Le panafricanisme de gauche : théorie de la révolution Jub Jubal Jubanti

Le 24 mars 2024, les électeurs sénégalais ont choisi Bassirou Diomaye Faye, marquant un tournant historique. Cette victoire témoigne de l’adhésion massive aux idéaux novateurs de PASTEF, incarnés par Ousmane Sonko. Lutte contre la corruption, éradication du népotisme, réduction des inégalités : autant de promesses qui ont séduit les citoyens. Le nouveau gouvernement veut reconstruire le pays en rompant avec les influences néocoloniales et en s’inspirant des mouvements panafricanistes historiques pour garantir un avenir de justice et de dignité pour tous.

Le 24 mars 2024, les électeurs sénégalais ont décidé sans équivoque d’élire dès le premier tour le candidat Bassirou Diomaye Faye. Cette victoire a été la manifestation de l’adhésion des Sénégalais aux propositions de PASTEF et la confiance dans le jugement d’Ousmane Sonko qui leur a recommandé celui qui est devenu le Président de la République. Les propositions qui ont emporté l’adhésion des votants sont novatrices, radicales et énoncées avec une force de conviction pas vue dans notre pays depuis un peu plus de six décennies. Une gouvernance plus juste et inclusive, une lutte implacable contre la corruption, l’éradication du népotisme et de graves inégalités sociales, statuaires, de genres et géographiques qui minent la société et les institutions du pays en sont quelques-unes. Il y a également un fort engagement à une plus grande souveraineté nationale et une émancipation vis-à-vis des puissances extérieures, notamment celle de la France. Le tout en participant à la chaîne de solidarité pour un ordre mondial plus juste et équitable, soucieux de coopération, de paix et de respect de la dignité de tous les peuples et des humains dans leur diversité.

Aux regards tels objectifs, disons-le sans ambages le nouveau pouvoir sénégalais a des velléités révolutionnaires. La mise en œuvre de ces propositions constituera une véritable révolution. Pour réussir une telle tâche, il faudra nécessairement saper les bases de l’État néocolonial et le détruire. Et mettre en place un nouvel ordre national bâti sur nos réalités et l’intérêt national, compris comme celui du peuple souverain. Le « Projet » est une destruction-reconstruction des structures étatiques pour les aligner sur les aspirations populaires. Un changement radical pour l’avenir du pays auquel les défis ne manquent pas. L’autre raison pour laquelle, on peut affirmer que nous sommes dans un processus révolutionnaire est la signification du 24 mars 2024. L’élection a été le point d’orgue d’une période de lutte contre l’oppression, le déni démocratique et l’autoritarisme incarné par Macky Sall. Cette dérive dictatoriale, soutenue par la classe dominante sénégalaise soucieuse de ses intérêts et privilèges, avait fait de PASTEF l’ennemi à abattre. Des dizaines de Sénégalais en ont payé de leurs vies le prix. Plus d’un millier ont été privés de liberté. Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont passé de longs mois dans les geôles de Macky Sall et ses sbires. Le dernier nommé a failli se laisser mourir pour mieux porter la résistance à l’oppression.   C’est donc à une révolution citoyenne que nous avons assisté, marquant une rupture décisive avec le passé et ouvrant la voie à une nouvelle ère de justice et d’équité au Sénégal.

Dans cet article, nous explorons dans quelle mesure le panafricanisme de gauche peut servir de théorie efficace pour la révolution citoyenne au Sénégal, face aux défis sociopolitiques et économiques actuels. Comment les idéaux du panafricanisme de gauche cadrent-ils avec le référentiel du JUB JUBAL JUBANTI que nous propose le Président Faye pour promouvoir une plus grande justice sociale et économique ? Quels exemples historiques et contemporains de mouvements panafricanistes de gauche peuvent servir de modèles pour la révolution citoyenne au Sénégal, et quelles leçons peut-on en tirer pour éviter les erreurs passées ? Après avoir exploré les concepts de révolution citoyenne et de panafricanisme, nous montrerons en quoi le panafricanisme de gauche est à même d’assurer le succès de la révolution citoyenne sénégalaise.

Qu’est-ce qu’une révolution?

