Le combat de Marcel Bassène pour une Casamance en paix

À la mémoire de l’abbé Raoul Sagna et du député et président du Conseil régional de Ziguinchor Omar Lamine Badji, deux hommes de paix, victimes du conflit en Casamance. Que leur souvenir et celui de toutes les victimes inspirent les générations futures.

Le 8 octobre 2024, le Premier ministre Ousmane Sonko a présidé un Conseil interministériel crucial dédié au retour des déplacés du conflit en Casamance, marquant une nouvelle étape dans le processus de rétablissement de la paix. Grâce à des efforts soutenus, de nombreuses populations retrouvent leurs villages, la reconstruction des infrastructures et la relance des activités économiques prennent corps. Le déminage avance à grands pas, avec l’ambition de sécuriser complètement la région d’ici 2026. Pour coordonner ces initiatives, un comité régional de pilotage a été instauré, soutenu par un financement de plus de 53 milliards de FCFA. Le lancement du Plan Diomaye pour la Casamance symbolise cet engagement à long terme pour la paix et le développement. Toutefois, des défis importants restent à surmonter, notamment la sécurisation de certaines zones, la lutte contre les trafics et la résolution des conflits fonciers.

Ces avancées trouvent leurs racines dans une histoire plus ancienne, remontant aux années 1990, lorsque Marcel Bassène a joué un rôle essentiel en mettant en œuvre le dialogue entre l’État sénégalais et le Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC). Dans les années 1980 et au début des années 1990, la Casamance était en proie à une crise politique et sécuritaire majeure. Le MFDC, réclamant l’indépendance de la région, menait une rébellion violente. La marginalisation économique et sociale de la région a suscité de profondes frustrations, qui ont aggravé les tensions. Celles-ci étaient appuyées par une partie de la population locale. Le gouvernement sénégalais, par la répression militaire, tenta de mater les révoltes, mais cette approche ne fit qu’aggraver la situation. Les tentatives de dialogue restaient rares et infructueuses. Ce contexte explosif rendait d’autant plus difficile toute tentative de médiation, ce à quoi Marcel Bassène s’attela avec détermination. Décédé le 22 août 2006, il laisse derrière lui un héritage qui continue d’éclairer le chemin vers la paix en Casamance. Cet article retrace le parcours de cet homme exceptionnel qui, en tant que député du Parti démocratique sénégalais (PDS) donc de l’opposition, a réussi à convaincre le Président Abdou Diouf de s’engager dans des négociations avec les indépendantistes, amorçant un processus qui a ouvert la voie à la paix que nous entrevoyons aujourd’hui.

Un homme cœur du dialogue pour la Casamance

Marcel Bassène était un homme d’une grande indépendance d’esprit, caractérisé par une dignité et une discrétion profonde, souvent interprétées à tort comme de la timidité. Malgré une santé fragile durant sa jeunesse, il eut un parcours académique brillant, devenant un mathématicien éminent et un formateur respecté. En politique, il se distingua par son pragmatisme et sa tolérance, n’hésitant jamais à soutenir des propositions qui faisaient sens, même si elles provenaient d’adversaires. Il s’engagea en politique avec la ferme volonté de changer le cours des choses, choisissant une voie loin d’être facile. Membre fondateur du PDS, il n’a été candidat à aucun poste au sein du parti, mais grâce à son charisme, il devint un leader de premier plan. Pendant de nombreuses années, il fut à la tête de la fédération de Casamance, la seule instance du PDS à fonctionner de manière véritablement démocratique. Il assura également l’intérim à la direction du parti à chaque absence prolongée de Me Wade, lorsqu’il séjournait en France. Enfin, son ouverture d’esprit et sa capacité à supporter des débats contradictoires sans recours à des arguments d’autorité témoignaient de son engagement pour le libre arbitre et la justice.

En tant que député de l’opposition, Marcel Bassène aurait pu rester à l’écart du conflit, se limitant à critiquer les actions du gouvernement de l’époque. Pourtant, il prit la décision de s’engager activement dans la recherche d’une solution. Très tôt, il a compris que la solution militaire n’était pas la voie à suivre et que seule une approche inclusive, impliquant des négociations avec le MFDC, permettrait de restaurer la paix en Casamance.

En 1992, Marcel Bassène a résumé sa pensée sur la question casamançaise dans un courrier adressé au Président Abdou Diouf et au professeur Assane Seck, responsable de l’Union régionale du Parti socialiste. Dans cette lettre introductive au document intitulé « Contribution du Comité de réflexion des cadres casamançais », il exposait la méthode qu’il proposait pour sortir de la crise. Il y prônait un dialogue ouvert et structuré, fondé sur la compréhension des réalités locales et le respect mutuel entre toutes les parties. Ce document est devenu une base importante pour les négociations avec le MFDC.

Sa prouesse politique a été de convaincre Abdou Diouf, alors président du Sénégal, d’entamer ce dialogue avec les chefs du MFDC, malgré la réticence initiale du gouvernement à négocier avec les rebelles. Marcel Bassène a su naviguer avec habileté entre les pressions politiques internes et les réalités complexes du terrain. Cet exploit est d’autant plus remarquable qu’il venait d’un député de l’opposition, une position qui, en général, limite l’influence directe sur les décisions de l’exécutif.

Un héritage de paix soutenu par des alliés stratégiques

Pour mener à bien cette mission délicate, Marcel Bassène a bénéficié de l’accompagnement fidèle de plusieurs amis et collègues. Des personnalités, comme Mansour Cama, El Hadj Amat Sy, et ses collègues députés Omar Lamine Badji, Moussa Diédhiou et Laye Diop Diatta l’ont soutenu dans son action. Des figures influentes comme Ibrahima Ama Diémé ont également joué un rôle essentiel dans l’accompagnement de son travail de médiation. De plus, le général Doudou Diop, alors soutien de premier plan à la présidence, a été un acteur clé dans la facilitation du dialogue entre le MFDC et l’État sénégalais. Le ministre des Forces armées, Médoune Fall, a su incarner l’autorité politique en faisant comprendre aux troupes que la volonté de dialogue était inébranlable. Maître Kaoussa Kaba Bodian, ami personnel de Marcel Bassène a été le conseiller juridique. Leur appui a permis à Marcel Bassène de renforcer son influence et de donner une portée nationale à ses initiatives en faveur du dialogue.

Le rôle de Marcel Bassène ne s’est pas limité aux débats politiques à Dakar. Son engagement allait bien au-delà des mots et des idées : il s’est personnellement rendu dans le maquis, rencontrant les chefs militaires indépendantistes dans les forêts de la Casamance, souvent au péril de sa vie. Il savait que la paix ne pouvait être obtenue qu’à travers la compréhension mutuelle, et il a consacré une bonne partie de sa vie à rapprocher les positions de l’État sénégalais et celles du MFDC. Son engagement indéfectible pour la réconciliation lui a valu le respect des deux camps.

Grâce à ses efforts, des factions du MFDC ont accepté de s’asseoir à la table des négociations, amorçant un processus qui allait progressivement réduire l’intensité du conflit. Sa méthode, basée sur la négociation, le compromis et la compréhension, a montré que même dans un climat de guerre et de méfiance, des ponts pouvaient être construits. Marcel Bassène n’a jamais cherché à imposer des solutions, mais à promouvoir un dialogue inclusif, prenant en compte les revendications des populations casamançaises tout en garantissant l’unité territoriale du Sénégal.

Le 20 mars 1991, les Accords de Toubacouta ont été conclus entre Marcel Bassène, représentant le collectif des députés de la Casamance, et le Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC). Ces accords avaient pour objectif de préparer les négociations à venir en vue d’un cessez-le-feu, qui menèrent ensuite aux Accords de Cacheu. Le 31 mai 1991, les Accords dits de Cacheu furent signés en Guinée-Bissau, marquant la première trêve officielle entre le gouvernement sénégalais et le MFDC. Négocié sous la médiation du président guinéen Nino Vieira, garant de sa mise en œuvre, cet accord fut conclu en l’absence de l’abbé Augustin Diamacoune Senghor, figure emblématique du MFDC, alors emprisonné à Dakar. C’est Sidy Badji, chef d’état-major du MFDC à l’époque, qui a signé au nom du mouvement.

À la suite de ce cessez-le-feu, Sidy Badji a quitté le maquis, tandis que l’abbé Diamacoune et ses compagnons détenus ont été libérés en signe d’apaisement. Le 30 décembre 1992, Sidy Badji a lancé un appel aux combattants du MFDC pour qu’ils déposent les armes, renforçant l’espoir d’une paix durable, malgré les tensions internes au sein du mouvement.

Avant sa mort en 2006, Marcel Bassène m’a confié, au cours d’entretiens enregistrés durant de longues heures, les motivations profondes derrière ses actions et ses stratégies pour la paix en Casamance. Il m’a expliqué ce qu’il a fait, pourquoi il l’a fait et les espoirs qu’il nourrissait pour sa région natale. Ces archives sonores, précieuses et inédites, feront bientôt l’objet d’une publication. Elles offriront un éclairage intime et unique sur la pensée et l’engagement de cet homme qui a consacré sa vie à la réconciliation. Mais aussi une clé de compréhension de cette période de l’histoire du pays.

L’impact durable de Marcel Bassène sur la réconciliation en Casamance

Marcel Bassène est décédé le 22 août 2006, mais son héritage continue de résonner dans la politique actuelle de rétablissement de la paix en Casamance. Les initiatives de retour des déplacés et de reconstruction des infrastructures locales, telles qu’elles ont été discutées lors du conseil interministériel d’octobre 2024, s’inscrivent dans la continuité de son travail. Le processus de déminage, la réinsertion socio-économique des populations et les projets de développement sont autant de fruits des fondations posées par cet homme de paix.

Aujourd’hui, alors que la Casamance semble plus proche que jamais d’une paix durable, il est essentiel de rappeler que ce chemin vers la stabilité a été largement pavé par Marcel Bassène. Ses actions, sa vision et son engagement ont contribué à créer les conditions d’un dialogue entre l’État et le MFDC, permettant d’ouvrir la voie à une réconciliation qui semblait inimaginable dans les années 1980 et 1990.

Le parcours de Marcel Bassène illustre à quel point un individu peut avoir un impact décisif sur le destin d’une nation. En tant que député de l’opposition, il a surmonté les barrières politiques pour apporter sa contribution à la résolution d’un conflit qui semblait sans issues. Son engagement, tant sur le plan politique que sur le terrain, a permis d’amorcer un dialogue qui a changé le cours de l’histoire en Casamance.

Aujourd’hui, alors que les efforts de rétablissement de la paix se poursuivent et que les populations déplacées reviennent progressivement dans leurs villages, il est crucial de reconnaître l’héritage de Marcel Bassène. Sa mémoire doit être honorée non seulement pour le rôle qu’il a joué dans la réconciliation, mais aussi pour l’exemple qu’il incarne : celui d’un homme qui a fait de la paix une mission de vie. Grâce à lui, la Casamance entrevoit enfin un avenir plus serein, et son nom restera à jamais associé à l’effort de rétablissement de la paix dans cette région autrefois déchirée par la guerre.

