Après la dette cachée : le temps du redressement

Le 26 septembre 2024, le Premier ministre Ousmane Sonko a révélé les résultats d’un audit mettant en lumière l’ampleur réelle de la dette nationale et l’écart avec les chiffres affichés. La Cour des comptes a ensuite estimé le niveau à près de 99,7 %, avant que le FMI ne confirme un ratio de 118,8 % du PIB.

La séquence a provoqué des tensions financières — dégradation par Moody’s, nervosité des marchés — mais elle a surtout affirmé un principe, porté par le chef du gouvernement : la primauté de la transparence sur le confort du silence.

La dette révélée : du mythe du levier au choc de la transparence

Pendant des années, la dette fut présentée comme l’instrument d’une « émergence » accélérée. L’argument était simple : s’endetter pour investir, investir pour croître. Or, l’audit a révélé un écart systémique entre l’affichage et la réalité. Le basculement médiatique — de l’« émergence » au « carnage financier » — a transformé un débat technique en crise de confiance.

Il fallait pourtant passer par cette épreuve. Car la dette n’est pas un chiffre isolé ; elle est un rapport social. Elle dit qui décide, qui paie, qui bénéficie. En exposant l’ampleur des engagements hérités, le gouvernement a déplacé le centre de gravité du débat : du déni vers la reddition de comptes.

Les critiques ont reproché une communication « brutale », jugée responsable de la dégradation de la note souveraine. Mais pouvait-on restaurer la crédibilité en prolongeant la fiction ? L’histoire économique récente — du Ghana à l’Éthiopie — montre que l’ajournement des vérités budgétaires ne supprime pas la contrainte ; il l’aggrave.

Le PRES : La troisième voie entre le mensonge et l’austérité

Face au choc, la réponse ne fut ni l’improvisation ni l’abandon. Présenté le 1ᵉʳ août 2025, le PRES fixe un cap de souveraineté et de transparence : réduction du train de vie de l’État pour rétablir la discipline budgétaire, financement endogène à 80 % pour limiter la dépendance extérieure, maintien des bourses familiales, et 633,7 milliards de FCFA d’investissements en 2026 (44 projets) au service de la souveraineté alimentaire, de l’énergie et de la modernisation des hôpitaux et lycées techniques.

Le plan a ses fragilités — pression fiscale sur le secteur formel, dépendance aux recettes extractives de 2026 — mais une restructuration immédiate sous tutelle aurait déplacé la décision hors du pays. L’enjeu est de concilier consolidation budgétaire et urgence sociale, car les ménages vivent dans le présent, non dans les projections.

Le Fonds monétaire international a salué la « vérité budgétaire » tout en exigeant un contrôle strict, paradoxe pour une institution qui n’avait pas détecté les écarts passés. Tout se joue désormais dans cette tension : coopérer sans se subordonner, accepter l’expertise sans céder la définition de l’intérêt national.

Guerre des récits et enjeu de crédibilité

Depuis 2024, la dette est devenue un champ de confrontation symbolique. Le déséquilibre est patent : le récit gouvernemental — transparence, assainissement, responsabilité — peine à trouver un espace proportionné, tandis que les voix critiques dominent plateaux et tribunes, multipliant alertes sur « l’asphyxie » et prophéties d’austérité. Cette asymétrie fausse la perception : l’effort de redressement est disséqué, parfois caricaturé, alors que sa logique — restaurer la crédibilité par la vérité des chiffres — reste insuffisamment exposée.

Au-delà des polémiques, une orientation se précise en 2026 : privilégier le marché régional de l’UEMOA pour mobiliser plus de 4 000 milliards FCFA et réduire l’exposition aux marchés internationaux. Il s’agit d’une souveraineté graduelle — refinancer, étaler, consolider sans défaut — car la dette n’est plus un simple ratio : elle révèle un rapport de force entre dépendance et autonomie, technocratie et décision démocratique.

Le courage du réel

Défendre la position du gouvernement Sonko, ce n’est pas nier les contraintes, mais admettre que la première réforme fut celle du regard porté sur les chiffres : on consolide les fondations avant de repeindre la façade.

Depuis septembre 2024, la vérité a révélé des fragilités tout en fixant un cap. Le PRES est une reconquête radicale de la décision budgétaire.

La crédibilité d’un État naît parfois non de l’optimisme, mais du courage du réel. Le Sénégal est à ce moment.