Le concept de révolution renvoie aux notions de changement, de rupture et de transformation radicale des structures sociales, politiques et économiques. Il en existe de nombreux exemples historiques sur le plan des idées philosophiques, dans les sciences, dans le gouvernement des hommes. À titre d’exemple, dans le champ de la pensée, la philosophie des Lumières en est une. Les idées de philosophes comme John Locke, Jean-Jacques Rousseau et Montesquieu ont jeté les bases intellectuelles des révolutions modernes. Locke a mis en avant le droit naturel à la liberté et à la propriété, Rousseau a promu l’idée de souveraineté populaire et de contrat social, tandis que Montesquieu a plaidé pour la séparation des pouvoirs. Quelques décennies plus tard, Hegel a conceptualisé la révolution comme un processus dialectique où le conflit entre thèse et antithèse mène à une synthèse, qui incarne un progrès historique. Karl Marx a approfondi cette dialectique en l’appliquant aux luttes des classes. Pour Marx, les luttes des classes sont le moteur de l’histoire. Et que le triomphe de la classe dominée aboutit à la révolution. Ainsi, il a prédit que les contradictions internes du capitalisme mèneront à l’établissement au communisme, grâce à la victoire du prolétariat sur la bourgeoisie. De là nait une société sans classe où chaque homme aura la satisfaction de ses besoins. Dans cette société, l’exploitation de l’homme par l’homme n’existera pas et l’État, superstructure au service de la classe dominante, perdant de son intérêt est annihilé.

Les révolutions ont marqué l’histoire de diverses manières, souvent avec des résultats et des conséquences variés. La Révolution américaine (1775-1783) inspirée par les idées des Lumières a conduit à l’indépendance des Treize Colonies américaines vis-à-vis de la Grande-Bretagne et à la création des États-Unis d’Amérique. La Révolution française (1789-1799) a bouleversé le paysage politique, social et économique de la France et le monde. Elle a aboli la monarchie absolue, proclamé les droits de l’homme et du citoyen. En Russie, la révolution bolchevik d’octobre 1917 a renversé le régime tsariste et conduit à l’établissement de l’Union soviétique sous le contrôle des bolcheviks. Les révolutions se manifestent différemment selon les contextes géographiques, reflétant les spécificités culturelles, sociales et politiques de chaque région. La révolution cubaine de 1959, menée par Fidel Castro et Che Guevara, a transformé Cuba en un État socialiste.

Au cours de la période 1950-1960, les révolutions en Afrique ont pris la forme de luttes de libération nationale, comme en Algérie contre la France ou au Kenya contre la Grande-Bretagne. Amílcar Cabral le fondateur du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) à sa stratégie de mobilisation des paysans et à son utilisation innovante des tactiques de guérilla a réussi à affaiblir significativement les forces coloniales portugaises, conduisant finalement à l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert. Plus tard, elles ont consisté en une remise en cause de l’ordre néocolonial. Au Burkina, arrivé au pouvoir par un coup d’État, Thomas Sankara a entrepris une révolution. La période allant du 4 août 1983 à sa mort tragique le 15 octobre 1987 a été marquée par des réformes radicales et des tentatives audacieuses pour transformer le Burkina Faso en un modèle de développement autonome, socialement juste et écologiquement durable. Malgré sa fin tragique, l’esprit de Sankara continue d’inspirer des générations de militants et de leaders à travers l’Afrique et le monde.

Chez nous, au Sénégal dans l’histoire nous avons également des périodes révolutionnaires. Certaines ont été des succès tandis que d’autres ont fâcheusement été étouffées dans l’œuf. Nous en citerons deux pour illustrer le propos. La Révolution Torodo au Fuuta Toro dans la vallée du fleuve Sénégal. Elle s’est déroulée à la fin du XVIIIe siècle, est un mouvement sociopolitique et religieux qui a marqué un tournant décisif dans l’histoire de la région. Elle est née du refus de l’arbitraire incarné par les dynasties régnantes, notamment les Denyankés, qui imposaient des taxes lourdes et une domination inacceptable pour les populations. Les inégalités économiques et sociales ont exacerbé le mécontentement, créant un terreau fertile pour la rébellion. La révolution menée Abdul Kader Kane, a permis en 1776 que les Torodo renversent la dynastie régnante, installant un nouveau régime. L’État théocratique qui en est issu a radicalement changé les structures sociales et économiques du Fuuta Toro. Ce nouvel ordre a dû faire face à des résistances internes et des pressions externes, notamment des empires voisins et des puissances coloniales européennes qui cherchaient à étendre leur influence dans la région.