Dr Félix Atchadé

La nouvelle démocratie sénégalaise : plus forte que les mensonges

L’approche des élections législatives au Sénégal suscite des analyses pour le moins passionnées. Certains devins annoncent une « montée de tension politique », d’autres murmurent qu’il y a les premiers jalons d’un régime liberticide. Si l’on prenait au mot ces grands théoriciens de l’apocalypse politique, il semblerait que Dakar est à deux pas de sombrer dans le chaos. Or, la réalité est, comment dire… nettement plus paisible. Nous sommes loin, très loin, des scènes dantesques que la capitale sénégalaise a connues il n’y a pas si longtemps. Là où les chars de gendarmerie et les escouades armées faisaient partie du décor urbain quotidien, il ne reste aujourd’hui que des réminiscences, alimentées par ceux qui semblent regretter ces images fortes.

En réalité, le Sénégal est en train de montrer au monde un exemple de révolution citoyenne démocratique. Ceux qui parlent d’étouffement des libertés ne font que projeter leurs propres fantasmes. Le régime du Président Bassirou Diomaye Faye a su instaurer un climat apaisé, où la justice reprend ses droits, et où chacun peut s’exprimer dans les limites d’un État de droit renforcé. Mais bien sûr, cela ne plaît pas à tout le monde.

Des vagues ou un verre d’eau renversé?

Il est amusant de constater avec quelle facilité certains analystes ressassent cette idée d’une tension politique rampante, comme s’ils étaient nostalgiques des événements de 2021, 2022, 2023 et début 2024, lorsque la dérive dictatoriale de Macky Sall avait enflammé les rues et saturé l’agenda médiatique. Mais cette fois-ci, qu’avons-nous vraiment ? Quelques convocations à la police, un journaliste empêché de voyager, et un acteur politique qui s’agite avant même que l’épreuve des urnes ne commence. Pour un pays qui a déjà connu l’angoisse de centaines de prisonniers politiques et une répression sanglante sous l’ancien régime, cela ressemble davantage à une tempête dans un verre d’eau.

Prenons l’exemple de Madiambal Diagne, ce journaliste aux prises avec une interdiction de sortie du territoire. Une histoire dans laquelle il affirme être coincé au Sénégal faute de pouvoir rendre un passeport diplomatique qu’il n’a jamais possédé. Il raconte, bien sûr, l’histoire à moitié. Il faut regretter l’absence de communication claire des autorités policières sur le sujet, mais ce qui est amusant, c’est que Madiambal Diagne lui-même finit par reconnaître, dans une phrase alambiquée, que toute cette histoire de passeport diplomatique qu’il vend à grands coups médiatiques est du pur pipeau. Il dit, et je cite : « aucune notification écrite ne m’a été formellement faite de cette forme d’interdiction de sortie du territoire. » À bien lire, ce qui le dérange n’est pas tant l’interdiction en elle-même, mais qu’elle n’ait pas été communiquée sous une forme écrite et formelle. Donc, elle existe bien. Mais, subtilité administrative oblige, Madiambal Diagne préfère se présenter en victime d’un complot politique et d’État.

Ah, les subtilités administratives ! Pourtant, cela ne l’a pas empêché de dénoncer une « autocratie » rampante. C’est plutôt croustillant quand on sait qu’il a longtemps servi de porte-parole officieux pour Macky Sall, un président dont le bilan en matière de libertés publiques n’est pas vraiment une source de fierté : plus de 1 500 prisonniers politiques, des dizaines de morts et d’innombrables mutilés. Alors, Madiambal Diagne, autocratie, vraiment ? Mais ne nous arrêtons pas là. A-t-il oublié les années où il soutenait sans faillir des lois liberticides, justifiées par un besoin soi-disant impératif de « maintenir l’ordre public » ? Aujourd’hui, quand la roue tourne et qu’il se retrouve brièvement retenu sur le sol national, l’indignation est soudaine. Mais où était-elle lorsque des milliers de jeunes se voyaient refuser le droit de manifester, ou pire, d’exprimer leur opinion sous Macky Sall ? Ironie du sort, il semble que certains découvrent les vertus du droit à la liberté seulement quand ils en sont temporairement privés.

Monsieur Madiambal Diagne, toujours prêt à dégainer sa plume, non pas tant pour éclairer le débat public que pour servir ses petites croisades personnelles. Car il faut bien le dire, son journal semble plus souvent consacré à la défense de ses intérêts qu’à celle de la vérité journalistique. La neutralité ? Un concept dépassé pour monsieur Diagne, qui met son média au service de ses propres batailles, avec une ardeur admirable. Et comme il ne s’arrête jamais à une seule casquette, notre homme est également entrepreneur immobilier. Rien d’étonnant alors qu’il lui arrive de troquer son costume de journaliste pour celui d’homme d’affaires en difficulté, utilisant sa tribune pour défendre l’entrepreneur… qui, par un heureux hasard, n’est autre que lui-même ! Oh, ces moments délicieux où l’on voit Madiambal Diagne, avec son style d’écriture certes pas des plus alléchants, pondre de longs éditoriaux pour protéger ses propres affaires immobilières. Ah, le conflit d’intérêts ! Quand il nous tient… Mais après tout, pourquoi se priver d’un tel pouvoir quand on peut faire d’une pierre deux coups : mener ses combats personnels tout en continuant à jouer les éditorialistes en quête de justice.

Le marathon des ambitions politiques

Venons-en à Bougane Guèye Dany, magnat de la presse et candidat aux élections législatives anticipées. La situation devient particulièrement amusante avec lui, car il est un habitué des précampagnes. Ah, monsieur Bougane Guèye, ce talentueux animateur des périodes électorales, toujours prêt à tenir en haleine le microcosme politico-médiatique dakarois avec ses quêtes incessantes de parrainages. Lors des précédents scrutins, ses recherches infructueuses avaient au moins l’avantage de créer du suspense. Malheureusement pour ces législatives anticipées, il n’y a pas de parrainages. Cruel coup du sort ! Mais il faut bien exister, n’est-ce pas ?

Alors, faute de pouvoir s’affairer à cette activité familière, Bougane Guèye Dany a trouvé un autre moyen d’occuper la scène : Lives Facebook à répétition, conférences de presse, où il multiplie les déclarations injurieuses et séditieuses. Ce qu’il qualifie de « provocation » et d’« insulte à la démocratie » s’apparente davantage à une mise en scène politique. Il ferait bien de se souvenir que la présidentielle, la véritable, n’aura lieu qu’en 2029. En attendant, ses gesticulations médiatiques risquent de le fatiguer plus vite que prévu.

Et pourtant, avec toute cette énergie, ne serait-il pas plus productif de la canaliser vers l’élaboration d’un véritable projet politique ? Une stratégie bien pensée pourrait lui permettre de convaincre les Sénégalais autrement qu’en se posant en victime. Mais peut-être est-ce là trop lui demander. Après tout, réfléchir à un programme cohérent demande bien plus d’efforts que de crier au scandale à chaque occasion…

N’oublions pas non plus Cheikh Yerim Seck, ce journaliste devenu oracle du malheur, dont les prédictions sont aussi fiables que celles d’un horoscope du dimanche. À en croire ses dires, les chiffres du gouvernement sont des affabulations. Qu’importe les audits et les comptes certifiés, Cheikh Yerim Seck persiste et signe, clamant haut et fort que l’opacité règne. Pourtant, après chaque crise de dénégation, il se retrouve bien souvent dans les couloirs de la justice, obligé d’admettre que ses théories tiennent plus du fantasme que de la réalité. Mais peut-être est-ce là sa stratégie : une carrière forgée dans la répétition de prédictions erronées n’est-elle pas, après tout, une forme de succès en soi ?

Et puis, comment oublier cette sortie mémorable où monsieur Seck, avec toute la solennité du penseur en quête de répliques chocs, affirmait sans sourciller que, s’il le fallait, on pouvait bien sacrifier 90 % de la population pour que les 10 % restants puissent enfin vivre en paix. Rien que ça ! Il citait alors, à sa manière bien singulière, l’adage latin « dura lex, sed lex », comme si cette maxime justifiait un tel génocide « pour le bien commun ». Visiblement, Cheikh Yerim Seck, en bon expert de la nuance, avait compris cet adage dans un sens inédit.

Mais ce n’est pas tout. Rappelons que, quelques mois avant la présidentielle, au nom de ce qu’il considère être la « connaissance » dont il pense être l’incarnation vivante, il avait fermement déclaré qu’il était tout simplement impossible qu’un candidat remporte l’élection dès le premier tour. Ah, ce flair politique digne des plus grands ! Résultat des courses ? Bassirou Diomaye Faye a été élu au premier tour, avec une majorité éclatante. Mais ne le blâmons pas : après tout, il ne fait que perpétuer sa belle tradition d’erreurs prévisionnelles… avec une constance qui force l’admiration.

Quand le scénario de la répression s’effondre : la réalité du terrain

Finalement, tous ces personnages — journalistes, hommes politiques et autres personnalités convoquées — ont bel et bien été entendus par la justice. Si l’on prend au mot ceux qui dénoncent la situation actuelle, on se croirait en pleine dystopie orwellienne, où chaque mot prononcé est aussitôt puni de prison. Rien n’est plus faux ! Le Procureur a décidé de classer sans suite ces affaires. Il faut bien reconnaître que ces personnes convoquées ne représentent en réalité aucune menace politique sérieuse. D’ailleurs, rappelons qu’ils ne sont que quatre. Oui, quatre. Cela fait un peu léger pour une véritable rébellion, vous ne trouvez pas. Il serait même tentant, pour les plus enthousiastes, de les baptiser « la bande des quatre », en clin d’œil à la Révolution culturelle en Chine. Mais nos quatre personnalités ne méritent certainement pas un tel honneur. Aucunement comparables à leurs prédécesseurs historiques, ils ne sont que des figures médiatiques cherchant un instant de gloire éphémère.

On pourrait certes regretter la longueur des gardes à vue et les multiples retours de parquet, mais il faut reconnaître que le nouveau pouvoir a montré sa volonté d’en finir avec les errements du passé. En nommant aux ministères de la Justice et de l’Intérieur des personnalités fortes, non affiliées à PASTEF, le régime a donné un signal clair : l’attachement à l’État de droit est réel. Et que dire de l’organisation des Assises de la Justice, véritable cadre de réflexion et de réforme pour une justice plus transparente et indépendante ?

Ainsi, pour ceux qui se pressent de qualifier ce régime de liberticide, il serait peut-être bon de prendre un instant de recul, et de prendre au mot les actions réelles menées pour renforcer les institutions et garantir les libertés. La démocratie sénégalaise n’est pas en péril, bien au contraire : elle est en pleine refondation.

Pauvreté et inégalités de santé : le Sénégal à l’heure des réformes vitales

La publication de l’avant-projet de Document de stratégie de développement 2025-2029 du gouvernement du Président Bassirou Diomaye Faye marque un tournant dans l’histoire récente du Sénégal. Ce plan ambitieux cherche à combler les lacunes des politiques antérieures et à transformer en profondeur le paysage social et économique du pays. Pourtant, en matière de santé et de lutte contre la pauvreté, le défi reste colossal. Les politiques précédentes, malgré leur intention louable, ont échoué à réduire les inégalités et à garantir un accès équitable aux soins, notamment pour les plus vulnérables.

