29 juillet 1980 : Abdou Diouf face aux élus casamançais, la réunion de la dernière chance ?

Cet article est une adaptation d’un extrait du manuscrit de « Marcel Bassène, pionnier de la recherche de la paix en Casamance »

Le 29 juillet 1980, dans une salle de réunion de la Primature à Dakar, Abdou Diouf, alors Premier ministre, recevait une délégation casamançaise composée de responsables régionaux du Parti socialiste, d’élus, de cadres et des dirigeants du Comité pour la rénovation de Ziguinchor (COREZI). Le contexte ne laissait guère de place à la légèreté : la Casamance vivait un malaise profond, né d’un sentiment ancien de marginalisation, ravivé par les « événements scolaires de Ziguinchor » et alimenté par la pauvreté persistante d’une région pourtant riche de potentialités. Préparée dans l’urgence, mais portée par une mobilisation exceptionnelle, cette rencontre devait être le moment où l’État sénégalais, par la voix de son chef de gouvernement, reconnaissait la gravité de la situation. Beaucoup y virent « la réunion de la dernière chance ». On remarquera toutefois que les députés du PDS, Laye Diop Diatta et Famara Manè, figures de l’opposition en Casamance, n’avaient pas été conviés à cette rencontre, ce qui en limitait la portée inclusive. Telles sont les informations consignées dans le rapport de l’Union régionale de Casamance du Parti socialiste, rédigé par feu Joseph Mathiam.

Un climat de tensions accumulées

Depuis des années, la Casamance se percevait comme une périphérie oubliée. L’absence d’infrastructures éducatives — pas de lycée à Bignona, Sédhiou, Vélingara ou Kolda —, le retard chronique des projets industriels pourtant annoncés, l’état délabré des routes reliant Sédhiou et d’autres localités enclavées, tout concourait à alimenter le sentiment d’abandon. La fermeture de l’ambassade du Sénégal en Guinée-Bissau, voisine immédiate et partenaire naturel, résonnait comme un symbole d’isolement.

À cela s’ajoutaient des tensions sociales plus récentes : pression accrue sur les terres et les ressources locales, chômage endémique des jeunes, exode rural qui vidait les villages de leur vitalité. L’identité casamançaise, forte et fière, se sentait menacée. C’est dans ce climat électrique que les responsables politiques de la région prirent la route de Dakar.

Une mobilisation sans précédent

La délégation était prestigieuse : Assane Seck, Joseph Mathiam, Louis Dacosta, Ousmane Seydi, Mamadou Angrand Badiane, Mamadou Cissé, Louis Carvalho, Kéloutang Maria Badiane, Insa Ndiaye, Bassirou Cissé, Lémou Touré mais aussi d’autres cadres politiques et administratifs venus témoigner des aspirations d’une population lassée. Tous dressèrent un tableau sévère devant Abdou Diouf : désenclavement négligé, stagnation économique, marginalisation des cadres casamançais dans l’administration, abandon des ports, inexistence d’investissements structurants. La jeunesse était décrite comme une « génération sacrifiée », privée d’avenir.

Les Casamançais réclamaient une représentation digne dans les sphères nationales, non comme une faveur, mais comme un droit. Leurs revendications traduisaient une volonté de justice et d’équité, et une exigence de reconnaissance de leur appartenance pleine et entière à la République.

La réponse d’Abdou Diouf

Face à ce tableau accablant, le Premier ministre adopta un ton conciliant. Il reconnut la légitimité des doléances et promit des mesures concrètes : relance des projets industriels et portuaires, amélioration des infrastructures éducatives, meilleure inclusion des cadres casamançais dans la haute administration. Il salua l’attachement des Casamançais à la République et annonça un suivi attentif des dossiers. Pour beaucoup, cette réunion fut perçue comme une ouverture historique, un moment où l’État semblait enfin disposé à écouter et à agir.

Quand le football devint politique

Quelques jours plus tard, une autre scène cristallisa les frustrations : la finale de la Coupe du Sénégal 1980 entre le Casa Sports et la Jeanne d’Arc. Le Casa, vainqueur l’année précédente, portait la fierté casamançaise. Mais des décisions arbitrales contestées déclenchèrent la colère, et Jules François Bocandé, idole de Ziguinchor, s’en prit à l’arbitre. Sa suspension à vie fut vécue comme une injustice supplémentaire, une attaque contre la dignité de toute une région.

Ce double épisode — réunion politique et finale sportive — révéla la profondeur des blessures. La volonté de dialogue institutionnel existait, mais la perception d’une marginalisation systémique demeurait, trouvant désormais des échos jusque sur les terrains de football.

La volonté politique face à l’ajustement structurel

Rétrospectivement, on mesure mieux la fragilité de ce moment. Car si Abdou Diouf avait promis, il devait bientôt composer avec des contraintes autrement plus puissantes : celles des institutions financières internationales. Le Sénégal entra dès le début des années 1980 dans l’ère des programmes d’ajustement structurel.

Ces réformes, imposées par le FMI et la Banque mondiale, obligeaient l’État à réduire ses dépenses, privatiser, limiter ses recrutements, couper dans les subventions. Autant de mesures qui restreignaient drastiquement ses marges de manœuvre. Comment financer le désenclavement, construire des lycées, soutenir l’économie locale, si l’agenda national était dicté depuis Washington ?

