Un vent de déstabilisation souffle sur le Sénégal, frappant le régime issu de la révolution citoyenne qui a porté au pouvoir le 24 mars 2024 le Président Bassirou Diomaye Faye. Après les attaques orchestrées par certains patrons de presse, c’est désormais la question casamançaise qui resurgit, utilisée comme prétexte pour diffuser des informations fallacieuses et manipuler l’opinion publique, attisant une peur calculée. Dans cette nouvelle campagne, un article d’Afrique Confidentielle — largement relayé sur les réseaux sociaux — affirme qu’en cas de victoire de PASTEF aux élections législatives du 17 novembre 2024, le chef d’état-major général des armées (CEMGA) serait limogé, et que les rangs de l’armée seraient garnis de recrues issues du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC).
Cette fausse information vient s’ajouter aux rumeurs diffusées il y a quatre mois par le même site, qui suggéraient que l’affectation du général Kandé en Inde en tant qu’attaché militaire était une sanction visant à affaiblir la lutte anti-insurrectionnelle en Casamance. Le média avait même affirmé que cette décision émanait du Premier ministre Ousmane Sonko, ajoutant ainsi aux calomnies dirigées contre lui depuis le début de sa carrière politique. Les instigateurs de cette campagne instrumentalisent la figure du général Kandé, érigé en héros solitaire de la lutte contre le MFDC. Ils exploitent son image, sachant que, en tant que militaire, il est tenu au silence par devoir de réserve. Ce faisant, ils cherchent à détourner l’attention et à fragiliser les bases de la stabilité nationale.
Une crise casamançaise instrumentalisée : réalité ou prétexte?
Il est crucial de rappeler que les stratégies de contre-insurrection en Casamance n’ont pas été inventées par le général Kandé. Avant lui, des officiers comme les colonels Georges Boissy et Yoro Koné ont expérimenté diverses méthodes de contre-insurrection, marquant une continuité historique dans la lutte pour la stabilité de cette région où le sentiment de défiance envers le pouvoir central est ancré dans une histoire coloniale et postcoloniale complexe.
Cependant, réduire l’accalmie observée ces dernières années en Casamance au seul mérite des forces armées serait une erreur. Comme l’a souligné brillamment Babacar Justin Ndiaye, la paix en Casamance est avant tout une possibilité politique, consolidée par des efforts de dialogue visant à répondre aux revendications des insurgés et à délégitimer le mouvement indépendantiste en le privant de sa base sociale. La paix en Casamance est avant tout une construction politique, issue d’efforts de dialogue visant à répondre aux revendications légitimes, légales et acceptables — dans le cadre de l’unité nationale — des insurgés. En dépit de la persistance de certains mouvements radicaux, le contexte a évolué grâce à des processus de paix successifs, sous l’impulsion de divers gouvernements sénégalais et avec la coopération de partenaires régionaux comme la Guinée-Bissau, dont l’intervention militaire contre des factions du MFDC a réduit l’emprise de certaines bases rebelles. La légitimité du mouvement indépendantiste s’est peu à peu effritée. L’État sénégalais a mis en œuvre des politiques visant à saper le soutien social de ce mouvement, en renforçant les investissements locaux et en marginalisant les factions du MFDC les plus violentes.
Manipulations et rumeurs : l’opacité des sources en question
La dernière manipulation en date visant à déstabiliser le Sénégal passe une fois de plus par l’instrumentalisation de la question casamançaise. Des rumeurs orchestrées, issues d’une supposée lettre anonyme d’un « gradé » relayée par le site Afrique Confidentielle, suggèrent un « limogeage » potentiel du chef d’état-major général des armées (CEMGA) en cas de victoire de PASTEF aux législatives, ainsi qu’un prétendu recrutement massif de jeunes affiliés au MFDC dans les rangs de l’armée. En réalité, ces récits alarmistes ne sont que des instruments de déstabilisation visant à fracturer l’unité nationale et à semer la discorde au sein des forces armées. La réputation sulfureuse d’Afrique Confidentielle, qui s’abstient de nommer ses contributeurs et présente un anonymat suspect, renforce la suspicion autour de ces informations.
En effet, Afrique Confidentielle manque cruellement de sérieux en matière de rigueur journalistique et de transparence. Le site n’offre aucune information claire sur l’identité de ses contributeurs, masquant systématiquement ses auteurs sous un anonymat suspect qui échappe à toute responsabilité éditoriale. En relayant des informations sensationnelles sans preuve concrète et en privilégiant le buzz émotionnel au détriment de l’intégrité de l’information, Afrique Confidentielle s’éloigne des standards de journalisme responsable. Ce manque de transparence, associé à un positionnement ambigu qui semble davantage orienté vers la diffusion d’opinions biaisées que vers une information factuelle, place ce média dans la catégorie des officines d’influences au service du camp hostile à la révolution citoyenne sénégalaise.