L’héritage des réformes économiques imposées par les institutions financières internationales, combiné à une mauvaise gouvernance, a conduit à un système de santé qui, loin de combler les écarts, a souvent renforcé les disparités entre riches et pauvres, entre zones urbaines et rurales. Aujourd’hui, alors que le gouvernement s’engage à mener une politique sociale plus inclusive et à renforcer la protection sociale, cet article vise à analyser les raisons profondes de l’échec des politiques antérieures et à proposer des solutions concrètes en phase avec les nouvelles priorités stratégiques.

La pauvreté : définition, concept et situation

Pour comprendre l’échec des politiques de lutte contre la pauvreté, il est crucial de saisir la véritable nature de celle-ci au Sénégal. La pauvreté n’est pas simplement l’absence de ressources économiques ; elle est un phénomène plus complexe et multifactoriel. Selon l’économiste Amartya Sen, la pauvreté doit être perçue comme une privation des « capabilités », c’est-à-dire l’incapacité des individus à mener la vie qu’ils souhaitent. Cela inclut non seulement le manque de revenus, mais aussi l’absence d’accès aux services sociaux de base tels que la santé, l’éducation, et les infrastructures.

Cette perspective est particulièrement pertinente dans le contexte sénégalais, où la pauvreté affecte principalement les populations rurales et des zones périurbaines. De même, elle touche fortement les groupes marginalisés, les femmes et les jeunes. Ces populations font face à des privations économiques, mais aussi à un accès limité à des services essentiels comme les soins de santé. Tout cela empêche non seulement de vivre dans des conditions décentes, mais entrave aussi le développement du capital humain, qui est un levier crucial pour le développement économique et social du pays.

Le tableau de la pauvreté telle que brossée par les rapports de la Banque mondiale et du Registre national unique (RNU) met en évidence une réalité persistante. Selon le rapport de la Banque mondiale intitulé « Situation économique du Sénégal en 2023 : répondre aux besoins des groupes vulnérables pour le développement national », le taux de pauvreté a atteint 36,3 % en 2022, reflétant l’impact de la hausse des prix des denrées alimentaires sur les ménages à faible revenu. Ces derniers, représentant près de 45 % de la population, sont particulièrement vulnérables aux chocs économiques. Cette pauvreté est encore plus prononcée dans les zones rurales, où vivent 80 % des ménages chroniquement pauvres.

Le rapport souligne également que 54,2 % de la population sénégalaise est à risque de basculer dans la pauvreté en cas de choc économique ou environnemental. Cela montre la fragilité de la situation. Face à cette réalité, le développement de filets de protection et de sécurité sociale apparaît comme des solutions inévitables.

Le Registre national unique (RNU), quant à lui, apporte une cartographie précise des 541 192 ménages identifiés comme étant parmi les plus pauvres du Sénégal, soit environ 29 % des ménages. Ce rapport, édité en collaboration avec la Banque mondiale, met en exergue la forte concentration de la pauvreté dans les régions les plus défavorisées, comme Kolda, Sédhiou et Kédougou, où 64 % des ménages répertoriés vivent en milieu rural. Le RNU révèle également que 85 % des chefs de ménage ne sont jamais allés à l’école, un chiffre encore plus élevé en milieu rural. Le rapport que seulement 37 % des ménages les plus pauvres ont accès à l’électricité, contre 94 % au niveau national dans les zones urbaines. Plus grave, un quart des ménages répertoriés n’a pas accès à une source d’eau potable améliorée, contre 85 % pour l’ensemble de la population. Ces inégalités, tant au niveau des infrastructures que de l’accès aux services sociaux de base, renforcent les dynamiques de pauvreté, limitant ainsi les perspectives d’amélioration des conditions de vie.

La pauvreté ne fait pas que limiter l’accès aux services de santé, elle aggrave également les conditions de vie qui exposent les individus aux maladies et réduisent leurs chances de survie. Selon les données de l’Enquête démographique et de Santé continue (EDS-C) 2023, les ménages ruraux, en particulier, souffrent d’un accès limité aux services de base, aggravant ainsi leur vulnérabilité sanitaire. Par exemple, seulement 53,9 % des ménages en milieu rural bénéficient de services d’assainissement adéquats, contre 73,3 % en milieu urbain. Cette inégalité dans l’accès à des conditions de vie décentes se traduit par des taux plus élevés de maladies liées à l’eau et à l’assainissement, ainsi qu’une exposition accrue à des risques sanitaires.

Ces disparités sont visibles dans les taux de mortalité infantile et maternelle. En milieu rural, le taux de mortalité infanto-juvénile est de 45 pour 1000 naissances vivantes, contre 34 pour 1000 en milieu urbain. Cette inégalité est alarmante et démontre que la pauvreté n’affecte pas seulement la qualité de vie quotidienne, mais aussi la survie même des individus les plus vulnérables, en particulier les enfants et les femmes.

L’influence des institutions internationales et la gestion arbitraire des ressources

Les réformes économiques imposées au Sénégal par les institutions financières internationales, notamment le FMI et la Banque mondiale, ont entraîné des répercussions profondes sur la gestion des services publics, y compris la santé. Dans les années 1980, le Sénégal a été contraint d’adopter des programmes d’ajustement structurel, dont l’objectif principal était de réduire les dépenses publiques. Si ces réformes ont pu stabiliser temporairement l’économie, elles ont eu des effets désastreux sur les systèmes de santé et de protection sociale.

L’introduction de l’Initiative de Bamako, qui visait à décentraliser et à rendre les services de santé plus accessibles en introduisant des frais pour les usagers, a entraîné à certains égards des conséquences contre-productives. En effet, au lieu d’améliorer l’accès aux soins, cette initiative a renforcé les inégalités. Les populations les plus pauvres, incapables de payer pour les services de santé, ont été exclues du système, tandis que les élites urbaines bénéficiaient de services de meilleure qualité.

Au-delà des réformes imposées de l’extérieur, le Sénégal a souffert d’une mauvaise gestion interne des ressources destinées à la santé. Dans de nombreux cas, l’accès aux services de santé, notamment pour les plus démunis, était décidé sur la base de critères arbitraires et non transparents. Par exemple, dans certains centres de santé, l’accès gratuit aux soins pour les « indigents » dépendait de la « bonne volonté » du personnel soignant, sans critères clairs pour identifier les bénéficiaires.

Cette gestion inefficace s’est aussi manifestée dans la distribution inégale des ressources entre les zones rurales et urbaines. Alors que Dakar et les grandes villes bénéficiaient d’une majorité des ressources publiques, les régions rurales, où se concentrent les populations les plus vulnérables, étaient souvent négligées. Le manque de transparence dans la gestion des fonds publics et l’absence de mécanismes de suivi efficaces ont exacerbé ces disparités.

Les inégalités sociales et régionales dans l’accès aux soins

Les disparités entre les zones rurales et urbaines sont l’un des principaux obstacles à l’équité en matière de santé au Sénégal. L’Enquête démographique et de Santé continue (EDS-C) de 2023 montre des écarts significatifs dans l’accès aux soins prénatals entre les femmes vivant en milieu rural et celles en milieu urbain. Dans les zones urbaines, 93,5 % des femmes enceintes reçoivent des soins prénatals, contre un pourcentage beaucoup plus faible dans les régions rurales. Les enfants issus des ménages du quintile de bien-être économique le plus bas sont plus susceptibles de souffrir de malnutrition et de retard de croissance.

Ces inégalités ne se limitent pas à l’accès aux soins prénatals. Les infrastructures de santé dans les zones rurales sont souvent sous-équipées et sous-financées, et le personnel médical y est en nombre insuffisant. Le résultat est un taux de mortalité plus élevé dans les zones rurales. Également, une qualité des soins inférieure à celle offerte dans les grandes villes. Les politiques de décentralisation, bien que conçues pour rapprocher les services de santé des populations, n’ont pas les dotations en ressources financières et humaines nécessaires pour les rendre efficaces.

Le niveau d’éducation joue un rôle crucial dans l’accès aux soins de santé et dans la réduction des inégalités sociales de santé au Sénégal. En effet, un niveau d’instruction plus élevé est directement corrélé à une meilleure capacité d’accès aux services de santé. Les personnes ayant atteint le niveau secondaire ou plus sont mieux informées et donc mieux équipées pour comprendre et utiliser les services de santé disponibles. Cela contraste fortement avec les personnes sans éducation, qui se heurtent à de plus grandes difficultés pour accéder à ces services, notamment en milieu rural.

Les femmes sont particulièrement touchées par ces disparités. Celles qui n’ont pas eu accès à l’instruction, ou dont le niveau d’instruction est faible, rencontrent plus d’obstacles pour obtenir des soins prénatals et postnatals. Selon les données de l’EDS-C 2023, le taux d’alphabétisation est nettement plus bas parmi les ménages les plus pauvres, ce qui crée un cercle vicieux où le manque d’éducation entrave non seulement l’accès aux soins, mais aussi l’adoption de comportements de santé préventifs. Ce phénomène aggrave encore les inégalités sociales et économiques.

Par ailleurs, l’éducation a un impact direct sur la santé des enfants. Les mères avec un niveau d’instruction faible ou inexistant sont plus susceptibles de voir leurs enfants souffrir de malnutrition, de retard de croissance, ou d’autres problèmes de santé. Les taux de mortalité infantile sont ainsi plus élevés chez les enfants dont les mères ont un faible niveau d’éducation. En revanche, les mères instruites sont plus à même de prendre des décisions éclairées concernant la santé de leurs enfants, améliorant ainsi leurs chances de survie.

Ces inégalités démontrent que l’éducation est un levier fondamental pour améliorer l’accès équitable aux soins et réduire les disparités en matière de santé. Pour que les politiques de santé publique atteignent leur plein potentiel, il est donc essentiel de renforcer l’accès à l’éducation, notamment pour les femmes et les populations rurales, et de lier davantage les politiques éducatives aux réformes sanitaires.

La mauvaise gouvernance et la corruption

La mauvaise gestion des ressources publiques et la corruption ont joué un rôle clé dans l’échec des politiques de santé au Sénégal. Bien que des sommes considérables aient été allouées au secteur de la santé à travers divers programmes de financement, une partie importante de ces fonds a été mal gérée, voire détournée. La corruption endémique dans la gestion des hôpitaux et des centres de santé a également contribué à affaiblir.

Les hôpitaux publics sénégalais sont confrontés à une série de dysfonctionnements qui aggravent les inégalités de santé, notamment pour les populations les plus vulnérables. Le scandale de la mort d’Astou Sokhna en 2022 à l’Hôpital Régional de Louga a révélé au grand jour les insuffisances criantes du système[1]. Cette patiente enceinte est décédée faute de prise en charge immédiate, ce qui a provoqué une vague d’indignation à travers le pays. Cet incident montre de manière tragique la négligence médicale et l’absence de soins d’urgence adéquats dans les établissements publics.

Le manque de moyens dans les hôpitaux est flagrant. Les patients sont souvent contraints d’apporter eux-mêmes certains équipements de base ou de payer à l’avance pour être pris en charge. Les réformes hospitalières des années 1990, visant à rendre les hôpitaux autonomes et rentables, ont en réalité accentué la déshumanisation des soins. Les urgences, où les patients sont censés être pris en charge sans délai, deviennent des lieux où l’argent détermine la rapidité et la qualité des soins, ce qui accentue les inégalités.

Le système est également gangrené par la corruption et le clientélisme. De nombreux professionnels de santé, confrontés à des salaires bas et à des conditions précaires, se livrent à des pratiques illégales telles que le travail parallèle ou le « racket ». Les stagiaires peuvent être maintenus dans des situations de précarité sans rémunérations pendant des années, ce qui affecte leur motivation et, par ricochet, la qualité des soins.