L’ajustement structurel a-t-il eu raison de la volonté politique exprimée le 29 juillet 1980 ? La question mérite d’être posée. Car sans ressources pour transformer les promesses en réalisations, la réunion de la « dernière chance » s’est vite muée en rendez-vous manqué. Les frustrations sont restées intactes, nourrissant les aspirations autonomistes qui allaient bientôt trouver leur expression politique et militaire.

Une leçon pour l’histoire

L’épisode de 1980 nous rappelle une vérité constante : la paix ne se construit pas sur les seules intentions, fussent-elles sincères. Elle exige des actes tangibles, des investissements, une équité réelle dans le partage des ressources et du pouvoir. Or, l’État sénégalais, pris dans l’étau de la dette et des réformes néolibérales, n’a pas pu — ou pas voulu — répondre aux attentes exprimées avec tant de clarté par la délégation des élus casamançais.

La réunion de la dernière chance fut donc à la fois un moment d’espérance et un révélateur d’impuissance. Elle reste inscrite dans la mémoire collective comme l’instant où un choix était possible, mais où les contraintes internationales ont réduit la volonté politique à une parole sans lendemain.

Bataille du narratif au Sénégal : souveraineté contre statu quo

La révolution démocratique sénégalaise du 24 mars 2024 n’a pas seulement bouleversé le pouvoir politique. Elle a déclenché une bataille du narratif, où les mots, les images et les récits sont devenus des armes. Dans un espace médiatique dominé depuis des décennies par une caste d’éditocrates liés à l’ancien régime, des voix continuent de se poser en arbitres du débat public. Mais en réalité, ces commentateurs jouent le rôle de vigiles du statu quo : ils vocifèrent contre le changement et protègent les intérêts menacés. Leur objectif est clair : délégitimer le discours souverainiste en le réduisant à du populisme ou à une menace pour la démocratie.

Un espace médiatique verrouillé

Depuis 2021, chaque avancée du camp souverainiste a été suivie d’une offensive médiatique anti-PASTEF. On parle de « vacarme », de « fascisme rampant », de « dérive autoritaire ». Ces vigiles du statu quo se présentent comme défenseurs de la République et de l’État de droit, mais leur indignation est sélective : elle s’élève aujourd’hui contre un pouvoir issu du peuple, mais elle restait silencieuse lorsque la justice servait d’instrument pour écarter les opposants, lorsque les libertés étaient muselées ou lorsque des manifestants tombaient sous les balles en mars 2021, juin 2022, juin 2023 et février 2024.

Ce renversement sémantique est révélateur. L’aspiration à la souveraineté sénégalaise, portée par PASTEF et ses alliés, n’est pas décrite comme un projet de libération, mais comme une menace. Ce n’est pas la République qu’ils défendent, c’est la continuité d’un système de dépendance.

Démasquer les ressorts idéologiques

Leur discours se nourrit d’abord d’une peur des masses : lorsqu’ils parlent de « misérabilisme », ce n’est pas la misère qu’ils nient, mais la dignité de ceux qui refusent l’exil forcé et l’humiliation de la pauvreté. Dans leurs lignes, les cris de la jeunesse ne sont pas une revendication légitime, mais un vacarme menaçant.

À cette peur des masses s’ajoute une sacralisation des institutions figées : ils invoquent l’État de droit comme une incantation, mais c’est bien l’injustice qu’ils défendent lorsqu’ils pleurent sur une justice qui, hier, servait d’arme pour exclure et réprimer.

Enfin, leur arme favorite reste la diabolisation de la rupture. Ils agitent l’épouvantail du fascisme pour faire croire que l’émancipation souverainiste serait une tyrannie en gestation. Mais l’histoire nous a déjà livré ce refrain : Thomas Sankara fut traité de démagogue, Patrice Lumumba de communiste dangereux, Amílcar Cabral d’agité. Or Sankara nous a appris à ne pas céder à ces anathèmes :

« Nous devons oser inventer l’avenir. » — Thomas Sankara

Ceux qui osent inventer sont toujours caricaturés en fauteurs de troubles par ceux qui craignent de perdre leurs privilèges. En vérité, les vigiles du statu quo ne défendent pas un idéal républicain universel. Ils défendent leur monde, leur confort, leur statut, et s’indignent de voir le peuple entrer enfin dans l’histoire par ses propres forces.

Stratégies de contre-discours

Face à ces offensives médiatiques, le camp de la souveraineté populaire doit imposer un récit nouveau, capable de déconstruire les caricatures et de donner confiance au peuple. Cela passe d’abord par une pédagogie populaire, qui explique sans détour pourquoi il faut assainir les finances publiques, réorienter la dépense nationale, ou encore renforcer la coopération avec nos voisins africains. Comme l’a affirmé le Premier ministre Ousmane Sonko le 1er août 2025 :

« La souveraineté n’est pas un slogan, c’est une exigence vitale pour notre peuple. » — Ousmane Sonko

La révolution n’existe pas si elle ne sait pas se dire. C’est pourquoi il faut occuper le terrain de la parole : investir les réseaux sociaux, créer de nouveaux médias panafricanistes, multiplier les espaces où le peuple forge son propre langage.

