
Nous sommes en pleine campagne pour les législatives du 17 novembre 2024, et voilà que l’ancien président Macky Sall, à peine sept mois après avoir quitté la présidence, refait surface en tête de liste d’une coalition. Depuis Marrakech, où il s’est établi, il dirige la campagne de sa liste de candidats, à grand renfort de messages WhatsApp. Dans un élan de nostalgie, il a décidé d’écrire une lettre depuis son exil volontaire, déplorant l’état du pays, à l’entendre « au bord du chaos » depuis son départ.
Avec une sincérité désarmante, l’ancien président Macky Sall assure qu’il avait laissé un Sénégal prospère, ordonné, une machine bien huilée où chaque rouage fonctionnait sans heurts. Et soudain, comme par magie, tout se serait effondré sans lui. Mais qui pourrait croire que ce « précieux héritage » qu’il prétend avoir bâti se soit évaporé en quelques mois ? Cette lettre ressemble moins à une analyse politique qu’à une complainte mélancolique, un chant du cygne qui trahit une envie mal dissimulée de revenir au centre du jeu politique. L’anciens président Macky Sall semble avoir oublié une chose essentielle : c’est lui qui a façonné ce Sénégal miné par la répression et le déni des libertés, un Sénégal que le peuple cherche aujourd’hui à soigner et à libérer de ce lourd fardeau.
Puisque le président Macky Sall a décidé d’écrire cette lettre à « ses chers compatriotes du Sénégal et de la diaspora », je me permets, en tant que citoyen, de lui répondre. Après tout, qui refuserait une si belle invitation ?
Monsieur le président Macky Sall, dictateur assumé
Qui pourrait oublier votre fameux engagement à « réduire l’opposition à sa plus simple expression » ? Ce n’était pas une parole en l’air : en véritable technicien de l’étouffement politique, vous avez méticuleusement mis en place l’arsenal nécessaire pour faire taire tout opposant. Parmi la multitude d’exemples, vos lois « antiterroristes » de juin 2021 ont permis d’assimiler toute critique du gouvernement à un acte de terreur. Au diable les subtilités ! Toute contestation devenait un crime contre l’État. Ces lois étaient si bien calibrées que même une émoticône pouvait conduire en prison. Outhmane Diagne, feu Papito Kara ont passé de longs mois derrière les barreaux pour parodie et sarcasme. Bravo, monsieur le dictateur déchu !
Votre passage à la tête de l’État sénégalais a été un festival de répressions : dissoudre PASTEF, étouffer les voix dissidentes, assigner Ousmane Sonko à résidence comme un criminel de guerre. Un tel acharnement est presque digne d’admiration, Monsieur Macky Sall, tant vous avez transformé le Sénégal en un laboratoire de répression. Peut-être vous êtes-vous trompé de pays en lisant Machiavel, en croyant que le Sénégal pourrait devenir un nouvel exemple de césarisme néocolonial. Mais vos talents de tyran sont indéniables. Et si la violence de l’État n’était pas suffisante, il vous suffisait de couper l’Internet, bloquer les télévisions critiques et gazer les avocats des opposants. Macky Sall, vous avez été en le dictateur du cauchemar récurrent du plus enclin de nos compatriotes aux troubles du sommeil.
Monsieur le président Macky Sall, apprenti putschiste
Votre lettre laisse entendre que vous êtes l’incarnation même du démocrate. Mais à peine six mois après la fin de votre règne, on vous retrouve en tête de liste d’une coalition dépourvue de tout projet législatif, sans aucune cohérence idéologique, unie seulement par une haine viscérale des idéaux de liberté. Monsieur le dictateur déchu, vous ne pouviez vraiment pas vous en empêcher, n’est-ce pas ? On vous imagine presque sourire en signant le honteux décret du 3 février 2024 qui reportait le scrutin, persuadé que le peuple sénégalais vous verrait comme un ultime rempart contre le chaos.
Ce report ? Un simple détail pour vous, un « coup d’État institutionnel » savamment orchestré pour assurer la continuité de votre influence. Pourquoi laisser les élections avoir lieu si elles risquaient de vous éloigner définitivement du pouvoir ? Comme vos homologues autoritaires, vous aviez mis en place toutes les conditions nécessaires pour bloquer l’alternance, invoquant, bien sûr, la fameuse « raison d’État ». Quel altruisme, monsieur le dictateur déchu ! Et, après avoir vainement tenté de semer le chaos, vous avez cherché à transférer le pouvoir aux militaires que vous désigniez sous l’euphémisme de « forces organisées », espérant ainsi empêcher l’avènement de la révolution citoyenne et démocratique qui, finalement, a porté au pouvoir le président Bassirou Diomaye Faye.