C’est donc cette plateforme, connue pour sa transparence limitée, crée un terrain fertile aux manipulations, en offrant une crédibilité apparente à des allégations non vérifiées. En exploitant le climat tendu autour de la Casamance et en insinuant des liens entre le pouvoir issu de la révolution citoyenne couronnée par la victoire électorale du 24 mars 2024 et les mouvements rebelles, ces manœuvres cherchent à détourner l’opinion publique des véritables enjeux, tout en minant la stabilité des institutions nationales au profit de récits partisans.
Quand la déstabilisation cible le Premier ministre Ousmane Sonko
Ces manipulations visent principalement le Premier ministre Ousmane Sonko, cible constante de tentatives de déstabilisation. À travers des accusations directes et indirectes, des affirmations mensongères de soutien tacite aux revendications indépendantistes, certains acteurs cherchent à remettre en question la légitimité du Premier ministre, qui, en réalité, est engagé pour la paix et l’intégrité nationale. Ces accusations infondées ne font qu’alimenter une confusion qui nuit à l’unité du pays en déformant ses engagements politiques réels.
Les enjeux de la Casamance sont de longue date instrumentalisée pour diviser le pays. La spécificité culturelle de la Casamance, notamment celle d’une partie de ses populations, a souvent servi de justification pour des mouvements de contestation qui, dès les années 1980, ont pris la forme de rébellion orchestrée par le MFDC. La situation dans la région, bien que stabilisée par des processus politiques, reste fragile et sensible aux rumeurs, amplifiées par des acteurs malintentionnés et des médias qui relaient des informations partiales. En réalité, l’accalmie observée en Casamance est le résultat d’un effort commun et continu entre les autorités sénégalaises et les forces locales, incluant un engagement fort en faveur du développement régional et de l’intégration économique. Comme le rappelait le politologue D. B. Cruise O’Brien sur le « contrat social » sénégalais, l’État a souvent su intégrer les particularismes régionaux, mais cette intégration demande un équilibre constant et une vigilance accrue face aux discours séparatistes.
Certains acteurs vont jusqu’à accuser le Président de soutenir « tacitement » des initiatives séparatistes, ce qui constitue une manipulation visant à instrumentaliser la question de la liberté académique pour délégitimer son action. Le Président reste pourtant un défenseur ferme de cette liberté, rappelant que le véritable chemin vers une paix durable en Casamance repose sur le dialogue, l’inclusion et le respect mutuel. Aujourd’hui, alors que les forces armées et le gouvernement œuvrent de concert pour préserver l’intégrité du territoire, il est essentiel de dénoncer ces tentatives de division qui, loin de renforcer la cohésion nationale, ne font qu’attiser des tensions et entretenir des mythes militaires au détriment de solutions politiques.
L’annulation de la dédicace de l’ouvrage l’idée de la Casamance autonome[1] à la librairie Aux Quatre Vents n’est que la dernière farce d’un parti — l’Alliance pour la République (APR) — en quête désespérée de revanche après la déculottée de l’élection présidentielle du 24 mars 2024. Cette décision est à mettre au crédit des disciples du dictateur déchu Macky Sall, toujours aussi prompts à censurer dès qu’il s’agit de museler la pensée. Macky Sall qui a toujours eu du mal avec les idées complexes, prouve encore une fois qu’il ne peut tolérer la moindre divergence intellectuelle. S’il fallait une nouvelle preuve de son anti-intellectualisme viscéral, la voilà.
La librairie a cédé. Face à qui ? À quelques cris orchestrés par ceux qui, manifestement, ne comprennent rien aux enjeux historiques ou scientifiques. Cette censure, dictée par la peur de déplaire aux forces réactionnaires de l’APR, marque un recul inquiétant pour la liberté académique. Mais au-delà de cet acte isolé, c’est le silence de la communauté universitaire qui choque. Où sont les défenseurs de la liberté de recherche ? Où sont nos intellectuels, nos enseignants, nos chercheurs, censés être les premiers à s’indigner ?
Cheikh Yerim Seck : l’imposture intellectuelle en direct à la télévision
Cheikh Yerim Seck, quant à lui, mérite une mention spéciale dans cette triste histoire. Premier à tirer sur l’ouvrage de Séverine Awenengo Dalberto, Cheikh Yerim Seck s’illustre une fois de plus dans ce qu’il sait faire de mieux : déblatérer sur des sujets qu’il ne comprend manifestement pas. Cet homme, sans culture et enfermé dans des opinions aussi simplistes que mal informées, est devenu l’incarnation même de l’hostilité envers la Casamance. Et pourtant, il continue d’être invité sur les plateaux, comme si son avis avait une quelconque valeur. Peut-être est-ce là le plus grand mystère de cette affaire : comment un individu aussi déconnecté des réalités intellectuelles et historiques peut-il encore avoir une tribune ?