Mais ce travail exige aussi de renouer avec la mémoire des luttes. Convoquer Lat Dior, Djignabo Bassène, Aline Sitoé Diatta, Omar Blondin Diop, Idrissa Sagna, Cheikh Wade, François Mancabou, Baba Kana et tant d’autres rappelle que l’histoire du Sénégal est faite de résistances populaires autant que de compromis élitaires.

Enfin, ce récit doit s’internationaliser et s’inscrire dans le combat panafricain. Frantz Fanon nous a laissé cet avertissement :

« Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir. » — Frantz Fanon

Notre génération a découvert la sienne : affranchir nos peuples de la dépendance économique et politique. À nous de la remplir, contre toutes les campagnes de peur.

Un langage souverainiste pour l’avenir

La bataille du narratif est décisive. Tant que les vigiles du statu quo tiendront le haut du pavé médiatique, ils tenteront d’enfermer le peuple dans une culpabilité permanente : coupable d’être jeune, coupable d’être pauvre, coupable de vouloir changer les choses. Mais la révolution sénégalaise 2024 a ouvert une brèche. Elle a montré que les mots du peuple pouvaient vaincre les anathèmes de l’élite.

Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement de gouverner, mais d’inventer un discours souverainiste qui donne confiance au peuple et qui résiste aux caricatures. C’est à ce prix que la révolution s’enracinera. Et cette fois-ci, malgré les cris des vigiles, la caravane du peuple ne s’arrêtera pas.

Le souverainisme structurel

Le Premier ministre Ousmane Sonko a dévoilé aujourd’hui un ambitieux plan de redressement économique et social qui s’inscrit dans la « Vision 2050 » du Président Bassirou Diomaye Faye. Cette démarche, loin de tomber du ciel selon ses propres termes, est une réponse à l’héritage économique calamiteux légué par le régime de Macky Sall, marqué par un déficit public réel de 14 % et une dette atteignant 119 % du PIB, largement sous-estimés par l’ancien gouvernement.

Redresser l’économie par une approche souveraine

La phase, dite de « Redressement », couvre une période initiale de trois ans. Elle vise à établir une vision commune, mobiliser l’ensemble des citoyens et poser les bases solides nécessaires à une transformation profonde du pays. Ce premier cycle comprend des réformes fondamentales portant sur les institutions, la justice, la décentralisation, ainsi qu’une profonde réorganisation économique et sociale. Le Premier ministre insiste particulièrement sur la nécessité d’une gestion transparente, soulignant que les Sénégalais doivent connaître l’ampleur réelle des défis pour y faire face efficacement.

Les mécanismes de financement proposés privilégient les ressources endogènes afin de garantir la souveraineté économique nationale. Le gouvernement table notamment sur la mobilisation de ressources domestiques, telles que la collecte rigoureuse des dividendes des entités publiques, la renégociation de contrats stratégiques dans les secteurs miniers, et une meilleure exploitation de l’épargne nationale et de la diaspora. Ce plan exclut toute aggravation de la dette publique, misant plutôt sur des financements complémentaires internes sans recours excessif à l’endettement extérieur.

Un engagement social fort

Sur le plan social, l’ambition du gouvernement est clairement affirmée : améliorer significativement la qualité des services sociaux de base, notamment en matière de santé, d’éducation, de logement, d’accès à l’eau et à l’électricité. Le soutien aux ménages les plus vulnérables est renforcé par des mesures telles que les bourses de sécurité familiale et la baisse ciblée des prix des denrées alimentaires. La création massive d’emplois, notamment pour les jeunes et les femmes, figure également parmi les priorités explicites du plan.

PASTEF doit jouer un rôle central dans la mise en œuvre réussie de ce plan en assurant une mobilisation constante des citoyens, une vigilance accrue face à toute tentative de dérive et un soutien sans faille aux initiatives gouvernementales alignées sur ses idéaux de souveraineté économique et sociale. Son groupe parlementaire doit particulièrement pousser pour garantir que le gouvernement aille au bout de la logique du plan, en exigeant transparence, rigueur et efficacité dans l’exécution des réformes annoncées, tout en veillant à ce que les promesses sociales et économiques se traduisent concrètement dans la vie quotidienne des Sénégalais.

Le souverainisme structurel en actions

Le plan de redressement présenté par le PM Ousmane Sonko peut être perçu comme un ajustement structurel débarrassé du consensus de Washington (licenciements massifs, démantèlement de l’État, désarmement douanier, baisses d’impôts iniques, privatisations excessives). Au contraire, ce plan réaffirme le rôle stratégique de l’État, renforce considérablement l’État social, consolide la souveraineté nationale et mise résolument sur un développement endogène, en rupture avec les modèles traditionnels imposés par les institutions internationales. Ce modèle pourrait être qualifié de « souverainisme structurel », une démarche qui place au centre la souveraineté économique et sociale comme leviers essentiels d’un développement durable et autonome.

Ce plan constitue ainsi une réponse concrète à l’appel pour une souveraineté économique réelle, rompant avec les dépendances externes pour orienter le Sénégal vers un modèle de développement autonome et durable.

