
La doxa :
Partout, le même diagnostic : la jeunesse africaine serait « inadaptée » au marché du travail. Sont invoqués le manque de formation, l’absence de « soft skills » et l’écart avec les besoins des entreprises. Le chômage serait donc une défaillance individuelle qu’une réforme de l’enseignement pourrait résoudre.
Le revers :
Une génération entière ne peut être simultanément défaillante. Si des millions de jeunes peinent à s’insérer, ce n’est pas un problème de compétences, mais un blocage structurel. Nos économies, tournées vers l’exportation de matières premières et la consommation de produits importés, sont incapables d’absorber leur propre dynamique démographique. À Dakar comme ailleurs, on construit des centres commerciaux et des cités administratives, mais peu d’usines. On forme des diplômés pour un secteur formel qui, dans bien des pays, peine à représenter plus de 5 % de l’emploi réel.
Le verdict :
L’« employabilité » est un cache-misère politique. Tant que la question de la souveraineté industrielle et agricole ne sera pas posée frontalement, nous continuerons de produire des chômeurs qualifiés. La jeunesse n’est pas un problème à corriger : elle est une force politique et productive que les structures actuelles, extraverties et dépendantes, empêchent d’advenir.