Ce contexte a créé une méfiance croissante envers le système hospitalier public. Le procès des sages-femmes de Louga a mis en évidence le besoin urgent d’une refonte du système de santé, avec un financement accru et une réorganisation des priorités. Plutôt que de se concentrer sur la rentabilité, l’hôpital public devrait être recentré sur sa mission première : offrir des soins accessibles, de qualité, et équitables à l’ensemble de la population.

Propositions de solutions pour les nouvelles autorités

Pour corriger les erreurs du passé et améliorer durablement l’équité dans le système de santé sénégalais, plusieurs réformes pourraient être envisagées par le nouveau gouvernement. Il serait bénéfique d’adopter une approche globale et intégrée de la lutte contre la pauvreté, en la reliant directement à la question de l’équité en matière de santé. L’élargissement des programmes de protection sociale permettrait de garantir aux populations les plus vulnérables un accès gratuit aux services de santé. L’investissement dans les infrastructures de santé, particulièrement dans les zones rurales, constituerait également un levier essentiel pour combler les disparités. Un système de couverture sanitaire universelle, financé par des contributions progressives en fonction des revenus, pourrait remplacer l’approche actuelle basée sur la participation financière directe des usagers. Ce modèle favoriserait un accès plus équitable aux soins de santé, notamment pour les plus démunis, tout en assurant la durabilité financière du système.

Le renforcement de la transparence dans la gestion des ressources publiques constitue un axe central des réformes. L’introduction de mécanismes de suivi et d’évaluation rigoureux, couplée à des audits réguliers, garantirait une meilleure utilisation des fonds publics destinés à la santé. Par ailleurs, il serait pertinent de veiller à ce que les nominations dans le secteur de la santé se fondent principalement sur la compétence professionnelle, afin d’assurer une gestion efficace des infrastructures de santé[2]. Une réorientation des investissements publics vers les régions rurales, par la construction de nouvelles infrastructures et la réhabilitation des centres de santé existants, pourrait aider à combler le fossé entre les régions. Parallèlement, des programmes de formation, assortis d’incitations pour attirer et maintenir les professionnels de santé dans les zones défavorisées, contribueraient à améliorer la qualité des soins. Des campagnes de sensibilisation accrues sur la prévention des maladies transmissibles et non transmissibles pourraient aider à réduire les risques sanitaires. De même, une attention particulière à la santé reproductive.

Les échecs répétés des politiques de lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales de santé au Sénégal ne sont pas le fruit d’un hasard, mais bien d’un enchevêtrement de facteurs structurels, politiques et économiques. L’influence des réformes néolibérales imposées par les institutions internationales, la mauvaise gestion des ressources publiques, l’arbitraire dans l’accès aux services de santé et les inégalités régionales ont conduit à un système de santé qui renforce les inégalités au lieu de les réduire.

Cependant, la publication du document de stratégie de développement 2025-2029 par le nouveau gouvernement dirigé par Ousmane Sonko offre une occasion unique de rectifier ces erreurs. Les propositions de solutions qui ont été avancées — telles que la mise en place d’un système de couverture sanitaire universelle, l’amélioration de la gouvernance, et l’investissement dans les infrastructures rurales — constituent des pistes concrètes pour atteindre une véritable équité en matière de santé.

Le Sénégal se trouve aujourd’hui à un tournant décisif. La construction d’un système de santé plus inclusif et équitable est non seulement une nécessité sociale, mais également un impératif pour le développement du capital humain et la croissance économique durable du pays. Il est désormais temps de transformer les promesses politiques en actions concrètes, de bâtir un avenir où chaque citoyen, quel que soit son lieu de résidence ou son niveau de revenu, peut jouir de son droit fondamental à la santé.

Pour aller plus loin

1. Gouvernement du Sénégal. (2024). Vision Sénégal 2050 — Stratégie nationale de Développement 2025-2029. Dakar : ministère de l’Économie, du Plan et de la Coopération

2. Banque mondiale. (2023). Situation économique du Sénégal en 2023 : Répondre aux besoins des groupes vulnérables pour le développement national.

3. Banque mondiale et Direction du Registre National Unique (RNU) de la Délégation Générale à la Protection Sociale et à la Solidarité Nationale (DGPSN). (2023). Profils des ménages les plus pauvres du Sénégal répertoriés dans le Registre national unique (RNU).

4.  Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie du Sénégal Enquête démographique et de Santé continue (EDS-C) 2023.

5. Registre national unique (RNU), République du Sénégal. Données sur la pauvreté et l’accès aux services essentiels au Sénégal.


[1]  Félix Atchadé Sénégal : le procès raté de l’hôpital. Consulté à l’adresse : https://cahiersdesante.fr/editions/senegal-le-proces-rate-de-lhopital/.

[2]  Mohamed Lamine Ly Sénégal : démocratiser la gestion des ressources humaines en santé. Consulté à l’adresse : https://cahiersdesante.fr/editions/50-septembre-2024/senegal-democratiser-la-gestion-des-ressources-humaines-en-sante/.

Réinventer l’État sénégalais : Ousmane Sonko, la pensée politique en action

En août 2023, peu après l’emprisonnement d’Ousmane Sonko, j’ai eu un entretien avec un journaliste de Jacobin, un magazine américain de gauche radicale, pour un article qu’il préparait sur la situation au Sénégal. J’avais alors expliqué que deux éléments majeurs étaient à l’origine de la répression brutale orchestrée par le régime de Macky Sall et la classe dominante sénégalaise contre l’ancien maire Ziguinchor et président de PASTEF. D’une part, il plaide pour la souveraineté monétaire, une position qui contrarie profondément la bourgeoisie compradore. Ces élites locales profitent des liens du franc CFA à l’euro, qui leur garantissent des avantages économiques au détriment du développement des nations africaines utilisant cette monnaie. D’autre part, j’avais ajouté que l’opposant d’alors, désormais Premier ministre, prend au sérieux la critique néo-institutionnelle des institutions financières internationales à l’égard des pays africains. Il s’en saisit et la remodèle dans une perspective souverainiste et panafricaine, dénonçant la mauvaise gouvernance non comme une simple déficience technique, mais comme un problème structurel enraciné dans des institutions asservies à des intérêts étrangers.

À l’époque, j’avais également mentionné, bien que cela n’ait pas été repris dans l’article, que le Premier ministre représentait à mes yeux une pensée politique, encore difficile à catégoriser. Son pragmatisme, visible dans ses alliances électorales de 2022, ainsi que son éclectisme, que je perçois autant comme une disposition psychologique que comme une philosophie politique, témoignaient de mon interrogation. Cependant, avec le temps, en particulier depuis l’hivernage de 2023, j’ai pu affiner ma compréhension de cette pensée. Et hier, jeudi 26 septembre 2024, lors de son point de presse où il exposait l’état des lieux des finances publiques, j’ai fait un bond significatif dans cette compréhension.

Ce jour-là, Ousmane Sonko a encore prouvé sa volonté de faire face à une gouvernance qu’il considère comme défaillante. En choisissant cette date, Il a également ravivé le souvenir douloureux du naufrage du Joola, survenu le 26 septembre 2002, qui a marqué l’une des pires catastrophes maritimes de l’histoire mondiale. Ce drame, causé par des défaillances institutionnelles et une négligence grave des normes de sécurité, a laissé une empreinte indélébile sur la mémoire collective du Sénégal, symbolisant les conséquences tragiques d’une gouvernance irresponsable.

À l’image du naufrage, dont la principale cause était l’irresponsabilité institutionnelle, il a dressé un état des lieux catastrophique des finances publiques léguées par le régime de Macky Sall. Il a révélé au grand jour la profondeur de la crise économique et financière à laquelle le Sénégal est confronté, tout en étant conscient des risques politiques inhérents à une telle transparence. Son objectif : établir un « point zéro » pour enclencher la révolution institutionnelle qu’il appelle de ses vœux, tout comme il exige que les institutions du pays soient repensées en faveur de la souveraineté populaire.

Un néo-institutionnaliste souverainiste 

Le Premier ministre se distingue par sa capacité à dépasser la simple rhétorique politique. Certes, la lutte contre la mauvaise gouvernance et la corruption est un discours que tous les politiciens africains répètent à l’envi. Mais il se différencie par sa manière ferme et déterminée de le dire, et surtout, de le conceptualiser. Son approche ne se limite pas à une critique technique des dérives institutionnelles ; il s’agit d’une vision de refondation qui met en lumière les relations de pouvoir et de dépendance qui maintiennent l’Afrique dans un cycle perpétuel de sous-développement.

En livrant un état des lieux aussi sombre, le Premier ministre a révélé que la situation financière du pays n’était pas simplement le résultat d’une mauvaise gestion, mais d’une structure institutionnelle façonnée pour servir des intérêts particuliers nationaux et des puissances étrangères. Son projet de transparence, bien que risquée sur le plan politique, vis-à-vis des marchés, des partenaires bilatéraux et multilatéraux illustre sa volonté d’établir une nouvelle ère de gouvernance fondée sur la vérité et la justice sociale.

Il incarne véritablement un néo-institutionnaliste souverainiste, mais pas n’importe lequel. Parmi les différents courants du néo-institutionnalisme, il se situe au croisement de l’approche historique et sociologique. Le Premier ministre ne se contente pas de voir les institutions comme des cadres fixes, mais les appréhende dans leur dimension historique, ancrée dans des rapports de pouvoir asymétriques qui remontent à la colonisation et à l’héritage postcolonial. En ce sens, il s’attaque à ce que Douglass North appelait la « dépendance au sentier », c’est-à-dire la tendance des pays à rester prisonniers des choix institutionnels passés. Il ne veut pas simplement réformer le cadre néocolonial, mais le déconstruire pour proposer une alternative panafricaine véritablement indépendante.

La méfiance marxiste et l’apport de Gramsci 

En tant que marxiste, j’ai longtemps nourri une méfiance à l’égard du néo-institutionnalisme, que je percevais comme une théorie insuffisamment critique des structures économiques de domination. En effet, le néo-institutionnalisme, en mettant l’accent sur les structures formelles et les normes, peut sembler négliger les dynamiques économiques profondes qui façonnent les inégalités. Pour un marxiste, les institutions ne sont que des superstructures qui reflètent les intérêts des classes dominantes, et il paraît donc difficile de penser que des réformes institutionnelles à elles seules transforment une société.

Mais, en y regardant de plus près, et surtout en me référant à la pensée d’Antonio Gramsci, j’ai vu dans l’approche d’Ousmane Sonko une profondeur et une radicalité qui répondent à mes doutes initiaux. Gramsci a théorisé l’hégémonie culturelle, c’est-à-dire la manière dont les institutions ne sont pas de simples outils de répression, mais aussi des lieux où se joue la lutte pour le consentement et la légitimité. Par sa volonté de vérité et de transparence, le Premier ministre rompt avec l’hégémonie des élites et engage une bataille idéologique essentielle. Son dévoilement des réalités financières du Sénégal — notamment la question de la dette et des finances publiques — est un acte subversif en soi, un point de départ pour amorcer une véritable révolution institutionnelle. En mettant à nu la vérité économique et sociale du Sénégal, il marque le début d’un changement profond des règles du jeu.