31 juillet 2023 : le décret qui fit naître une révolution

Il y a deux ans, jour pour jour, le 31 juillet 2023, un décret signé de la main du président Macky Sall mettait brutalement fin à l’existence légale du parti PASTEF — Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité. Par ce geste autoritaire, le pouvoir d’alors espérait enterrer un mouvement qui dérangeait, un mouvement accusé de porter atteinte à la sécurité de l’État, mais qui portait surtout les espérances d’un peuple en quête de rupture.

Aujourd’hui, en juillet 2025, l’histoire a tranché. L’ironie est cinglante, et la revanche, éclatante. Le PASTEF, que l’on pensait dissous, a été ressuscité par la volonté populaire. Il est désormais au cœur de l’État. Son président, Ousmane Sonko, est Premier ministre de la République. Son compagnon de lutte, Bassirou Diomaye Faye, est président de la République, élu dès le premier tour avec 54 % des voix. Quant au parti lui-même, il n’a jamais été aussi vivant !

D’un décret de dissolution à une élection plébiscitaire

Le décret de dissolution du PASTEF, publié dans un contexte de tensions extrêmes, faisait suite à une vague de répression sans précédent : arrestations de responsables, interdictions de manifestations, censure des médias critiques, suspension des réseaux sociaux. On espérait ainsi briser l’élan populaire né des combats de 2021 et de la dynamique électorale de 2022. En lieu et place de l’accalmie espérée, ce fut l’étincelle de trop. La dissolution du PASTEF n’a pas été une fin. Elle fut une mue.

Privés de cadre légal, les patriotes se sont enracinés dans la société civile, les quartiers, les campagnes, les réseaux informels. Ils ont transformé l’humiliation en organisation. Ils ont opposé à la brutalité du décret la détermination calme de la résistance civique. Le pouvoir avait cru dissoudre un parti ; il a en réalité galvanisé une force historique.

Le 24 mars 2024, ce peuple interdit de voix et de visibilité est allé aux urnes. Il a élu l’idéologie même que l’on avait voulu faire taire. Il a prouvé que les décrets ne vainquent pas les idées. La dissolution a été juridiquement valide, politiquement contre-productive et historiquement suicidaire.

Quand la République retrouve la voix de ses enfants bannis

Deux ans après, l’heure n’est ni à la vengeance ni à l’amnésie. Elle est à la lucidité. Ce que nous vivons aujourd’hui, c’est le paradoxe de l’histoire : ceux qui ont été déclarés hors-la-loi gouvernent désormais avec légitimité, et ceux qui prétendaient incarner la loi sont jugés par l’Histoire, et demain peut-être par la Justice.

Il faut se souvenir. Non pour se complaire dans la douleur, mais pour préserver les leçons de cette épreuve. Le décret du 31 juillet 2023 fut une trahison de l’État de droit, une insulte à la mémoire démocratique du Sénégal. Il faut aujourd’hui le relire comme on relit un arrêt d’infamie, une folie d’ancien régime.

C’est une révolution, et elle est démocratique

Je suis souvent interpelé sur le concept de « révolution » que j’utilise régulièrement dans mes articles. Certains me reprochent de l’employer avec légèreté. Il est temps de clarifier tout cela : l’élection du 24 mars 2024 au Sénégal constitue-t-elle une simple alternance démocratique ou bien une véritable révolution ? À y regarder de près, tant les circonstances politiques que les dynamiques socio-économiques suggèrent bien davantage : une authentique révolution démocratique par les urnes, fruit d’une volonté populaire manifeste, d’une mobilisation massive et d’une rupture radicale avec les pratiques politiques et économiques antérieures.

La souveraineté populaire comme moteur

D’abord, l’élection de Bassirou Diomaye Faye, issu du parti d’opposition radicale PASTEF, dès le premier tour de la présidentielle, malgré son incarcération peu avant le scrutin, est un événement d’une ampleur historique. Ce succès électoral improbable témoigne d’une mobilisation profonde et d’une volonté générale puissante, comme le conceptualisait Rousseau. Les citoyens sénégalais, en particulier une jeunesse désabusée, mais déterminée, ont exprimé leur rejet massif d’un système perçu comme corrompu, injuste et incapable de répondre aux attentes populaires. Cette mobilisation populaire s’est construite progressivement, depuis les violentes manifestations de 2021 contre l’arrestation d’Ousmane Sonko, jusqu’à la campagne électorale du scrutin de 2024, démontrant clairement que la souveraineté populaire ne saurait être étouffée par la répression et les manœuvres politiques.

Une rupture politique et économique radicale

Ensuite, ce que Tocqueville nomme le « changement radical » est bel et bien à l’œuvre. Même si le processus est électoral, la rupture est réelle. La transition du pouvoir des mains d’un régime autoritaire à celles d’une opposition radicale qui fut marginalisée et réprimée pendant des années marque une transformation structurelle majeure. Le discours porté par le Président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko n’est pas un simple changement de visages, mais vise clairement à réorienter radicalement les politiques économiques vers une souveraineté nationale affirmée, la transparence, la justice sociale, et la fin des arrangements économiques néocoloniaux.

