
Nous sommes entrés dans le siècle de la canonnière. Un siècle où la force armée se substitue au droit, où l’ingérence se pare d’arguments moraux pour masquer des objectifs politiques et économiques. Ce qui se déroule aujourd’hui au Venezuela — l’annonce par Donald Trump de la « capture » du président Nicolas Maduro et les frappes américaines — marque une rupture grave : la normalisation du changement de régime par la violence. La souveraineté est piétinée, la Charte des Nations unies reléguée au rang de décor diplomatique.
Cet épisode n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une longue histoire d’interventions unilatérales justifiées par des accusations mouvantes — narcotrafic, illégitimité politique, « catastrophe humanitaire ». Le fond demeure : discipliner un État récalcitrant et sécuriser l’accès à des ressources stratégiques. Le Venezuela le dit clairement : il s’agit d’une tentative de guerre coloniale. Et l’histoire récente lui donne raison.
Ramener cette séquence à l’Afrique est indispensable. Les mêmes arguments — jusqu’à l’accusation de « génocide » — ont été mobilisés contre deux grandes puissances d’Afrique subsaharienne (Afrique du Sud et Nigeria). Même rhétorique, même calendrier, même objectif : créer le chaos pour légitimer l’ingérence. C’est une stratégie éprouvée, qui fragilise les sociétés, radicalise les conflits et fait payer le prix aux populations.
Face à cela, notre devoir est clair : faire échec aux tentatives de l’impérialisme de nous asservir. Non par la fuite en avant militaire, mais par la lucidité politique, la solidarité Sud-Sud et la défense ferme du droit international. Pour la paix dans le monde, il faut faire rendre gorge à l’impérialisme — en réhabilitant la souveraineté des peuples et en refusant que le siècle qui s’ouvre soit celui des canonnières.