Ousmane Sonko a saisi cette dimension idéologique du pouvoir, et c’est ce qui le distingue d’autres réformateurs africains. Il ne se contente pas de critiquer les institutions ; il propose une refonte complète qui repose sur la souveraineté populaire et la transparence. À la lumière de Gramsci, cette approche fait sens : elle n’est pas simplement technocratique, elle est profondément politique, car elle remet en question les fondements mêmes de l’ordre établi.

Néo-institutionnalisme et développement

Le néo-institutionnalisme, dans son courant historique, aide à comprendre comment les trajectoires passées déterminent les possibilités de développement d’un pays. Pour le Premier ministre, les institutions sénégalaises actuelles sont l’héritage d’un système néocolonial et ultralibéral qui limite la souveraineté nationale et entrave le développement autonome. Il s’agit donc de rompre avec cette continuité historique en redéfinissant les institutions de manière à répondre aux besoins du peuple.

La critique des institutions financières internationales que fait M. Sonko s’inscrit dans ce cadre. En se l’appropriant et en la remodelant dans une perspective panafricaine, il ne se contente pas de pointer du doigt des défauts techniques de gestion ou de gouvernance. Il pose une question plus fondamentale : comment les institutions peuvent-elles être réinventées pour soutenir un développement véritablement inclusif et souverain ? Cela implique une rupture avec les logiques imposées de l’extérieur, et une réorientation des politiques publiques vers l’émancipation du peuple sénégalais.

Dans ce cadre, le développement n’est pas une simple question de croissance économique, mais de justice sociale. Le Premier ministre souhaite que les institutions deviennent des outils de redistribution, non seulement des richesses matérielles, mais aussi des opportunités. Ce sont des institutions capables de garantir que chaque citoyen ait accès aux ressources nécessaires pour mener une vie digne, et non des structures qui maintiennent une élite en position de force tout en perpétuant les inégalités.

La justice comme horizon de la souveraineté

Dans ce combat pour la refondation institutionnelle, la question de la justice sociale est primordiale. Il ne s’agit pas simplement d’appliquer la loi, mais de redéfinir ce que signifie la justice dans une société inégalitaire et postcoloniale comme le Sénégal. L’actuel pouvoir parle de justice, ce qui est en soi une bonne chose. Mais quelle idée de la justice sous-tend cette démarche ? La justice pour le Premier ministre, telle que je la comprends, doit être envisagée à travers le prisme de l’égalité, mais pas seulement l’égalité formelle devant la loi. Il s’agit ici de l’égalité des chances, un concept que l’économiste Amartya Sen a largement développé.

Amartya Sen nous enseigne que l’égalité doit être pensée non seulement en matière de droits formels, mais aussi d’opportunités réelles. Dans un pays où la religion joue un rôle prépondérant et où la providence divine est souvent invoquée pour justifier la chance ou le destin, il est crucial de rappeler que l’égalité de chances ne se résume pas à une bienveillance divine. L’égalité des chances, dans le cadre que propose le Premier ministre, signifie offrir à chaque citoyen les conditions matérielles et sociales nécessaires pour mener une vie digne. Cela inclut l’accès à une éducation de qualité, à des soins de santé décents, à des conditions de logement décentes, et à une participation active à la vie politique et sociale du pays.

Le combat d’Ousmane Sonko dépasse la simple question de la lutte contre la corruption ou la mauvaise gouvernance. Il vise une révolution institutionnelle qui touche à la souveraineté nationale et à l’émancipation des Sénégalais. En tant que marxiste, je soutiens cette démarche parce qu’elle rompt avec la soumission historique aux logiques capitalistes et néocoloniales. Ousmane Sonko, en tant que je pense être un néo-institutionnaliste souverainiste, ouvre une voie vers un développement réellement inclusif et une justice sociale véritable, où l’égalité des chances ne sera plus un slogan, mais une réalité tangible pour chaque citoyen. Dans ce sens, son combat est aussi le nôtre, celui d’une gauche africaine qui veut reprendre en main son destin, loin des tutelles et des dépendances externes.

Bibliographie

Bayart, Jean-François.  L’État en Afrique : La politique du ventre. Fayard, 1989.

North, Douglass Institutions, Institutional Change, and Economic Performance. Cambridge University Press, 1990.

Gramsci, Antonio. Cahiers de prison. Gallimard, 2012.

Sen, Amartya. Development as Freedom. Oxford University Press, 1999.

Fanon, Frantz. Les Damnés de la Terre. La Découverte, 1961.

Mamdani, Mahmood. Citizen and Subject: Contemporary Africa and the Legacy of Late Colonialism. Princeton University Press, 1996.

Amin, Samir. L’Éveil du Sud : Un projet pour le XXIe siècle. Le Temps des cerises, 2008.

Mbembe, Achille. Sortir de la grande nuit : Essai sur l’Afrique décolonisée. La Découverte, 2010.

Le projet souverainiste sénégalais : pourquoi Monsieur Rufin se trompe

Dans son article intitulé « Le Sénégal dans l’œil du cyclone », publié en page 17 du Parisien dimanche le 22 septembre 2024, Jean-Christophe Rufin, médecin, écrivain lauréat du prix Goncourt et membre de l’Académie française, brosse un portrait alarmiste de la situation politique actuelle au Sénégal. Il déplore notamment la dissolution de l’Assemblée nationale par le nouveau président sénégalais Bassirou Diomaye Faye et dépeint son Premier ministre Ousmane Sonko, comme un « populiste… maniant une violente rhétorique antifrançaise » dangereux, suscitant des inquiétudes à Paris. Monsieur Rufin établit un parallèle avec les récentes crises politiques au Sahel, suggérant que le Sénégal, autrefois stable, pourrait suivre le même chemin que le Burkina Faso, le Niger ou le Mali. Au centre de ses préoccupations, il y a la montée du sentiment anti-français et la volonté de Monsieur Sonko de redéfinir les relations entre le Sénégal et la France.

Dissolution de l’Assemblée : une décision démocratique incomprise

Cependant, il est étonnant qu’une simple mesure démocratique telle que la dissolution de l’Assemblée nationale, visant à aligner les institutions sur une nouvelle donne politique après l’élection de Bassirou Diomaye Faye à la présidence, soit perçue comme un geste déstabilisant. Cette décision, loin de mettre en danger la démocratie sénégalaise, s’inscrit dans un processus classique de restructuration institutionnelle après un changement de président. Il s’agit d’une mesure destinée à réorganiser la représentation parlementaire pour mieux refléter la volonté populaire exprimée lors de la dernière élection présidentielle. Plutôt que de voir dans cette action une menace, il serait plus judicieux d’y percevoir une manifestation de la vitalité démocratique du Sénégal.

Le terme « populisme », utilisé par Jean-Christophe Rufin pour décrire Ousmane Sonko, est un cliché qui sert souvent à discréditer les figures politiques progressistes ou radicales, particulièrement lorsqu’elles remettent en cause l’ordre établi. Qu’est-ce que le populisme, si ce n’est répondre aux aspirations du peuple, lutter pour la souveraineté nationale et proposer une alternative aux élites traditionnelles ? Si le Premier ministre Ousmane Sonko est qualifié de populiste, c’est sans doute parce qu’il incarne un projet politique profondément ancré dans la volonté populaire. Cette tentative de disqualification reflète une peur profonde des changements profonds que prône le nouveau pouvoir, notamment la fin des liens néocoloniaux avec la France.

Monsieur Rufin semble également oublier que ce que le peuple sénégalais a exprimé dans les urnes est une volonté claire de rupture avec l’ordre ancien. L’élection du Président Bassirou Diomaye Faye et la nomination d’Ousmane Sonko comme Premier ministre ne sont pas des accidents de parcours, mais le résultat d’une révolution démocratique et citoyenne. Ce projet souverainiste, largement soutenu par la jeunesse et les classes populaires, vise à libérer le Sénégal des influences étrangères, notamment celles de la France, et à affirmer une autonomie politique, économique et monétaire. Le souverainisme prôné au Sénégal n’est ni un repli sur soi ni une soumission à une autre puissance, comme le laissent entendre certains critiques, mais une volonté de réappropriation des moyens de développement du pays.

Le projet souverainiste : un choix populaire, pas du populisme

Dans une intervention publique en mai 2024, Ousmane Sonko, lors d’une conférence avec Jean-Luc Mélenchon à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, a précisé les contours de son projet souverainiste. Il s’agit d’un projet économique, civique, panafricaniste et anti-impérialiste, visant à transformer les structures étatiques pour répondre aux aspirations populaires. La dissolution de l’Assemblée nationale s’inscrit dans cette dynamique de refonte institutionnelle. Elle permet d’aligner le cadre législatif sur la nouvelle donne politique, et d’offrir aux Sénégalais l’opportunité d’élire des représentants en phase avec ce projet de rupture. Il n’y a rien d’extraordinaire dans ce processus ; il est au contraire le signe d’une démocratie en mouvement, capable de se réformer pour mieux servir les intérêts de la majorité.

Il est également important de souligner que ce que nous appelons ici au Sénégal « le Projet » est profondément panafricaniste. Contrairement à une vision étroite du nationalisme, le souverainisme porté par PASTEF et Ousmane Sonko est inclusif, mettant en avant une coopération avec d’autres nations africaines, tout en rejetant le modèle néolibéral qui privilégie les intérêts des multinationales au détriment des pays en développement. C’est pour cela qu’est dénoncé l’utilisation du franc CFA, un outil de domination néocoloniale. Cette critique n’est pas nouvelle, et elle résonne avec les aspirations de nombreux pays africains qui cherchent à se libérer du joug économique imposé par leur ancienne puissance coloniale.

Ce qu’il y a d’inquiétant dans l’analyse de M. Rufin, c’est cette incapacité à reconnaître que les aspirations souverainistes du Sénégal ne sont pas une menace pour la stabilité régionale ou pour les relations avec la France, mais bien l’expression d’un désir légitime de contrôle sur ses propres affaires. Les craintes exprimées à Paris révèlent une vision anachronique des relations internationales, où les anciennes puissances coloniales se considèrent encore comme les gardiennes de la stabilité politique de leurs anciennes colonies. Cette mentalité, qui sous-tend l’argumentaire de Rufin, est non seulement déplacée, mais elle fait fi des réalités actuelles. Le Sénégal, en votant massivement pour Bassirou Diomaye Faye et en soutenant Ousmane Sonko, a exprimé une volonté de rupture claire avec un passé marqué par la dépendance vis-à-vis de la France.

Une vision dépassée des relations franco-sénégalaises

L’article de Jean-Christophe Rufin s’apparente à une tentative de disqualification d’un projet politique qui, à l’inverse, vise à redonner dignité et autonomie au Sénégal. S’il est compréhensible que des changements aussi radicaux puissent provoquer des inquiétudes dans certains cercles, il est inacceptable de les interpréter à travers le prisme d’une supériorité morale ou politique supposée de la France sur le Sénégal. Les Sénégalais ont fait un choix souverainiste et panafricaniste, et ce choix doit être respecté. Les propos de M. Rufin, bien qu’enrobés dans une rhétorique alarmiste, reflètent en réalité une incompréhension totale du projet porté par Sonko et le peuple sénégalais.