Cette révolution démocratique s’ancre profondément dans les dynamiques socio-économiques identifiées par Karl Marx et Eric Hobsbawm : les frustrations économiques, le chômage massif des jeunes, le coût élevé de la vie, et la corruption systémique. Ces réalités ont alimenté une colère sociale qui s’est cristallisée dans un vote massif en faveur de PASTEF, dont les propositions visent précisément à inverser ces logiques d’exploitation et de marginalisation économique. La redéfinition des contrats pétroliers et gaziers, ainsi que l’engagement clair à rééquilibrer la redistribution des richesses nationales, participent de cette volonté révolutionnaire.

Un nouveau commencement démocratique

Le Sénégal est dans ce que Reinhart Koselleck appelle la « Sattelzeit », une période charnière où les concepts mêmes de gouvernance, de souveraineté économique et de justice sociale sont en pleine mutation. La notion de « rupture » se positionne désormais comme un pivot central dans le discours politique, signifiant non seulement un changement d’approche, mais une véritable refondation des principes éthiques et politiques de l’État sénégalais.

Enfin, selon la pensée d’Hannah Arendt, ce mouvement représente un véritable « nouveau commencement ». En dissolvant l’Assemblée nationale et en convoquant des élections législatives anticipées, tenues en novembre 2024, le Président, Faye a posé un acte fort de refondation. Il s’agissait de doter le projet révolutionnaire d’une légitimité démocratique renouvelée, garante de sa cohérence et de sa pérennité. Ce nouveau pouvoir ne se contente pas d’alternance démocratique classique ; il aspire clairement à créer un « nouveau Sénégal » basé sur une gouvernance éthique et souveraine, indépendante des influences néocoloniales traditionnelles.

Tenir tête, tenir parole : comment PASTEF doit incarner le redressement

Ce dimanche 27 juillet 2025, Ayib Daffé, Secrétaire général de PASTEF et Président du groupe parlementaire du parti, a dévoilé en avant-première, lors de l’émission « Point de vue » diffusée sur la RTS et dans la continuité des orientations énoncées par le Premier ministre Ousmane Sonko lors du Conseil des ministres du 23 juillet 2025, les grandes lignes du Plan de redressement économique que le Premier ministre annoncera officiellement le 1er août prochain. Ce plan, qui s’inscrit dans l’agenda national de transformation défendu par PASTEF, arrive à un moment décisif où le Sénégal, après avoir réalisé un diagnostic sans concession des finances publiques héritées du régime précédent, entame désormais une nécessaire phase de redressement.

Équité sociale et territoriale : piliers de la révolution

Ce plan s’articule autour de deux principes clés : l’équité sociale et territoriale. La lutte contre la pauvreté et la réduction des inégalités entre régions urbaines comme Dakar et rurales comme Sédhiou ou Kédougou sont essentielles. L’agriculture, l’eau et l’énergie sont des secteurs prioritaires pour bâtir un Sénégal plus juste et autonome.

Le succès de ce plan dépend fortement de PASTEF, qui doit jouer un rôle clé en mobilisant la société. Fort de sa crédibilité populaire, le parti est en mesure d’animer et d’encadrer les réformes, rassemblant paysans, ouvriers, intellectuels et entrepreneurs autour d’objectifs communs.

Garantir une gouvernance exemplaire pour assurer le succès

PASTEF doit veiller à la mise en œuvre concrète des politiques. Ayib Daffé a indiqué que 500 milliards de francs CFA sont prévus pour régler les arriérés du précédent régime, notamment dans les BTP et l’énergie. Le parti devra s’assurer que ces ressources sont utilisées avec transparence et efficacité, tout en garantissant l’exemplarité et l’intégrité de ses propres cadres.

L’action de PASTEF ne peut se réduire à l’économie : le volet politique et institutionnel est tout aussi crucial. Le débat sur le règlement intérieur de l’Assemblée nationale, notamment autour des commissions d’enquête, montre l’importance d’un cadre législatif aligné sur les ambitions de transformation. Le parti doit donc poursuivre ses efforts pour renforcer un appareil juridique au service du contrôle démocratique et de la souveraineté populaire, condition essentielle à la réussite du redressement.

Ainsi, pour le triomphe de la révolution entamée par le peuple sénégalais, PASTEF doit être à la fois le gardien vigilant des principes de justice sociale et territoriale, le moteur de la mobilisation citoyenne et le garant intransigeant de la gouvernance vertueuse. Le plan annoncé par le Premier ministre Ousmane Sonko est une étape essentielle, mais c’est bien la mobilisation constante et structurée du parti qui assurera la pérennité et la réussite profonde de cette transformation historique.

Intouchables ? Quand les magistrats défient la souveraineté populaire

Il est des mots qui brillent tant qu’ils aveuglent. Des concepts si sacralisés qu’on ne les interroge plus. « Indépendance de la justice » est de ceux-là. Dans sa récente décision sur la loi organique régissant le Règlement intérieur de l’Assemblée nationale (loi n° 09/2025), le Conseil constitutionnel du Sénégal met un veto ferme : l’Assemblée ne saurait faire comparaître de magistrats devant une commission d’enquête, sauf autorisation expresse du ministre de la Justice. Séparation des pouvoirs, dit-on. Immunité excessive des juges, comprend-on. Et démocratie parlementaire, dans tout ça ?