Plus au sud, en basse Casamance, Aline Sitoé Diatta, a été une figure emblématique de la résistance anticoloniale sénégalais. Elle a joué un rôle crucial dans l’histoire de la lutte pour l’indépendance. Son projet politique consistait à saper les bases de la domination coloniale française. Elle a dénoncé l’exploitation des ressources au bénéfice de la métropole française, laissant les populations locales dans la pauvreté et sous une forte oppression. En 1942, à 22 ans, elle commença à prêcher la désobéissance civile contre les autorités coloniales françaises. Elle encourageait les populations locales à ne plus payer les impôts imposés par les colonisateurs et à cesser de cultiver l’arachide, la culture de rente imposée par les colons au détriment des cultures vivrières locales. Son mouvement visait à retrouver l’autonomie économique et culturelle, et à résister pacifiquement à l’oppression coloniale. Aline Sitoe Diatta insistait sur le retour aux traditions africaines et à l’autosuffisance alimentaire en cultivant des produits locaux. Elle prônait également le respect de la nature et des pratiques agricoles durables. Les autorités coloniales françaises ont vu en elle une menace sérieuse à leur contrôle sur les populations. Ils réagirent rapidement et violemment. En 1943, elle fut arrêtée et déportée à Tombouctou, au Mali, où elle mourut en 1944.

En quoi venons-nous d’amorcer une révolution citoyenne?

En adoptant la distinction dans le processus révolutionnaire qu’opère Hannah Arendt, l’élection du 24 mars 2024 et les premiers mois du nouveau pouvoir correspondent à la libération[1]. Nous sommes dans la phase où l’on se débarrasse de la tyrannie de Macky Sall. En même temps et ceci depuis la prise de fonction du Président, le 2 avril, nous sommes dans la phase de conquête de la liberté au sens où l’entend l’autrice. C’est-à-dire la capacité citoyenne de participer activement à la vie politique en vue de la construction d’un nouvel ordre. 

Partant de ce point de bascule nous sommes au début de la révolution citoyenne. Contrairement à une révolution traditionnelle, souvent menée par une élite ou un groupe restreint, la révolution citoyenne cherche à mobiliser une large base populaire pour instaurer un changement fondé sur la démocratie participative, l’inclusion sociale, et la justice économique. La révolution citoyenne sénégalaise a été incarnée par la figure d’Ousmane Sonko et d’une organisation le PASTEF. Celle-ci s’est déployée en de nombreux démembrements (MONCAP, MAGUI PASTEF, JPS, ndongo daara., les Réseaux des enseignants, de catholiques…). En dehors du parti, des groupes informels se réclamant peu ou prou de lui sont nés.  

À toutes les étapes, il y a eu l’implication massive et active des citoyens. Cela s’est traduit par des manifestations, des assemblées populaires, et la transformation symbolique des scrutins de 2022 en des référendums pour ou contre le pouvoir de Macky Sall. Les technologies de l’information et de la communication ont été utilisées pour mobiliser et organiser les citoyens. Les réseaux sociaux, les plateformes de pétitions en ligne, et les forums de discussion ont des outils clés pour coordonner les actions et diffuser les idées. Dans bien des domaines, comme Gramsci l’a théorisé, PASTEF a mis l’accent sur la lutte pour le contrôle des idées et des institutions culturelles. Comme le souligne l’historienne Penda Mbow, PASTEF a fait émerger le discours et légitimé des cadres politiques « ndongo daara ». Ce qui autorise Mamadou Diallo, doctorant à Columbia University, New York a prononcé l’oraison funèbre de la « République des évolués ».   

