
Une nomination a été enregistrée dans la course au poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies : celle de l’ancien président sénégalais Macky Sall. Mais un fait frappe : la candidature n’a pas été déposée par le Sénégal, mais par le Burundi.
Or, en diplomatie, lorsqu’un ancien chef d’État vise une fonction internationale majeure, c’est son pays qui porte la candidature et construit les alliances. Ici, l’annonce précède la stratégie et l’ambition individuelle devance l’État.
Dès lors, une question s’impose : au nom de qui parle un ancien président lorsqu’il s’engage dans une bataille diplomatique mondiale sans que son propre pays en soit le porteur ?
L’intérêt national n’est pas une affaire individuelle
Dans toute République, la détermination de l’intérêt national relève d’une autorité précise : le chef de l’État en exercice, assisté de son gouvernement. C’est à eux qu’il revient d’arbitrer les orientations diplomatiques, de hiérarchiser les priorités et d’engager la parole de la nation.
Un ancien président, aussi légitime que puisse être son parcours, ne peut s’arroger cette prérogative.
Ce principe n’est pas une question de susceptibilité politique. Il constitue un fondement de la continuité de l’État. Lorsque l’autorité publique change, la responsabilité de représenter la nation change également. La diplomatie n’est pas un espace où chacun peut agir à titre personnel en mobilisant l’image de son pays.
La question devient donc inévitable : que sait l’ancien président des engagements diplomatiques du Sénégal actuel ? Quelles négociations sont en cours, quels équilibres régionaux sont recherchés, quelles alliances sont envisagées ? Ces éléments relèvent par nature de la conduite de l’État. Ils ne peuvent être présumés ni instrumentalisés par ceux qui n’en ont plus la charge.
Une démarche qui fragilise la cohérence diplomatique
La désignation du Secrétaire général de l’ONU est l’une des procédures les plus politiques du système international : candidatures, auditions, puis votes au Conseil de sécurité, où les membres permanents disposent d’un droit de veto. Une candidature sérieuse suppose donc préparation, alliances et stratégie diplomatique cohérente.
Or, lorsque la démarche se construit en dehors de l’État censé l’incarner, la confusion entre ambition personnelle et politique nationale apparaît immédiatement. Le paradoxe est d’autant plus frappant que la séquence s’est d’abord jouée dans l’espace médiatique : validation annoncée à l’Union africaine, sommet virtuel évoqué, puis dépôt finalement présenté par un autre État. À chaque étape, le récit a changé.
Ambition personnelle et confusion républicaine
Dans la succession d’annonces et de réajustements autour de cette candidature, un doute s’installe : et si l’enjeu était moins diplomatique que politique ? Une candidature internationale entretient la visibilité et fabrique un récit : succès, elle consacre une trajectoire ; échec, elle alimente le récit du sabotage national ou du manque de soutien des autorités. Mais ce jeu comporte un risque : instrumentaliser l’image du pays au service d’une ambition personnelle.
Au fond, l’affaire révèle une conception personnalisée du pouvoir : l’idée qu’une stature acquise au sommet de l’État donnerait un droit permanent à agir au nom de la nation, même sans responsabilité institutionnelle. Or la République repose sur l’inverse : les institutions survivent aux individus et l’intérêt national ne se confond jamais avec la carrière d’un homme.
Le débat dépasse donc la nécessité d’une candidature ; il touche à la loyauté envers l’État. Un ancien président peut conseiller ou représenter son pays lorsqu’il en reçoit mandat. Mais engager le nom du Sénégal dans une bataille diplomatique mondiale sans coordination avec les autorités légitimes revient à substituer la logique de l’égo à celle de la nation.
