
À en croire certains plateaux et quelques éditorialistes, Macky Sall serait déjà en route pour le Secrétariat général de l’Organisation des Nations unies. L’Afrique l’attendrait. Le monde musulman l’espérerait. L’histoire l’appellerait.
Seul petit détail : personne n’a entendu Macky Sall déclarer qu’il est candidat.
Et pourtant, nous ne sommes pas naïfs. Cette campagne de presse n’est pas née spontanément d’une illumination journalistique. Elle est manifestement orchestrée. Les relais sont identifiés, les éléments de langage homogènes, la temporalité maîtrisée. On ne lance pas une telle rumeur à cette échelle sans pilotage politique. Le silence public de l’intéressé n’est pas une absence : c’est une stratégie. On laisse les autres dire, on teste l’opinion, on mesure les réactions, on entretient le suspense.
Nous ne sommes pas dupes de la manœuvre.
Une candidature sans acte
D’abord, les rumeurs : Macky Sall serait pressenti, sollicité, attendu. Rien d’officiel, mais une musique d’ambiance. Les plateaux s’emballent, les éditorialistes spéculent, les éléments de langage circulent. La candidature n’est pas déclarée, mais elle est déjà débattue.
Puis vient le reportage de la télévision publique congolaise, lors de la visite du Président Bassirou Diomaye Faye à Brazzaville : l’ancien président est présenté comme « candidat » au Secrétariat général de l’Organisation des Nations unies, avec l’idée d’un soutien africain en gestation. Affirmation posée comme un fait, sans déclaration formelle. Or, le compte rendu institutionnel de la rencontre avec le Président Denis Sassou Nguesso évoque coopération bilatérale et préparation du sommet de l’Union africaine — mais aucune décision sur une candidature sénégalaise.
Le suspense est alors déplacé vers Addis-Abeba : tout s’y jouerait.
Mais tandis que le récit enfle, les actes, eux, restent introuvables.
Beaucoup de bruit. Très peu de documents.
À Addis-Abeba, le silence des textes
Lors de la 39e session ordinaire de l’Union africaine, aucun point n’était inscrit à l’ordre du jour sur une candidature sénégalaise au Secrétariat général de l’Organisation des Nations unies. Rien. Pas même une note d’orientation.
Le récit s’est alors déplacé : ce ne serait pas tranché en sommet physique, mais lors d’une réunion virtuelle ultérieure. Le virtuel comme horizon, le conditionnel comme méthode.
Pendant ce temps, la procédure réelle suit son cours : candidatures à déposer avant le 1er avril 2026 pour un mandat commençant le 1er janvier 2027. Rafael Mariano Grossi est officiellement nommé depuis novembre 2025 ; Michelle Bachelet depuis le 2 février 2026. D’autres noms circulent sérieusement : Rebeca Grynspan, Amina Mohammed, Jacinda Ardern, Kristalina Georgieva, María Fernanda Espinosa, David Choquehuanca.
Dialogues interactifs publics, votes secrets au Conseil de sécurité, recommandation formelle, validation par l’Assemblée générale : voilà la mécanique onusienne. Et, en 2026, la pression est forte pour qu’une femme accède enfin au poste.
Mais à Dakar, on préfère le feuilleton au calendrier.
Neutralité onusienne et direction partisane
Autre détail que les communicants omettent soigneusement : le Secrétaire général de l’ONU est tenu à une neutralité politique absolue. Il ne dirige pas un parti national en exercice.
Or Macky Sall continue de diriger l’Alliance pour la République. Aucune démission. Aucune mise en retrait. Aucune clarification.
On veut nous faire croire à une ambition universelle tout en gardant un pied solidement ancré dans l’arène partisane sénégalaise. C’est audacieux. Presque expérimental.
Une opération intérieure déguisée en horizon mondial
Tout cela ressemble moins à une campagne onusienne qu’à une stratégie de repositionnement national. Occuper l’espace médiatique. Réaffirmer une stature internationale. Tester le rapport de forces intérieur. Réinstaller une centralité symbolique.
On fait circuler l’idée. On observe les réactions. On entretient le flou. Si l’opinion adhère, on officialise. Si elle résiste, on se replie en invoquant les lenteurs diplomatiques.
Le Sénégal, lui, a des urgences autrement plus concrètes : discipline budgétaire, rigueur dans la gestion de l’argent public, salubrité, transformation structurelle. Le débat sérieux est là. Pas dans une candidature qui n’a, à ce jour, ni acte officiel ni existence procédurale.