Au cours des cinq années précédant son arrivée au pouvoir, PASTEF a construit ce que Ernesto Laclau (1935-2014) et Chantal Mouffe (1943 —) ont appelé une hégémonie démocratique radicale[2]. Leurs activités de vacances citoyennes ont mobilisé des milliers de jeunes autour d’enjeux inclusifs et participatifs. De nombreux collectifs citoyens contre les spoliations foncières sont animés par les militants et cadres de PASTEF. En 2021, Le Président Bassirou Diomaye Faye a été à la pointe de la défense des intérêts des populations de Ndingeler dans le conflit qui les oppose à Babacar Ngom le patron du groupe agro-industriel SEDIMA. En 2022, quelques semaines après son élection à la mairie de Ziguinchor, Ousmane Sonko, a lancé la mobilisation populaire pour l’assainissement à Ziguinchor.  

Le panafricanisme comme source d’inspiration et l’outil pour la révolution citoyenne

Le triomphe de la révolution citoyenne sénégalaise nécessite de faire nôtres les mots de Mao Zedong (1893 — 1976), fondateur de la République populaire de Chine et principal dirigeant de ce pays de 1949 à sa mort : « sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire ». Et pour mieux préciser sa pensée, avant l’épreuve du pouvoir, il a déclaré en 1937 : « le fondement de la théorie, c’est la pratique ».

Le panafricanisme est un héritage des luttes anticoloniales et des mouvements panafricanistes du 20e siècle. Les valeurs de solidarité, d’unité et d’autodétermination africaines portent la vision d’une Afrique unie et prospère, libérée des contraintes néocoloniales. Le panafricanisme de gauche se distingue du panafricanisme libéral, qui se contente de défendre les intérêts des élites africaines au détriment des masses populaires. Le panafricanisme de gauche fait siennes les préoccupations du panafricanisme culturel et identitaire, mais ne s’en contente pas. Le panafricanisme culturel et identitaire se concentre sur la renaissance culturelle, la valorisation des traditions et des langues africaines et la promotion d’une identité africaine. Le panafricanisme de gauche vise à construire une Afrique démocratique, socialiste et écologique, qui met en priorité les besoins et les aspirations des peuples africains. La démocratie participative entendue comme processus par lequel les citoyens sont impliqués dans les prises de décision. Un État respectant les droits de la personne, luttant sans relâche contre la corruption et le clientélisme.

Pour réaliser cette vision, le panafricanisme de gauche propose des pistes concrètes, telles que la rupture avec le franc CFA, monnaie coloniale qui maintient l’Afrique sous la tutelle de la France et qui empêche le développement économique du continent. La renégociation des accords de partenariat avec l’Union européenne, qui imposent aux pays africains une libéralisation commerciale qui les expose à la concurrence déloyale des produits européens et qui entrave leur industrialisation. La création d’une monnaie commune africaine, qui favoriserait l’intégration économique et monétaire du continent et qui renforcerait sa souveraineté financière. La mise en place d’une politique agricole commune africaine, qui soutiendrait les petits agriculteurs, garantirait la sécurité alimentaire et protégerait l’environnement. Une politique internationale de non-alignement. C’est-à-dire une ouverture et une main tendue à tous les peuples et tous les États pour un monde de coopération mutuellement avantageuse.

On peut le constater, le panafricanisme de gauche vise à transformer l’Afrique en un espace de justice, de liberté et de dignité pour tous ses habitants. C’est dans cet esprit que le Sénégal sera gouverné. Nous appelons tous les patriotes sénégalais et africains à nous rejoindre dans cette aventure historique, qui fera du Sénégal un modèle de réussite panafricaine.


[1] Essai sur la révolution, trad. M. Chrestien, Paris, Gallimard, coll. « Les Essais », 1967 ; éd. poche, trad. Marie Berrane, Paris, Gallimard, coll. « Folio Essais », 2013 (On Revolution, New York, Viking Press, 1963)..

[2] Ernesto Laclau, Chantal Mouffe, Hégémonie et stratégie socialiste. Vers une radicalisation de la démocratie, Paris, Fayard, coll. « Pluriel », 2019.