La justice, ce pouvoir devenu tabernacle

Reprenons les termes exacts de la censure. Le Conseil s’appuie sur l’article 88 de la Constitution pour sanctuariser le pouvoir judiciaire : « l’indépendance de la justice » impliquerait que les magistrats ne puissent être convoqués qu’à la condition que leur audition soit volontaire, autorisée, et surtout expurgée de toute référence à une affaire passée ou en cours.

En d’autres termes : il ne faut surtout pas toucher à la robe ni interroger ses porteurs. Le juge devient ici un acteur public au-dessus de tout soupçon, et par conséquent, au-dessus de tout contrôle. Mais à force de vouloir sanctuariser leur indépendance, ne risque-t-on pas de les soustraire à toute responsabilité ? L’indépendance, oui. Le pouvoir sans contrôle, non. 

Le Parlement réduit au silence

On s’étonne que le Conseil constitutionnel oublie que l’Assemblée nationale n’est pas une chambre d’exécution, mais celle qui délibère au nom du peuple. Elle a donc le droit — et le devoir — d’interroger toute autorité publique, y compris judiciaire, sur les dysfonctionnements institutionnels.

Les commissions d’enquête ne jugent pas, ne sanctionnent pas : elles questionnent. Leur seule arme, c’est la lumière. Empêcher l’audition d’un magistrat, même sur l’organisation de la justice, revient à priver la République de cette lumière.

On nous dit : « Le ministre de la Justice peut autoriser. » Fort bien. Mais pourquoi l’exécutif pourrait-il convoquer un magistrat, et pas le législatif ? Voilà une séparation des pouvoirs bien asymétrique : un pont entre l’exécutif et les juges, un mur face au Parlement.

Dans d’autres pays, la justice rend aussi des comptes

Le Conseil constitutionnel semble ignorer qu’ailleurs, les magistrats peuvent être entendus par les parlementaires, à condition que l’on distingue ce qui relève du secret de l’instruction (légitime) et ce qui relève du fonctionnement de l’institution judiciaire (domaine public). En France, l’Assemblée nationale a pu enquêter sur les erreurs judiciaires dans l’affaire Outreau. En Afrique du Sud, la Commission Zondo a entendu des juges dans le cadre de la « State capture ». Aucune apocalypse constitutionnelle n’en est résultée.

Dans ces pays, on a compris que l’indépendance n’est pas l’inaccessibilité. On peut être indépendant et responsable. On peut juger en conscience et rendre des comptes en transparence. On peut porter la toge sans se cacher derrière.

Refonder le contrôle démocratique des juges : une urgence révolutionnaire

Ce débat révèle une culture héritée du colonialisme, où les magistrats forment une caste intouchable, les élus sont perçus comme des gêneurs, et le citoyen réduit au silence. Pourtant, dans une démocratie, la justice relève de la souveraineté populaire et doit rendre des comptes comme tout service public.

Qui contrôle ceux qui jugent ? Si les juges surveillent les citoyens sans pouvoir être interpellés, il ne s’agit plus de démocratie, mais d’une délégation sans retour.

Le Conseil constitutionnel a manqué l’occasion de refonder démocratiquement une justice que le Sénégal veut plus transparente et responsable. La justice n’a pas à être jugée, mais elle doit pouvoir être questionnée. Ce que la République attend des juges, ce n’est pas la perfection, mais la responsabilité.

PASTEF : l’hétérogénéité comme force stratégique de la révolution sénégalaise

« Un front populaire n’est pas une secte, c’est une alliance historique »

À ceux qui s’empressent de dénoncer, parfois avec condescendance, la supposée « contradiction » interne du projet politique porté par le PASTEF, il faut répondre avec clarté et hauteur : ce que vous percevez comme une cacophonie est en réalité la polyphonie d’un front populaire conscient de ses responsabilités historiques. Le PASTEF, loin d’être un simple parti traditionnel, est la traduction politique d’un moment révolutionnaire inédit dans l’histoire sénégalaise contemporaine. Il ne s’est pas consolidé dans la paix sociale des salons de la République, mais dans la tourmente d’un peuple debout, décidé à rompre avec l’ordre néocolonial et à reconquérir sa souveraineté.

Cette hétérogénéité, loin d’être un défaut, est un compromis stratégique assumé, fondé sur une lecture lucide du contexte national et mondial. C’est un compromis historique, au sens gramscien, entre des forces sociales diverses unies par une même urgence : sortir du piège de la dépendance et bâtir un État nouveau. Chacun y contribue sans renier son identité politique.

Un capitaine dans la tempête : le rôle structurant d’Ousmane Sonko

Dans cette architecture complexe qu’est un front populaire, il faut un fil conducteur, une boussole, un porteur de vision capable d’agréger les énergies sans les dissoudre, de tenir la cohérence sans étouffer la diversité. C’est là que se révèle la stature d’Ousmane Sonko, président du PASTEF. Il incarne non seulement une ligne politique claire — celle de la souveraineté nationale, de la justice sociale et de la refondation républicaine — mais aussi une capacité rare à articuler les contradictions, à transformer les tensions internes en moteur de créativité politique.