Monsieur le président Macky Sall, gestionnaire incompétent et sans vision
Si on en croit votre lettre, vous avez mené le Sénégal sur la voie de la prospérité. Oui, bien sûr, le Plan Sénégal Émergent, ce chef-d’œuvre de développement, qui nous a offert… des promesses de croissance. Dans les faits, votre PSE n’est que la répétition des recettes néolibérales chères aux institutions internationales, qui n’ont servi qu’à renforcer la dépendance économique du pays. Où sont les effets visibles de cette « émergence », monsieur le dictateur déchu ! Le taux de chômage augmenté, la pauvreté est restée galopante durant la longue nuit de votre présidence. Peut-être pensez-vous que des slogans suffiraient à transformer le Sénégal.
Sous votre règne, Monsieur Macky Sall, le Sénégal a eu droit à une économie en trompe-l’œil. Vous nous avez vendu une croissance miraculeuse de 7,1 % pour 2024 et 10,1 % pour 2025, comme si tout allait pour le mieux. Mais la réalité est bien moins reluisante : une économie ficelée aux financements du FMI, qui suffoque dès que l’État suspend les marchés publics ou gèle les investissements. Vous avez bâti une illusion d’ « émergence » en vous appuyant sur des effets d’annonce, sans aucune transformation réelle de fond. Et votre gestion autoritaire des finances publiques en dit long : alors que vous limitiez sévèrement les dépenses de santé pour les fonctionnaires ordinaires, tout en surveillant à la loupe leur budget médical, vous continuiez d’offrir des privilèges aux proches du régime.
Ces deux poids, deux mesures mettent en lumière votre vision biaisée de l’économie : des dépenses serrées pour la majorité, et des passe-droits pour l’élite proche de vous. Aujourd’hui, les failles de cette « émergence » sont là, criantes : l’économie n’a ni tableau de bord, ni plan de relance, et encore moins de vision. Une thérapie de choc sans cap, des décisions gelées et une atmosphère d’incertitude qui refroidit les investisseurs et épuise la patience des citoyens. Voilà, Monsieur le dictateur déchu, l’état réel de ce Sénégal que vous prétendiez avoir mit sur la voie de la prospérité.
Ces failles, monsieur le dictateur déchu, ce sont justement celles que le Premier ministre Ousmane Sonko s’est engagé à corriger. Mettant en pratique les orientations du Président Bassirou Diomaye Faye, il a fait la lumière sur les finances publiques en publiant les chiffres réels, dévoilant ce qui se cachait derrière l’illusion d’émergence que vous aviez construite. Contrairement à votre gestion opaque et autoritaire, le Premier ministre Ousmane Sonko a choisi la transparence, montrant les véritables priorités budgétaires et les choix stratégiques qui s’imposent pour restaurer la confiance. En exposant les dérives et en clarifiant les dépenses, il a permis au peuple de voir ce que vous aviez soigneusement dissimulé, rappelant ainsi que l’économie sénégalaise n’a pas besoin de slogans, mais d’une transformation en profondeur.
Vous nous avez vendu le pétrole et le gaz comme la clé de notre avenir, au point de justifier une dérive autoritaire pour « protéger » ces ressources. Une vision bien patrimoniale, bien simpliste : les hydrocarbures pour effacer tous les problèmes. Cependant, il n’est pas certain que ces bénéfices espérés suffisent à compenser les risques pour l’environnement et les dommages causés à la pêche locale.
Monsieur le dictateur déchu, vous nous avez donné bien du spectacle. Mais la nouvelle page qui s’écrit en ce moment aspire à tourner le dos à ces années de tyrannie, de répression et d’économisme de façade. Aujourd’hui, le Sénégal regarde vers l’avenir, vers une démocratie qui protège enfin ses citoyens et garantit les libertés pour tous. Ce nouveau régime, malgré la lourde tâche d’effacer votre empreinte, montre une volonté d’ouvrir un véritable dialogue et de restaurer l’État de droit.
Monsieur le dictateur déchu en exil volontaire au Maroc, votre héritage est là, à jamais marqué dans les mémoires. Mais le Sénégal que vous avez voulu contrôler s’émancipe enfin, et est prêt à ouvrir une ère où la démocratie sera autre chose qu’un jeu d’ombres. Une ère où le pays connaîtra une croissance inclusive, un développement endogène, une société de progrès partagé dans la justice, l’égalité, la liberté et la fraternité.
Monsieur le dictateur déchu,
Pour finir cette si « longue lettre », je vous adresse mes salutations et vous donne rendez-vous, à Dakar, là où l’Histoire vous attend. Un rendez-vous pour répondre de votre gestion catastrophique de l’économie sénégalaise, pour expliquer à la nation pourquoi tant de promesses n’ont abouti qu’à des illusions et des dépendances.
Mais surtout, un rendez-vous pour répondre aux victimes de ces années de répression. Pour les 80 morts dont la mémoire reste à honorer, pour les centaines de blessés qui portent encore les marques de votre tyrannie, et pour les 1 500 détenus politiques qui ont subi les conséquences de leur courage. Il est temps de rendre compte, de reconnaître devant le peuple sénégalais ce que ces années de plomb ont infligé à des vies, à des familles, à tout un pays.
Dakar vous attend, monsieur l’ancien dictateur en exil volontaire.
Kédougou, le 7 novembre 2024