Sénégal : démocratie et défis parlementaires

Trois mois après la victoire du Président Bassirou Diomaye Faye, la scène politique sénégalaise est secouée par des polémiques, certaines chimériques, d’autres fondamentales. Un échange épistolaire entre Guy Marius Sagna et Ousmane Sonko a révélé des tensions sur la légalité des procédures parlementaires. Face aux manœuvres politiques des députés BBY, le Premier ministre Ousmane Sonko et les députés Yewwi Askan Wi représentent un espoir de renouveau démocratique.

Trois mois après la cuisante défaite d’Amadou Ba à la présidentielle du 24 mars 2024, la scène politico-médiatique sénégalaise est de nouveau secouée par des polémiques. Certaines sont des chimères, d’autres de passionnés débats de fonds. Trois semaines après l’échec de la fronde néo-poujadiste contre l’impôt de la « bande de patrons de presse » à Mandiambal Diagne le sujet revient au-devant de l’actualité. Une poignée de députés sous l’égide d’Amadou Mame Diop, le Président de l’Assemblée nationale, et d’Abdou Mbow le président du groupe parlementaire Benno Bokk Yakaar (BBY), tente la polémique — écran de fumée. En dépit de leur revers électoral, ces figures politiques s’accrochent au pouvoir qui leur reste avec une ardeur réactionnaire pour ne pas rendre des comptes sur leur gestion catastrophique. C’est le sens du remue-ménage parlementaire qu’ils ont amorcé.

Débat sur la gouvernance et la légalité des procédures parlementaires : échange entre Guy Marius Sagna et Ousmane Sonko

Un échange épistolaire entre le député du département de Ziguinchor, Guy Marius Sagna, et le Premier ministre Ousmane Sonko a été le prétexte pour que le président de l’Assemblée nationale et le président du groupe parlementaire BBY annulent le débat d’orientation budgétaire prévu le 29 juin 2024. Cette mesure a révélé des tensions sous-jacentes et a mis en lumière des questions essentielles concernant la gouvernance et la légalité des procédures parlementaires actuelles.

En milieu de la semaine dernière, dans une lettre adressée au Premier ministre, le député Guy Marius Sagna a dénoncé la falsification du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale. Il a souligné que depuis la suppression du poste de Premier ministre en 2019, suivie de sa restauration en 2021, le Règlement intérieur n’a pas été mis à jour, créant ainsi une situation d’illégalité. Celle qui rend les procédures parlementaires ambiguës et sujettes à caution.

Guy Marius Sagna a donc demandé au Premier ministre Ousmane Sonko de ne pas faire sa Déclaration de politique générale tant que cette situation n’est pas réglée. Il a insisté sur l’importance de respecter les normes légales et de garantir que les institutions fonctionnent dans le cadre des lois établies. Cette demande vise à rétablir la transparence et la légitimité au sein de l’Assemblée nationale.

Dans sa réponse, publiée sur sa page Facebook personnelle, Ousmane Sonko a exprimé son impatience à présenter les politiques publiques du Gouvernement, conformément aux orientations du Président Bassirou Diomaye Faye. Il a reconnu les préoccupations soulevées par Guy Marius Sagna, mais a également insisté sur l’urgence de communiquer les politiques gouvernementales aux citoyens et aux parlementaires.

Ousmane Sonko a souligné que bien que l’article 55 de la Constitution exige la Déclaration de politique générale (DPG) devant l’Assemblée nationale, le règlement intérieur actuel de celle-ci n’est pas adapté à la réintroduction du poste de Premier ministre, supprimé en 2019 puis rétabli en 2021. Cette inadéquation du règlement intérieur complique la mise en œuvre des obligations constitutionnelles et perturbe le processus législatif.

En l’absence d’amendement du règlement intérieur de l’Assemblée avant le 15 juillet 2024, le Premier ministre réserve le droit de faire sa Déclaration de politique générale devant un public diversifié composé de citoyens et d’experts. Cette éventualité vise à contourner les obstacles institutionnels actuels et à garantir que les informations cruciales sur les politiques publiques soient communiquées de manière transparente et inclusive.