Le président du parti, Ousmane Sonko, n’a jamais prétendu détenir une vérité unique. Ni dogmatique, ni arbitre d’un pluralisme tiède, il est le catalyseur d’un mouvement populaire qui grandit en parlant aux frustrations comme aux espoirs. Sous sa direction, le PASTEF est devenu un cadre où le débat est libre, les différences valorisées, et la ligne contre la recolonisation clairement affirmée, sans exclure ceux qui veulent bâtir un État au service du peuple. Il incarne une boussole politique, transformant l’indignation en organisation et l’aspiration en stratégie.

Distinguer l’essentiel de l’accessoire : la matrice dialectique du PASTEF

Ceux qui critiquent cette configuration restent prisonniers d’une vision binaire, où unité rime avec uniformité. Or, le PASTEF incarne une tradition plus exigeante : distinguer contradictions principales et secondaires. L’enjeu central n’est pas entre courants idéologiques de rupture, mais entre deux projets antagonistes : un Sénégal soumis aux diktats extérieurs et gouverné par une élite compradore, et un Sénégal souverain, enraciné dans ses luttes, tourné vers la justice sociale et la réappropriation des leviers économiques.

C’est en cela que le PASTEF est porteur d’un projet de refondation, et non d’un simple programme de gestion. Le pluralisme interne du mouvement n’est pas un obstacle à cette refondation : il en est la condition. Car une révolution populaire ne se gagne pas avec des purs, des dogmatiques, des idéologues retranchés dans leur tour d’ivoire. Elle se gagne avec des hommes et des femmes qui acceptent de mettre en commun leur courage, leurs compétences, leurs histoires, pour répondre aux besoins urgents de justice, de souveraineté, et de dignité.

PASTEF, produit d’une histoire et levier d’un avenir libéré

Il faut rappeler que le PASTEF n’est pas tombé du ciel. Il est le produit d’une longue histoire de luttes : celles des résistances à la colonisation, des insurrections paysannes, du mouvement syndical, des mobilisations démocratiques des années 80 et 90, des frustrations d’une jeunesse dépolitisée mais en quête de sens. Il est aussi la réponse politique à une situation devenue insupportable : celle d’un pays aux ressources pillées, aux services publics dévastés, à la démocratie dévoyée. Il est l’instrument par lequel un peuple, dans toute sa diversité, a dit non à l’humiliation et oui à l’espoir.

Critiquer sa composition au nom d’une pureté idéologique perdue, c’est méconnaître les exigences de l’histoire. C’est ignorer que, dans les moments de bifurcation historique, ce sont les alliances larges, les coalitions courageuses, les fronts populaires, qui permettent les ruptures durables. La révolution sénégalaise est par essence inclusive : elle ne se fera pas contre le pluralisme, mais avec lui, dans un cadre organisé, conscient, orienté vers l’objectif fondamental : construire un État du peuple, par le peuple et pour le peuple, au cœur d’une Afrique affranchie des tutelles.

Le PASTEF, en choisissant le rassemblement plutôt que la dispersion, le compromis stratégique plutôt que l’enfermement idéologique, pose les fondations d’un Sénégal post-néocolonial, juste, souverain et solidaire. Et si c’est cela la contradiction, alors vive la contradiction. Car c’est d’elle que naîtra le changement. Et il faut, pour l’incarner, un homme qui ne confond ni l’écho populaire avec la facilité, ni la radicalité avec la haine, mais qui sait tenir la barre en pleine tempête : cet homme, c’est Ousmane Sonko.

PASTEF face à l’Histoire : les tâches de l’heure

Le 24 mars 2024 a marqué une rupture historique où le peuple a repris son destin en main, renforcée par la victoire législative de PASTEF le 17 novembre. Les premières mesures du Président Bassirou Diomaye Faye traduisent cette volonté de changement. Mais pour durer, la révolution doit s’enraciner culturellement, mobiliser durablement, et s’appuyer sur un PASTEF à la hauteur, en véritable avant-garde hégémonique.

Une guerre totale : hégémonie contre colonisation de l’imaginaire

Le temps n’est pas aux atermoiements. L’adversaire n’est pas seulement électoral ou institutionnel. Il est mental, culturel, anthropologique. C’est la résignation organisée, cet habit de la soumission que l’on drape du nom de sagesse. C’est aussi le recyclage du vieux personnel politique sous des habits de vertu médiatique.

Face à cela, PASTEF doit être une armée d’hégémonie : conquérir les consciences, mobiliser les cœurs, reconstruire une mémoire et inventer une espérance. Cela veut dire redonner une colonne vertébrale idéologique à la mobilisation populaire. La lutte est existentielle. Elle est civilisationnelle. Elle est un combat pour les récits, pour le sens des mots et des gestes.

Le Président du PASTEF et chef de la majorité parlementaire, Ousmane Sonko, l’a clairement exprimé lors de l’installation du Conseil national : « Il ne s’agit pas de gérer l’État, mais de le transformer ». Ce n’est pas un détail : c’est l’ADN du Projet. Gouverner, dans ce contexte, n’est pas cohabiter avec les vestiges de l’ancien régime, c’est organiser leur liquidation méthodique, dans le respect de l’État de droit, mais avec l’audace révolutionnaire que requiert le moment.

