L’opposition jubile, mais de quoi rit-elle ?

On ne sait trop ce qui réjouit l’opposition depuis l’annonce de la censure partielle de la loi interprétative par le Conseil constitutionnel. L’article premier de cette loi, destiné à lever toute ambiguïté juridique sur les effets de l’amnistie votée par l’ancienne Assemblée nationale, a été retoqué. Et voilà qu’une certaine classe politique, en perte d’imaginaire, se met à crier victoire, à se congratuler dans les salons climatisés de la bourgeoisie compradore, comme si le peuple avait retrouvé sa dignité grâce à une subtilité juridique. Ridicule. Tragi-comique.

Mais les faits sont têtus. Et le peuple, moins dupe qu’on ne le pense. Dans un message Facebook, limpide, implacable, le président du PASTEF, Ousmane Sonko, rappelle que cette loi, bien que censurée partiellement, n’en demeure pas moins effective dans ses autres dispositions. L’essentiel demeure : la loi d’interprétation a produit ses effets. L’État souverain du Sénégal a tourné la page de l’arbitraire judiciaire imposé par Macky Sall. Et c’est bien là que se noue le vrai clivage, celui qui oppose deux visions du pays : d’un côté, le camp du progrès, de la reconstruction nationale, de la souveraineté recouvrée. De l’autre, les défenseurs fébriles de l’ordre ancien, ces éternels supplétifs d’intérêts étrangers, dont l’unique horizon est le maintien de leurs privilèges sous la tutelle molle de l’ancienne puissance coloniale.

Cynisme, quand tu les tiens!

Jubiler aujourd’hui, c’est donc faire le choix de la nostalgie postcoloniale contre l’audace de la refondation. C’est préférer l’ombre portée d’un Conseil constitutionnel dépolitisé (et c’est heureux !) à la lumière d’un débat politique franc. C’est voir dans une faille procédurale une victoire morale. Mais quelle morale ? Celle qui transforme la vie des jeunes martyrs en anecdote judiciaire ? Celle qui nie le droit à la réparation, à la réhabilitation, à la reconnaissance ? Quelle bassesse ! Quel mépris pour la vie !

Car au fond, c’est bien cela qu’ils célèbrent : la lettre morte du droit contre l’esprit vivant des lois, la manœuvre procédurale contre la volonté populaire, les biens matériels — surtout lorsqu’ils portent le sceau de l’ancienne puissance coloniale — contre la souveraineté réelle. Cette opposition ne s’oppose pas, elle préserve. Elle ne parle pas au peuple, elle murmure aux oreilles du vieux monde, elle négocie avec les figures fatiguées de l’ancien ordre.

Qu’elle se rassure : le peuple regarde, observe, juge. Et il n’a pas la mémoire courte. Il sait qui a porté sa voix, au plus fort de l’oppression. Il sait qui a osé nommer les choses, déchirer les rideaux de fumée, parler de néo-colonialisme quand d’autres psalmodiaient les bienfaits du franc CFA. Le combat continue.

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Auteur : Félix Atchadé

Je suis médecin, spécialiste de Santé Publique et d’Éthique Médicale. Je travaille sur les questions d’équité et de justice sociale dans les systèmes de santé. Militant politique, je participe à l'oeuvre de refondation de la gauche sénégalaise.

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