En définitive, ce que cet article révèle, c’est cette persistance d’une mentalité coloniale dans certains esprits, qui voient dans l’émancipation politique des pays africains une menace pour l’ordre établi. Monsieur Rufin, pourtant ancien ambassadeur de France à Dakar, semble ne pas avoir compris que les temps ont changé. Le Sénégal, comme tant d’autres nations africaines, ne veut plus être guidé par une autre puissance. Il veut tracer sa propre voie, en toute autonomie. Ignorer cette réalité, c’est non seulement méconnaître le projet politique en cours au Sénégal, mais aussi se placer du mauvais côté de l’Histoire.

Réponse à l’ancien Ministre Abdou Latif Coulibaly : Quand la « Falsification » Se Retourne Contre Son Auteur

Monsieur le Ministre,

Dans votre article intitulé « La falsification politicienne du rapport du FMI », vous réécrivez l’histoire pour tenter de défendre un bilan économique indéfendable : celui de Macky Sall. Vous parlez de « falsification », mais la vraie falsification réside dans votre lecture biaisée des faits et des chiffres.

Il est essentiel de commencer par rétablir une vérité simple : il n’y a pas de rapport du FMI à ce stade. Ce que vous évoquez n’est qu’un communiqué de presse publié le 12 septembre 2024. Votre tentative de légitimer votre analyse en s’appuyant sur un rapport inexistant est une manipulation flagrante des faits, visant à masquer l’échec de la gouvernance passée.

Une Économie Fragilisée par Macky Sall

Le FMI est clair : le ralentissement de l’activité économique du Sénégal au cours du premier semestre 2024 est une réalité indéniable. La croissance du PIB a chuté à 2,3 % au premier trimestre, conséquence directe des erreurs accumulées sous Macky Sall. Ce déclin n’est pas le résultat des actions du gouvernement actuel, comme vous l’affirmez de manière erronée, mais bien l’aboutissement de plusieurs années de gestion désastreuse.

Sous Macky Sall, les priorités étaient claires : se maintenir au pouvoir, en sacrifiant l’avenir économique du pays. Les subventions énergétiques massives non ciblées, les projets d’infrastructures coûteux et inefficaces, ainsi que la mauvaise gestion des ressources publiques ont affaibli l’économie. Ignorer cette réalité, c’est refuser de voir l’évidence. Macky Sall a laissé le Sénégal avec une économie surendettée, dépendante de financements extérieurs et incapable de répondre aux besoins fondamentaux de ses citoyens.

Une Dette Publique Hors de Contrôle

Les chiffres ne mentent pas. Sous Macky Sall, la dette publique du Sénégal est passée de 20,9 % du PIB en 2006 à 63,7 % en 2019. À son départ du pouvoir elle dépassait les 70%. Cette augmentation vertigineuse n’a pas été utilisée pour financer des projets productifs ou durables, mais pour des dépenses de prestige et des emprunts à des taux d’intérêt élevés sur les marchés internationaux. Le recours aux euro-obligations, loin d’être une stratégie de développement, a exposé le Sénégal à des risques économiques énormes. Ces emprunts, contractés à des taux élevés, ont alourdi le fardeau de la dette, creusé le déficit budgétaire et plongé le pays dans une spirale d’endettement incontrôlé.

Aujourd’hui, le FMI estime que le déficit budgétaire atteindra 7,5 % du PIB en 2024, bien loin des 3,9 % initialement prévus. Cette dérive budgétaire est le résultat direct de la mauvaise gestion des finances publiques sous Macky Sall, et non des actions du gouvernement actuel, qui fait face à l’urgence de redresser une économie exsangue.

Le Souverainisme Économique : La Voie de la Rupture

Contrairement à ce que vous insinuez, le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye et d’Ousmane Sonko ne se contente pas de critiquer le passé. Il offre une véritable rupture avec les pratiques irresponsables de l’ancien régime. Notre souveraineté économique est une réponse aux échecs du passé, et elle repose sur des réformes structurelles profondes et sur une vision de long terme pour le développement du Sénégal.

Il ne s’agit plus de dépendre des institutions internationales ou des marchés financiers pour garantir notre survie économique. Le gouvernement met en place des politiques qui visent à transformer structurellement notre économie, à promouvoir le capital humain, et à offrir à chaque Sénégalais un accès amélioré à l’éducation, à la santé et à des**emplois décents.

Le programme est ambitieux, mais réaliste : réduire à sa portion congrue à défaut d’éradiquer la pauvreté, améliorer les conditions de vie, tant en milieu urbain qu’en milieu rural, et garantir la sécurisation du parcours de vie de chaque citoyen. Là où Macky Sall n’a vu que des projets de prestige, nous voyons l’opportunité de construire une économie résiliente, centrée sur l’humain et la durabilité.

Macky Sall : Un Bilan Économique Désastreux

Vous affirmez que le FMI a soutenu que « tous les voyants économiques étaient au vert en juin 2024 ». C’est une distorsion flagrante des faits. En réalité, le FMI a souligné les nombreux défis auxquels le Sénégal est confronté, notamment la faiblesse des recettes et l’augmentation continue des dépenses. Sous Macky Sall, l’économie s’est enfoncée dans une spirale de dépenses incontrôlées et d’endettement à court terme.

Les faits sont clairs : la gouvernance de Macky Sall a laissé le Sénégal dans une situation de dépendance excessive aux emprunts internationaux, avec un déficit budgétaire qui pèse lourdement sur les finances publiques. Les subventions énergétiques, loin d’être une solution, ont aggravé la crise économique en privant le pays de marges de manœuvre budgétaires. Les emprunts commerciaux à court terme, loin de stimuler l’économie, ont alourdi le fardeau de la dette.

Le Nouveau Gouvernement : La Solution à la Crise

Le Sénégal ne pouvait pas continuer sur cette voie. Nous avons hérité d’une situation catastrophique, mais nous avons aussi une vision claire pour l’avenir. Notre gouvernement souverainiste s’engage dans une transformation structurelle de l’économie, avec pour objectif de libérer le potentiel du pays et de renforcer son indépendance économique.

Nous mettons en avant le capital humain, car c’est la clé de notre réussite future. C’est pourquoi des réformes profondes vont être entreprises dans les secteurs de la santé et de l’éducation, deux domaines négligés par le précédent gouvernement. Les efforts seront concentrés dans infrastructures dans les zones rurales comme urbaines. Ce n’est pas une question de promesses, c’est une vision. L’émergence visée est bien plus qu’un simple slogan : c’est une transformation réelle et palpable de l’économie et de la société sénégalaise.

Monsieur le Ministre, il est temps de reconnaître les faits. Le bilan de Macky Sall est indéfendable. Il a laissé le Sénégal exsangue, avec une économie affaiblie par des années de mauvaise gestion et de dérives budgétaires. Votre tentative de détourner l’attention en pointant du doigt le gouvernement actuel ne trompe personne.

Le Sénégal est aujourd’hui engagé sur une nouvelle voie, celle de la souveraineté économique, du développement inclusif et de la justice sociale. Sous la présidence de Bassirou Diomaye Faye et avec Ousmane Sonko comme Premier ministre, nous bâtissons un Sénégal résilient, où chaque citoyen pourra bénéficier des fruits du progrès économique. Ce n’est pas le passé que nous glorifions, mais l’avenir que nous construisons.

Avec tout le respect qui vous est dû, Monsieur le Ministre.

Bibliographie

– Fonds Monétaire International. (2024). Communiqué de presse : Les services du FMI achèvent leur visite au Sénégal* Publié en septembre 2024. 

– Rapport d’Exécution Budgétaire. (2024). Rapport d’exécution budgétaire du Sénégal pour le 2ème trimestre 2024*. Ministère des Finances et du Budget du Sénégal. 

– Banque Mondiale. (2024). Saisir l’opportunité : Analyse de l’économie sénégalaise en 2024. Rapport sur l’état de l’économie sénégalaise et perspectives à moyen terme. 

– Sambou, J.P., & Cissé, T. (2023). Effet de la dette publique sur la croissance économique du Sénégal des politiques d’ajustement structurel au COVID-19. Revue Française d’Économie et de Gestion, Volume 4, Numéro 5. 

– Coulibaly, A.L. (2024). La falsification politicienne du rapport du FMI. Article publié sur seneweb.com

https://www.seneweb.com/news/Contribution/la-falsification-politicienne-du-rapport_n_450714.html

– Niang, I. (2018). Analyse de la trajectoire de la dette publique au Sénégal. Études économiques et sociales, Université Cheikh Anta Diop de Dakar. 

– PASTEF (2023). Projet de société PASTEF – Les Patriotes : Le Sénégal d’abord*. Programme politique pour le développement économique, social et institutionnel du Sénégal, parti PASTEF.

Législatives du 17 novembre : une chance pour la rupture

Wure wa dem na këŋŋ, waxi mag dem na ndañtaali[1] ! Le Président de République a dissous comme la Constitution lui en donne les prérogatives, l’Assemblée nationale mise en place au forceps le 12 septembre 2022 par le pouvoir autocratique de MackY Sall. À quelques semaines des élections législatives du 17 novembre, le Sénégal est à la croisée des chemins. Ce rendez-vous électoral offre l’opportunité d’un tournant décisif dans l’histoire du pays. Le peuple souverain sénégalais attend de ce scrutin plus qu’un simple renouvellement de ses représentants à l’Assemblée : c’est l’avenir de la souveraineté nationale, de la justice sociale et de la démocratie qui est en jeu. Il s’agit d’une élection qui pourrait marquer la fin d’une longue ère de gouvernance inféodée aux logiques néocoloniales, incarnées par la Françafrique et ses relais locaux.

Une élection cruciale pour la souveraineté nationale

Depuis trop longtemps, les choix politiques sénégalais sont guidés par des intérêts étrangers, souvent au détriment des aspirations populaires. La jeunesse sénégalaise, qui représente l’écrasante majorité de la population, en a assez de cette domination indirecte. Cette génération, éduquée, informée et consciente des injustices qu’elle subit, attend des actions concrètes pour s’émanciper du joug économique, politique et culturel qui pèse sur elle. Cette élection est leur chance de faire entendre leur voix et de réclamer un avenir qui leur appartient véritablement.

Le Président de la République doit saisir cette opportunité pour rompre avec les politiques de complaisance envers les multinationales et les grandes puissances économiques. Comme le montrent les débats autour du franc CFA, symbole d’une domination monétaire qui freine le développement, il est impératif de repenser les fondements mêmes de l’économie sénégalaise. La création d’une monnaie nationale est plus qu’une nécessité : c’est un acte de souveraineté. Cette indépendance économique est le socle sur lequel peuvent être bâtis des projets nationaux ambitieux dans les secteurs de l’agriculture, de l’industrie et de la technologie. Comme le disait si bien Amilcar Cabral : « L’émancipation des peuples colonisés doit être avant tout une conquête économique, sociale et culturelle. Le développement ne se réduit pas à l’augmentation du produit national brut, mais à la libération des énergies créatrices des peuples. »[2]

Mais la souveraineté ne s’arrête pas à la seule question monétaire. Elle doit être totale, à la fois politique, économique et culturelle. Pour cela, il est urgent de revoir la place des investissements étrangers dans l’exploitation des ressources naturelles, notamment dans les secteurs du pétrole, du gaz et de la pêche. Ces richesses doivent avant tout profiter aux Sénégalais, et non être accaparées par des multinationales avides, sous couvert de contrats opaques négociés dans l’ombre des chancelleries.