Le Parti, l’État, le Peuple : aligner les trois piliers de la révolution

La dialectique du changement repose aujourd’hui sur trois piliers : l’État (instrument de transformation), le Peuple (boussole souveraine) et le Parti (moteur idéologique). Si l’un de ces piliers faiblit, c’est toute la dynamique qui vacille. Et aujourd’hui, le risque principal est celui d’un désalignement progressif : un État qui avance, mais qui trébuche face aux sabotages internes ; un Peuple qui espère, mais qui doute face à la lenteur ; un Parti qui veille, mais qui doit désormais agir.

Il s’agit de faire de PASTEF un véritable outil de conscientisation, de mobilisation et de transmission. Il doit devenir à la fois une école populaire, un mouvement ancré dans les réalités sociales et une mémoire vivante de la lutte. Cela passe par une décentralisation plus poussée de l’organisation et l’émergence de récits culturels libérés de l’imaginaire néocolonial. Contre les féodalités locales et administratives, inventons des mécanismes pour défendre les droits du peuple.

Le Premier ministre Ousmane Sonko a mis la barre très haut dans sa dernière communication : réforme radicale de l’administration, traçabilité, performance, planification, éthique publique, etc. Il faut que ces chantiers soient portés politiquement, idéologiquement, émotionnellement, par le Parti. Car on ne gouverne pas une révolution avec des technocrates seuls. On la gouverne avec des militantes et des militants debout, organisés, convaincus.

Le 24 mars 2024 n’est pas un souvenir, c’est un cap à tenir, un souffle à raviver partout. La révolution n’est pas un instant, mais une méthode pour rebâtir la société sur la vérité, la dignité et la justice. C’est pourquoi notre combat est une guerre d’hégémonie totale.

Et cette guerre, nous allons la gagner !

Crise de la dette : au pied du mur, la vérité comme seul salut

Les derniers jours ont fait retentir un tocsin économique inquiétant : Standard & Poor’s vient de dégrader la note souveraine du Sénégal de B à B —, aggravant une perspective déjà sombre sur notre capacité à maîtriser l’endettement public. Ce déclassement s’appuie sur un audit alarmant révélant une dette culminant à 118 % du PIB, la plus élevée jamais enregistrée dans notre histoire récente. Face à ces lendemains difficiles qui s’annoncent, il serait irresponsable de ne pas interroger les errements, les dissimulations et les pratiques de mauvaise gouvernance qui nous ont conduits à une telle situation.

Un gouffre financier hérité, des responsabilités à situer

L’heure n’est certainement pas à une réconciliation qui sacrifierait le nécessaire devoir de vérité et de justice au nom d’une hypothétique paix sociale. L’audit sur la dette cachée doit marquer le début d’un processus d’assainissement réel et profond. Il doit identifier clairement les responsables de cette dérive budgétaire, qui a compromis non seulement notre crédibilité internationale, mais également notre souveraineté financière et économique. Le peuple sénégalais mérite de savoir comment, pourquoi et surtout par qui notre pays a été conduit au bord du précipice financier ?

Dans ce contexte délicat, le plan de relance du gouvernement doit être à la hauteur des enjeux, en se gardant de mesures simplistes ou d’économies contreproductives. Si une rationalisation des dépenses publiques est inévitable, elle ne peut pas se faire aux dépens des transferts sociaux indispensables à la cohésion nationale, notamment les bourses étudiantes et de sécurité familiale, les dépenses de soins de santé primaire, les subventions à impact social juste. L’approche exposée récemment par le ministre de l’Enseignement supérieur Abdourahmane Diouf, consistant à remettre en cause l’attribution généralisée des bourses étudiantes sous prétexte d’économies budgétaires, est à cet égard profondément erronée et socialement risquée. Les chiffres avancés par le ministre, bien qu’importants, ne doivent pas masquer la dimension cruciale de ces bourses comme amortisseur social majeur.

Ne pas confondre rigueur budgétaire et punition sociale

Réduire drastiquement les bourses, c’est méconnaître la réalité économique et sociale du Sénégal. Ces aides ne constituent pas un luxe, mais un revenu vital distribué à des familles entières qui en dépendent pour leur subsistance quotidienne. Certes, l’université sénégalaise accueille plus de jeunes que le marché du travail ne peut immédiatement absorber, créant une forme de chômage caché. Mais fermer brutalement ce robinet équivaut à jeter dans les rues des cohortes de jeunes sans perspectives ni espoir. On risquerait alors de les voir glisser vers des aventures périlleuses, menaçant la sécurité collective et compromettant la stabilité sociale à laquelle nous tenons tant.

Taxer mieux, ne pas couper plus : pour une réforme juste et durable

Plutôt que de s’attaquer frontalement à ces transferts sociaux indispensables, il serait bien plus judicieux d’élargir l’assiette fiscale de manière équitable et juste. Il est urgent d’impliquer davantage ceux qui accumulent d’importantes richesses sans participer proportionnellement au financement des services publics et des politiques sociales. Voilà une véritable voie de réforme : juste, nécessaire, et socialement acceptable.

Face aux défis qui nous attendent, nous ne devons pas nous tromper de cible. Le vrai problème n’est pas dans les dépenses sociales, mais bien dans les défaillances institutionnelles et l’opacité financière qui ont miné notre système économique depuis des années. Rétablir la confiance et la justice économique doit être notre priorité. Ce n’est qu’à ce prix que le Sénégal pourra véritablement affronter les difficultés présentes et se construire un avenir durable et équitable.