Un Règlement intérieur à revisiter

Guy Marius Sagna et les députés du groupe Yewwi Askan wi (YAW) ont bien raison d’insister sur la mise à jour du Règlement intérieur. Ils ne sont pas les seuls à avoir une telle exigence. Le vice-président Mamadou Lamine Diallo du groupe parlementaire Wallu le réclame depuis bientôt deux ans. Il menace d’ailleurs de porter cette affaire en justice si le règlement intérieur de l’Assemblée n’est pas corrigé d’ici le 14 juillet 2024.

Le règlement intérieur de l’Assemblée nationale est une pierre angulaire du fonctionnement démocratique de cette institution. Il est censé garantir l’ordre, la discipline, et le respect des procédures au sein de l’hémicycle. Cependant, les récents événements mettent en lumière des dysfonctionnements et des abus qui soulèvent des questions cruciales sur son application et son respect. L’exclusion de Aminata Mimi Touré de l’Assemblée nationale en est un exemple. Les conditions dans lesquelles cela a été orchestré sont honteuses et antidémocratiques. Les principes de transparence et de justice ont été bafoués. De même, la manière cavalière dont les députés Massata Samb et Mamadou Niang du Parti de l’unité et du Rassemblement (PUR) ont été livrés à la justice pénale et jugés par le tribunal des flagrants délits à la suite d’une rixe qui les a opposés à des députés de BBY au sein de l’hémicycle pose question. La décision prise de manière unilatérale et sans consultation préalable par le président de l’Assemblée nationale a montré à souhait la nécessité d’un Règlement intérieur qui garantit la transparence des procédures disciplinaires, la protection contre l’arbitraire, le respect des droits des députés y compris leur immunité et les mécanismes de recours.

BBY : chronique d’une ironie politique et de divisions internes

L’attitude des députés de BBY est un modèle d’ironie savoureuse. En février, ils se pavanaient en votant pour repousser la présidentielle à décembre 2024, comme s’ils avaient tout leur temps. Et voilà qu’ils trépignent maintenant d’impatience pour entendre le Premier ministre Ousmane Sonko. Sans doute un urgent besoin de sa sagesse ! Pourtant, si leurs machinations avaient réussi, Ousmane Sonko serait encore tranquillement installé à la prison du Cap Manuel, loin de toute Déclaration de politique générale. Ah, l’amour vache de nos chers députés de BBY !

Les présidents de l’Assemblée nationale et du groupe parlementaire BBY se méprennent grandement sur leur représentativité et leur capacité de nuisance. Le premier nommé, malgré son apparence de gendre idéal, est en réalité un faucon. Dans la vie, on distingue les pyromanes, les pompiers et les pompiers pyromanes. Il est à lui seul une catégorie à part : c’est un pyromane pyromane. Il allume le feu, l’attise et y verse de l’huile. Le second promet une motion de censure sans dire l’objet de celle-ci. Se prenant pour Éole, il promet le pire. Pour être généreux avec lui, il pourrait au mieux réussir à soulever une tempête dans un verre d’eau.

Le groupe parlementaire BBY n’est pas majoritaire au parlement. C’est un fait indéniable qui résulte des élections législatives du 31 juillet 2022. De plus, il est divisé entre les parlementaires qui vont prendre leur destin en main (députés du PS, de la LD, etc.) et ceux de l’APR. Ces derniers sont également divisés entre les partisans de Macky Sall, les adeptes d’Amadou BA, ceux qui ne savent pas où donner de la tête et enfin le groupe des députés qui ira là où le vent les portera.

Face à l’adversité, le Premier ministre Ousmane Sonko et les députés Yewwi Askan Wi incarnent l’espoir d’un renouveau démocratique et transparent. Leur insistance sur la légalité et la mise à jour du règlement intérieur est une bouffée d’air frais dans une Assemblée embourbée par les manœuvres politiques stériles des députés BBY. Ces derniers, autrefois arrogants, se retrouvent aujourd’hui à se débattre dans leurs propres contradictions et machinations. Comme l’a souligné Ousmane Sonko, « Il est urgent de communiquer les politiques gouvernementales aux citoyens et aux parlementaires, malgré les obstacles institutionnels. » La sagesse et la détermination de Sonko et des députés YAW contrastent ironiquement avec les gesticulations désespérées d’un BBY en perte de repères.