La jeunesse sénégalaise au cœur du changement

Le Sénégal a la chance d’être un pays stable dans une région secouée par des conflits et des coups d’État militaires. Cette stabilité ne doit pas être utilisée comme un argument pour maintenir un statu quo politique. Au contraire, elle doit être le point de départ d’une transformation radicale du paysage politique sénégalais, afin que le peuple retrouve toute sa souveraineté. La paix sociale, tant vantée par les gouvernants, ne peut être réelle que si elle repose sur une justice sociale véritable, sur l’accès à des emplois décents, à une éducation de qualité et à des services publics efficaces.

Il est temps de repenser la politique dans un sens plus inclusif et participatif. La prochaine majorité présidentielle et le prochain gouvernement doivent s’engager à renforcer les institutions démocratiques et à redonner au Parlement son rôle central. Trop souvent, ces dernières années, l’Assemblée nationale a été réduite à une chambre d’enregistrement, incapable de jouer pleinement son rôle de contrôle de l’exécutif. Cette élection doit être celle de la rupture avec cette habitude désastreuse.

Rompre avec l’héritage néocolonial : une nouvelle ère pour le Sénégal

Pour que cette rupture soit réelle, PASTEF et les nouvelles forces politiques, issues des mouvements citoyens, doivent s’affirmer. Elles doivent proposer des réformes courageuses, capables de transformer en profondeur le tissu social sénégalais. Les jeunes, les femmes et les travailleurs informels doivent être placés au centre de ces réformes. L’heure n’est plus à de simples promesses électorales, mais à une transformation profonde et durable de la société.

L’élection législative du 17 novembre représente donc un moment historique pour le Sénégal. Il s’approprier ce que disait Mamadou Dia : « L’Afrique ne peut être vraiment libre et indépendante tant qu’elle n’aura pas compris que l’autosuffisance économique est la clé de la souveraineté politique. » [3]C’est l’opportunité de rompre avec les vieilles recettes néolibérales qui ont maintenu le pays dans une situation de dépendance et d’inégalités. Le pouvoir qui émergera et nous sommes certains qu’il sera l’incarnation du patriotisme et du panafricanisme bien pensé, de ce scrutin aura la lourde responsabilité de répondre aux aspirations d’un peuple en quête de dignité et de souveraineté. C’est en cela que réside la grandeur d’une nation : dans sa capacité à se réinventer pour répondre aux besoins de ses citoyens, tout en affirmant son indépendance face aux pressions extérieures.

Le 17 novembre, les Sénégalais auront l’occasion d’écrire une nouvelle page de leur histoire. Que cette page soit celle d’une véritable rupture avec le passé, celle d’un avenir fait de justice, de liberté, de renouveau démocratique et de prospérité pour tous.


[1] Wure wa dem na këŋŋ, waxi mag dem na ndañtaali est une locution wolof signifiant « le sort en est jeté ».

[2] Discours de Cabral, conférence de presse à Alger, 1969

[3]  Mamadou Dia Mémoires d’un militant du Tiers-monde « , 1985

Clarifications sur la gouvernance : réponse à Abdou Latif Coulibaly

Il est pour le moins surprenant de voir Abdou Latif Coulibaly, ancien ministre ayant activement participé au régime de Macky Sall, se draper aujourd’hui de moralité pour critiquer avec virulence la gestion du président Bassirou Diomaye Diakhar Faye. Après avoir accompagné pendant plus d’une décennie un pouvoir autoritaire et centralisé, il se permet maintenant de donner des leçons de démocratie. Son article, intitulé « Une soumission au PM assumée », se veut une critique acerbe du Président de la République, l’accusant de faiblesse et d’abdication. Pourtant, au lieu de livrer une analyse objective, M. Coulibaly se lance dans une diatribe teintée d’invectives, avec des arguments souvent biaisés, oubliant qu’il a lui-même cautionné un régime répressif à tout point de vue.

Le Président n’a en aucun cas abdiqué ses responsabilités

L’auteur affirme que le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye a « abdiqué » ses responsabilités au profit de son Premier ministre. Cette accusation est non seulement fausse, mais également trompeuse. Le président n’a en aucun cas renoncé à ses pouvoirs. Preuve en est qu’il a récemment représenté le pays lors d’une visite d’État en Chine, démontrant son engagement dans les affaires internationales. De plus, le président continue d’exercer ses prérogatives constitutionnelles, notamment à travers la signature des décrets, des nominations aux fonctions civiles et militaires et la dissolution de l’Assemblée nationale. Ces actes démontrent clairement que le président n’a pas cédé sa place au Premier ministre. Ce qu’Abdou Latif Coulibaly appelle une abdication n’est rien d’autre que la démonstration d’une synergie exemplaire entre le Président et son Premier ministre, chacun jouant son rôle en harmonie avec la Constitution.

M. Coulibaly semble confondre le fonctionnement démocratique des institutions et ce qu’il appelle une « soumission » au Premier ministre. Il semble oublier que la fonction de Premier ministre, dans une démocratie parlementaire, est celle d’un chef d’orchestre qui coordonne les actions du gouvernement, mais toujours sous l’autorité du Président. Le Premier ministre, Ousmane Sonko, n’est pas un adversaire du président, mais un collaborateur fidèle, un allié avec qu’il est lié pour la réussite du Projet. C’est ce que M. Coulibaly ne semble pas comprendre. Leur collaboration n’est pas un signe de faiblesse, mais une force. Cela reflète une gouvernance moderne et partagée, où le Premier ministre joue un rôle moteur sous la supervision stratégique du président.

La dissolution de l’Assemblée nationale par le Président Faye a été présentée par M. Coulibaly comme une décision prise par « ruse ». C’est un jugement erroné et dénué de fondement. La dissolution de l’Assemblée nationale est un pouvoir constitutionnel réservé au chef de l’État, que ce dernier a exercé dans l’intérêt supérieur de la nation. Cette dissolution n’a pas été motivée par une « vengeance », mais par la nécessité de renouveler l’institution législative et de permettre au peuple de s’exprimer lors des prochaines élections. Cette démarche témoigne d’un profond respect des institutions démocratiques, contrairement aux insinuations de l’auteur. De plus, un Premier ministre fort implique nécessairement une Assemblée nationale forte, et c’est précisément ce que l’élection législative du 17 novembre 2024 ambitionne d’instaurer : un Parlement renouvelé et dynamique.

La dissolution de l’Assemblée nationale : un acte constitutionnel et démocratique

Il est surprenant que quelqu’un ayant exercé des responsabilités ministérielles pendant 12 ans dans les gouvernements de Macky Sall puisse faire preuve d’une telle méconnaissance du fonctionnement des institutions. En qualifiant la décision présidentielle de « coup en dessous de la ceinture des institutions », M. Coulibaly révèle un manque de compréhension des mécanismes démocratiques. Le rôle du Président est de garantir la stabilité de l’État, et non de se soumettre aux caprices de l’Assemblée. La décision de dissoudre cette institution, loin d’être un signe de faiblesse, s’inscrit dans une volonté de renforcement démocratique. C’est un processus sain qui permet de redonner la parole au peuple et de renforcer la légitimité des élus.

Le style de M. Coulibaly, pour quelqu’un ayant occupé des postes de haute responsabilité, est non seulement irrespectueux, mais également souvent injurieux envers le chef de l’État. Qualifier les actions du président de « ruse malicieuse » ou d’« avalanche dévastatrice » relève davantage de l’invective que de l’argumentation politique. Ce style sensationnaliste nuit à la crédibilité de ses propos et montre un manque de retenue et de respect envers les institutions qu’il prétend défendre. Loin d’une analyse rationnelle et posée, l’auteur sombre dans des attaques ad hominem, ce qui affaiblit considérablement la portée de ses critiques.

Des explications psychologisantes sans fondement

Dans son article, Abdou Latif Coulibaly se permet même de s’aventurer sur le terrain glissant des explications psychologisantes, cherchant à décrypter les prétendues « peurs » et « colères intérieures » du président Bassirou Diomaye Diakhar Faye. Il est difficile de ne pas sourire devant cette tentative maladroite d’endosser le rôle de psychologue amateur. M. Coulibaly, qui n’a aucune formation dans ce domaine, semble s’ériger en analyste des états d’âme du président, sans fournir d’éléments concrets pour étayer ses suppositions. Cela relève davantage de la divination que de l’analyse politique sérieuse. Est-ce là une nouvelle compétence que M. Coulibaly a développée après ses douze ans au gouvernement, où les institutions répressives qu’il servait alors ne lui permettaient guère d’évaluer les émotions de ses collègues ?

Peut-être est-ce aussi la preuve d’une stratégie désespérée pour combler le vide argumentaire de son propos ? En tout cas, ces interprétations hasardeuses sur l’état mental du Président ne font que détourner le débat des véritables enjeux institutionnels et démocratiques. Il est important de rappeler que l’analyse politique se fonde sur des faits, des textes et des actions concrètes, et non sur des spéculations psychologiques. Au lieu de se perdre dans ces explications psychologisantes qui n’ont aucune valeur probante, M. Coulibaly aurait mieux fait de s’en tenir à une lecture rigoureuse des faits. Or, en adoptant ce ton condescendant et en tentant de pénétrer l’esprit du président, il se discrédite davantage. Ces élucubrations sur les « peurs » et « colères » ne servent qu’à détourner l’attention du manque de cohérence de son propre argumentaire. L’analyse politique est une science complexe, qui ne se satisfait ni de simplifications psychologiques, ni de jugements hâtifs. Peut-être faudrait-il que M. Coulibaly se concentre sur ce qu’il connaît le mieux, ou qu’il admette les limites de son expertise, car, en l’état, ses tentatives d’analyse mentale du président font plus sourire qu’elles n’impressionnent.

En conclusion, M. Coulibaly semble avoir une vision déformée des institutions et de la fonction présidentielle. Loin d’être une abdication ou une soumission, la coopération entre le président et le Premier ministre est un exemple de bonne gouvernance. Le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye n’a ni abdiqué, ni renoncé à ses prérogatives. Au contraire, il a su s’entourer d’un Premier ministre compétent, charismatique populaire et travailler en étroite collaboration avec lui pour le bien de la nation. Quant à la dissolution de l’Assemblée, elle s’inscrit dans un cadre constitutionnel qui vise à renforcer la démocratie sénégalaise, en permettant aux citoyens de choisir des représentants qui reflètent leurs aspirations.

Les élections législatives du 17 novembre 2024 seront une étape cruciale dans cette évolution institutionnelle. Celles-ci permettront de mettre en place une nouvelle législature, plus forte, plus responsable, et en phase avec les besoins du pays. Cette révolution copernicienne marquera un tournant dans l’histoire de notre démocratie, loin des fantasmes de soumission et d’abdication évoqués par M. Coulibaly. Il est temps d’élever le débat au niveau des enjeux réels, sans tomber dans la caricature ni l’invective.

Une société civile en quête de légitimité ?

La publication récente d’un communiqué par certaines organisations de la société civile sénégalaise, protestant contre les interdictions de sortie du territoire national imposées à des personnalités de l’ancien régime, témoigne davantage de leur besoin de s’affirmer que de leur véritable engagement pour les droits humains. Sous couvert de défense des libertés, ces organisations semblent surtout préoccupées par la préservation d’une image de contre-pouvoir, un rôle qu’elles peinent de plus en plus à assumer.

