
Entre le Pr Moussa Seydi, figure éminente de la lutte contre la COVID-19, et Mme Paulette Rita Badiane, en quête de vérité après un deuil, la confiance s’est brisée sur l’autel d’un procès aux allures de citadelle assiégée.
L’affaire opposant le service du Pr Moussa Seydi à Mme Paulette Rita Badiane dépasse le simple litige. Ce procès, né d’accusations d’erreur médicale après un deuil, cristallise la rupture de confiance entre le citoyen et le « sanctuaire » médical.
Un procès qui interroge la procédure et les acteurs
On peut légitimement se demander comment ce dossier a pu atterrir devant une cour. Entre l’émotion d’une famille endeuillée et l’absence de preuves matérielles d’une intention malveillante, le parquet aurait pu classer l’affaire sans suite. Si le procès a lieu, c’est par la voie de la citation directe : une manœuvre qui permet de forcer le débat judiciaire en contournant le filtre du procureur. La réponse juridique est pourtant tranchée : si les critiques visent le service, c’est au CHU de Fann, en tant qu’institution, d’agir. Confondre l’honneur d’un praticien avec la gestion d’un service public est un précédent préoccupant. Sans mandat de l’établissement, l’action du chef de service en son nom propre risque l’irrecevabilité. Transformer ainsi une structure d’État en « citadelle privée » ne fait qu’alimenter l’opacité et le sentiment d’injustice des citoyens.
Vérité médicale, émotion publique et réparation
La vérité scientifique ne se décrète ni dans l’émotion des réseaux sociaux ni par le poids d’une plainte. Elle exige une expertise rigoureuse. Mais attention : l’exigence de preuve ne doit pas servir de bouclier à l’impunité corporatiste. Le droit doit protéger la réputation des soignants sans museler le cri légitime des familles. Réclamer 300 millions de FCFA à une citoyenne dans un système de santé en quête de moyens ressemble moins à une réparation qu’à une stratégie de dissuasion massive. La justice ne doit pas devenir un instrument d’intimidation contre la parole citoyenne.
L’urgence d’une médiation hospitalière indépendante
Plutôt que de judiciariser la douleur, le Sénégal doit créer de véritables instances de médiation hospitalière indépendantes. La transparence et la protection des soignants ne sont pas contradictoires ; elles sont les deux faces d’une démocratie sanitaire apaisée. Le verdict de ce procès dira si nous choisissons le conflit permanent ou la refondation éthique du lien soignant-soigné.
