est pas un mot abstrait : elle se voit dans le prix du riz, dans la transparence des contrats, dans la dignité du fonctionnaire et du paysan.
Elle se traduit dans la rapidité de la prise en charge d’une urgence dans un hôpital, la solidité d’une école, la confiance d’un citoyen envers son État.
Tenir la ligne, sans se renier
La loyauté n’est pas la soumission. Être loyal, c’est refuser le double langage ; c’est rester fidèle à l’esprit du 24 mars 2024 tout en exigeant l’action. Nous ne défendons pas un homme contre un autre ; nous défendons une promesse contre l’oubli. Nous savons que la division affaiblit, mais nous savons aussi qu’un silence prolongé finit par ressembler à une abdication.
Le camp souverainiste doit garder le cap : parler vrai, proposer, mobiliser, construire. Car l’adversaire n’est pas à la présidence, il est dans la routine, dans la tentation de gouverner sans âme, dans la peur de déplaire aux forces qui ont toujours voulu confisquer notre avenir.