Dans leur communiqué du 10 septembre 2024, elles dénoncent le fait que les personnalités concernées par ces restrictions n’auraient pas été préalablement informées des mesures les concernant, ni dotées des moyens de recours nécessaires pour se défendre. Pourtant, il apparaît évident que ces anciens dignitaires, impliqués dans des enquêtes sur leur gestion passée, sont bien au courant des accusations portées contre eux et des procédures en cours. Les mesures conservatoires, telles que l’interdiction de voyager hors du territoire, ne sont donc pas le fruit du hasard, mais bel et bien des réponses légitimes à des enquêtes judiciaires visant à établir la vérité. Dans le cadre d’une enquête préliminaire, un officier de police judiciaire peut décider d’une opposition de sortie de territoire à l’encontre d’une personne contre laquelle pèsent des indices graves et concordants de crime ou de délit et dont l’absence risquerait de compromettre la manifestation de la vérité. La seule condition pour que cette mesure soit valable est qu’elle revête le visa du Parquet.  

Droits de la défense et présomption d’innocence

Il est aussi crucial de rappeler que les personnes frappées par ces mesures conservatoires bénéficient de tous les droits inhérents à leur défense. Elles pourront se pourvoir en justice et utiliser tous les recours légaux nécessaires pour faire valoir leurs arguments. De plus, elles sont présumées innocentes tant qu’aucune culpabilité n’a été établie. Cette précision semble pourtant largement absente des réactions outrancières de certains, comme si l’interdiction de quitter le territoire équivalait déjà à une condamnation définitive.

Le plus ironique dans cette affaire, c’est que la reddition des comptes est précisément ce que le peuple sénégalais a réclamé en votant massivement pour un changement de régime le 24 mars 2024. Faut-il rappeler que la lutte contre la corruption et la gestion opaque des affaires publiques était un des principaux points de la campagne électorale ? Il est donc légitime que ceux qui sont aujourd’hui sous le coup d’investigations ne puissent échapper à la justice en prenant un avion pour éviter de rendre des comptes.

Un respect pour les signataires mais un contexte nouveau

Cela étant dit, il convient de souligner que j’ai un profond respect pour les signataires de ce communiqué, notamment pour M. Alioune Tine, président d’Afrikajom Center, dont le combat pour les droits humains et les libertés publiques n’est plus à démontrer. Cependant, il est essentiel de reconnaître que du point de vue des libertés publiques et de la démocratie, nous avons quitté l’ère sombre du régime de Macky Sall. Cette période se caractérisait par une répression tous azimuts, un arbitraire politique, un banditisme administratif flagrant et un mépris des libertés individuelles et collectives. Aujourd’hui, tout ce qui se fait depuis l’installation du nouveau pouvoir du Président Bassirou Diomaye le 2 avril 2024 s’inscrit dans le cadre strict des règles démocratiques. La justice opère selon des principes clairs, respectant les droits de tous, même ceux des anciens gouvernants. Nous avons à la tête de la chancellerie un magistrat qui a été démontré tout au long de sa carrière son attachement au respect des libertés, à la défense des lois et procédures.

La conférence de presse d’Abdoulaye Seydou Sow : un verbe haut et une mémoire sélective

Ce qui frappe particulièrement, c’est la réaction théâtrale de M. Abdoulaye Seydou Sow, ancien ministre de l’Urbanisme sous Macky Sall. Lors d’une conférence de presse, qu’il a organisée avec le verbe haut qui le caractérise, M. Sow a déclaré être prêt à « donner sa vie » pour s’opposer à cette interdiction de sortie du territoire. En faisant de cette mesure une cause noble, il se drape d’un manteau de martyr. Pourtant, il ne s’agit que d’une simple mesure conservatoire liée à une enquête en cours. À l’entendre, on pourrait croire qu’il mène une croisade pour la liberté du Sénégal, alors qu’en réalité, sa colère est alimentée par l’impossibilité de voyager pour assister à un match de football.

Ce n’est pas la première fois que M. Sow s’illustre par des actions aussi inconséquentes. Durant la campagne présidentielle, il avait déjà tenté de s’opposer au rassemblement d’Ousmane Sonko à Kaffrine, en organisant des nervis pour semer le trouble. Cette tentative, tout comme ses déclarations récentes, n’aura finalement abouti qu’à un échec cuisant, incapable de freiner la volonté populaire.

Un enjeu de transparence et de justice

Ce discours de la société civile et de certains anciens dignitaires n’est qu’une diversion face à l’exigence fondamentale de transparence et de justice. Le peuple sénégalais n’a pas voté pour que les anciens gouvernants puissent continuer à se dérober à la justice. Il a voté pour que la lumière soit faite sur les abus et les malversations passées, et cela passe par des enquêtes rigoureuses.

Finalement, cette société civile, au lieu de se concentrer sur la prévention des véritables violations des droits humains, semble surtout s’empresser de défendre ceux qui ont longtemps profité de leurs positions privilégiées, sans pour autant se soucier des droits des citoyens ordinaires. Il est temps de recentrer les priorités : la justice, la transparence et la reddition des comptes ne sont pas des menaces, mais des garanties pour un Sénégal plus juste.

Editorial publié dans le quotidien Yoor Yoor Bi du 12 septembre 2024

Les naufragés de la place Soweto

Les députés de la coalition Benno Bokk Yakaar (BBY), fidèles compagnons de Macky Sall, nous ont encore offert un spectacle digne d’un mauvais vaudeville ! Qui aurait cru que ceux qui ont gouverné le Sénégal de 2012 au 2 avril 2024 deviendraient les champions incontestés de la pirouette institutionnelle ? Au lieu de partir avec la dignité que l’histoire exige des perdants, ils préfèrent s’accrocher comme des lianes à un arbre mourant. Mais que dit déjà le proverbe ? « Lorsque le vieux singe s’accroche à l’arbre, c’est qu’il a oublié qu’il n’a plus de queue pour se balancer. »

Et nos chers députés BBY semblent en avoir perdu leur boussole et bien plus encore ! Oui, ils ont perdu toute légitimité, et pourtant, ils continuent à s’accrocher, tel un naufragé à une planche vermoulue. Pendant que le peuple sénégalais regarde, incrédule, cette tragédie se jouer devant lui, ils continuent à jouer la carte du déni. Mais la question que tout le monde se pose est simple : jusqu’à quand ? Jusqu’à quand cette farce, cet exercice désespéré va-t-il durer ?

Le coup d’éclat de la Place Soweto : Un Parlement sous occupation

Rappelez-vous cet épisode épique du 12 septembre 2022 où la gendarmerie a fait irruption à l’Assemblée nationale pour « remettre de l’ordre » dans le débat parlementaire. Oui, vous avez bien lu : des militaires dans l’hémicycle ! On croirait assister à une pièce de théâtre où la réalité dépasse la fiction. Mais cette réalité, elle est bien plus sombre. Quelle honte pour la démocratie sénégalaise que ce fut de voir les éléments du général Moussa Fall sur instruction de Macky Sall installer de force Amadou Mame Diop au perchoir de la représentation nationale.

Quand on a militarisé le Parlement pour s’assurer que les dés sont pipés en sa faveur, on ne peut plus parler de démocratie. La confiance du peuple, déjà mise à mal par des années de gestion chaotique, a définitivement été trahie ce jour-là. Mais à quoi s’attendaient-ils ? Un proverbe dit : « Celui qui mange avec le diable doit se munir d’une longue cuillère. » Mais visiblement, nos chers députés BBY ont choisi de manger avec une cuillère bien trop courte. Qui ne se souvient de ces ministres de Macky Sall qui, ce même jour, alors qu’ils étaient frappés par l’incompatibilité prévue par la Constitution, refusaient de démissionner ?

Le bal des hypocrites : Résistance ou mascarade ?

Que dire du baroud d’honneur de ces mêmes députés face à Ousmane Sonko, devenu Premier ministre malgré toutes leurs tentatives de le museler ? Ils s’agitent, se débattent, se tordent dans tous les sens pour entendre sa Déclaration de politique générale, cherchant tous les prétextes pour l’entendre. N’est-il pas savoureux de les voir réclamer aujourd’hui des procédures qu’ils ont eux-mêmes piétinées pendant des années ?

Le jeu est devenu limpide : il s’agit simplement de temporiser, de gagner du temps, d’espérer, peut-être, que quelque miracle viendra les sauver. Mais la réalité est plus crue. Le miracle ne viendra pas, et ils le savent. Pourtant, ils continuent, tels des acteurs fatigués qui s’accrochent à leurs derniers moments sous les feux de la rampe. Mais le rideau tombe bientôt, chers amis de BBY. Et quand il tombera, il sera trop tard pour chercher des excuses ou des justifications.

Les pyromanes du Parlement : Quand on joue avec le feu…

Que dire d’Amadou Mame Diop alias « Hé hé Bou leen ma fonton !! », président de l’Assemblée nationale installé par la gendarmerie. Celui qui allume des feux pour mieux les regarder brûler ? Ah, comme il doit être satisfait de sa petite mascarade parlementaire, lui qui s’imaginait capable de maîtriser la tempête qu’il a lui-même créée ! Mais voilà, dans ce pays, la vérité finit toujours par rattraper les mensonges, et la dissolution du Parlement plane désormais au-dessus de leurs têtes comme une épée de Damoclès.

On dit souvent que les hommes politiques sont comme des chats : ils retombent toujours sur leurs pattes. Mais cette fois-ci, BBY va se retrouver avec plus de griffes que de coussinets. Car en s’attaquant aux fondements mêmes de la démocratie, ils ont créé une situation intenable, une crise qui va les emporter. Et quand on joue avec le feu, on finit toujours par se brûler. Les députés de BBY continuent de danser sur les braises d’un pouvoir défait, espérant sans doute un dernier sursaut. Mais comme le dit un proverbe bien de chez nous : « Quand l’éléphant se met à danser, il piétine les fourmis. » Ces fourmis, ce sont les citoyens sénégalais, pris en otage par les manœuvres politiciennes de ceux qui refusent de laisser place à la nouvelle ère politique incarnée par le Président Bassirou Diomaye Faye.

Comme un vieux coq qui refuse de reconnaître que son chant est devenu discordant, les députés de BBY s’accrochent à leurs privilèges. Pourtant, quand le baobab tombe, même les fourmis finissent par fuir. Le moment de la vérité est arrivé : ils ont eu leur chance, ils ont joué, et ils ont perdu. Toute tentative de rédemption semble désormais vaine, et un proverbe le rappelle bien : « Quand on refuse, on dit non ». Le peuple sénégalais, épuisé par ces contorsions politiques, attend des solutions réelles. Les jeunes, les femmes, et les travailleurs demandent des réponses concrètes à leurs problèmes, plutôt que des manœuvres politiciennes et des feintes destinées à sauver des intérêts personnels. Pendant que certains cherchent à maintenir leur position, le Premier ministre Ousmane Sonko, lui, a montré qu’il était prêt à relever les défis qui se présentent. Le peuple, en silence mais avec force, demeure vigilant. C’est lui qui aura le dernier mot. Et quand viendra le moment, il sera prêt à protéger le régime qui sortira victorieux de la présidentielle du 24 mars 2024.

  Editorial publié dans le quotidien Yoor Yoor Bi du 9 septembre 2024