Liquider l’ordre néocolonial, bâtir une République nouvelle

Toute lutte politique est un combat pour les sens, une bataille féroce pour imposer un vocabulaire et définir le cadre narratif dominant. L’élection historique de Bassirou Diomaye Faye le 24 mars 2024 n’est pas à une simple alternance. Elle est une véritable révolution citoyenne et démocratique qui s’est renforcée avec la victoire éclatante de la liste PASTEF conduite par le Premier ministre Ousmane Sonko aux législatives du 17 novembre 2024. Cette dynamique impose désormais de passer à une nouvelle étape, celle de rendre cette révolution définitivement nationale et populaire.

Le déclenchement d’une mobilisation sans précédent

Le 3 février 2024, Macky Sall avait tenté une ultime manœuvre pour s’accrocher au pouvoir en abrogeant le décret de convocation du corps électoral, plongeant le pays dans l’arbitraire le plus absolu. Cette tentative grossière de confisquer le pouvoir a été le déclencheur d’une mobilisation populaire. C’est cette mobilisation en continuité avec celles initiées depuis mars 2021, portée par une jeunesse déterminée, des intellectuels engagés et des groupes sociaux marginalisés, qui a permis la chute du régime ancien, dépassé par ses propres contradictions et décrédibilisé par ses pratiques autoritaires et clientélistes.

La révolution sénégalaise porte une triple ambition : d’abord démocratique, en visant à redéfinir profondément l’État et ses institutions ; ensuite citoyenne, en rétablissant le peuple comme acteur souverain et central de la gouvernance ; enfin populaire, en plaçant les classes les plus modestes au cœur du projet national. Ce moment historique rompt définitivement avec le modèle islamo-wolof et néocolonial, que Mamadou Diouf[1] décrit précisément comme un système conçu pour profiter aux élites locales au détriment du plus grand nombre. C’est à cet ordre ancien que nous devons opposer une nouvelle idéologie, celle de la souveraineté démocratique et de l’inclusion économique et sociale.

Cet ordre néocolonial encore en vigueur avec ses représentants est parfaitement décrit dans l’article de mon ami Mamadou Diallo, intitulé « Ci-gît la République des évolués du Sénégal ». Ce texte critique avec acuité le système politique et économique qui maintient le Sénégal sous une tutelle déguisée, dominé par une élite locale aliénée aux intérêts étrangers et coupée des réalités populaires. Il nous rappelle que cette République des évolués, héritage d’un passé colonial, doit être définitivement enterrée.

Construire une gouvernance démocratique et inclusive

Le Président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko ont déjà engagé des réformes structurelles. La modernisation de l’administration publique, l’instauration d’une véritable transparence budgétaire et la lutte rigoureuse contre la corruption sont autant d’actions fortes destinées à transformer profondément les pratiques de gouvernance.

Cependant, cette révolution ne doit pas seulement changer les institutions, elle doit aussi changer les esprits. Nous devons imposer notre propre narratif, affirmer haut et fort que le mandat donné par les Sénégalais est sans ambiguïté : liquider définitivement l’ancien régime dans ses structures, son idéologie et ses pratiques. Notre seule limite reste l’État de droit, un cadre légal que nous avons aujourd’hui les moyens de façonner, grâce à notre majorité parlementaire qualifiée. Et si nécessaire, nous avons l’alliance inébranlable du peuple pour soutenir par voie référendaire nos choix les plus audacieux.

Le défi majeur désormais est de consolider cette révolution, d’éviter qu’elle ne se perde dans les pièges des révolutions inachevées. L’heure est à la construction active d’un Sénégal souverain, inclusif et démocratique.

Que triomphe la révolution !!


[1] Diouf, M. (2001). Histoire du Sénégal : le modèle islamo-wolof et ses périphéries. (No Title).