Cheikh Yerim Seck semble avoir fait de la Casamance sa marotte favorite, sans jamais en comprendre les véritables enjeux. À ses yeux, il suffit de décréter que la Casamance représente une menace pour l’unité nationale pour clore tout débat, comme s’il s’agissait de sa manière de manifester un nationalisme dévoyé, où la répression remplace la réflexion. En diabolisant la région, il alimente un discours réducteur qui ignore les racines profondes du conflit et empêche toute compréhension réelle de ses enjeux. C’est simple, c’est direct, et c’est surtout faux. Mais voilà, quand on manque de profondeur, on compense par des éclats de voix. Cheikh Yerim Seck est le parfait exemple de cet anti-intellectualisme ambiant, où l’on préfère hurler plutôt que réfléchir.
Macky Sall, l’ennemi juré des universités
Ce n’est pas une surprise de voir Macky Sall et ses acolytes mener cette croisade contre la pensée libre et la recherche. Ce n’est pas la première fois qu’il fait taire les lieux de savoir. Souvenons-nous de ces moments où, à la moindre contestation, Macky Sall n’hésitait pas à fermer les universités pour protéger ses intérêts politiques. Après tout, pourquoi permettre aux jeunes d’acquérir une éducation critique quand on peut les priver de leur droit d’apprendre ? Le savoir est une menace pour ceux qui craignent les idées. L’université a toujours été un lieu de débats, de contestations, d’intelligence vive — tout ce que Macky Sall ne tolère pas.
Aujourd’hui encore, même hors du pouvoir, ses partisans continuent cette œuvre destructrice, attaquant tout ce qui pourrait stimuler l’intellect. L’annulation de cette séance de dédicace n’est que le prolongement logique de cette idéologie répressive. Un livre qui retrace l’histoire complexe de la Casamance et de ses luttes autonomistes ne représente en rien une menace pour l’unité du pays. Au contraire, c’est en analysant nos tensions passées que nous pouvons mieux comprendre et renforcer notre cohésion nationale.
Un dangereux précédent pour la liberté académique
Ce qu’il faut comprendre, c’est que cette affaire crée un précédent particulièrement dangereux. Si l’annulation d’une simple dédicace peut se produire sans que personne ne bronche, que se passera-t-il demain ? C’est la porte ouverte à toutes les formes de censure. Ce qui rend cette situation encore plus préoccupante, c’est le silence d’une grande partie de la communauté universitaire. Nous devrions être nombreux à défendre Séverine Awenengo Dalberto, à exiger que ses recherches soient entendues, discutées, critiquées, mais jamais muselées. L’absence de réaction ferme de la part des intellectuels est un aveu de faiblesse qui menace la liberté de recherche dans notre pays.
Macky Sall et ses partisans pensent-ils vraiment qu’ils peuvent museler la pensée par la censure ? L’unité nationale ne se construit pas en interdisant des livres. Il faut être bien naïf pour croire que la cohésion d’un pays peut être ébranlée par quelques pages d’histoire. Ce qui fait la force d’une nation, c’est sa capacité à débattre, à accepter les divergences, à comprendre ses tensions pour mieux les dépasser. Un livre ne détruira pas cette volonté commune de vivre ensemble. Seuls les gens faibles, terrifiés par la pensée, croient que la censure est une solution.
L’unité nationale peut résister à un livre, mais pas à une dictature
Il est tout simplement risible de penser qu’un ouvrage historique peut menacer l’unité nationale. En orchestrant cette campagne contre un livre, Macky Sall et son parti, l’APR, ne cherchent pas seulement à censurer la pensée, mais à mettre en difficulté le pouvoir actuel. En s’opposant à la tenue d’une simple dédicace, ils tentent de créer des tensions là où il n’y en a pas, espérant ainsi embarrasser le président Bassirou Diomaye Faye et son gouvernement. Leur objectif est clair : faire croire que la liberté d’expression et la liberté académique sont des menaces pour l’unité nationale, alors qu’elles en sont les fondements. Ils semblent oublier que l’unité nationale repose sur un dialogue constant, un consensus qui se construit chaque jour par l’échange et la compréhension mutuelle. La rébellion en Casamance, malgré ses vicissitudes, n’a jamais réussi à remettre en cause ce lien indéfectible. Croire qu’un livre pourrait y parvenir est non seulement ridicule, mais aussi révélateur d’un manque flagrant de confiance dans la solidité de notre nation.
[1]Awenengo Dalberto, Séverine.L’idée de la Casamance autonome. Possibles et dettes morales de la situation coloniale au Sénégal. Paris : Karthala, 2024.
Les élections législatives du 17 novembre 2024 revêtent une importance capitale pour la sauvegarde des acquis de la révolution citoyenne du 24 mars 2024, et pour poser les bases d’une véritable souveraineté, tant politique, économique que culturelle. L’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye, fruit de cette révolution menée par Ousmane Sonko, a symbolisé un renouveau démocratique et un projet de refonte des institutions au Sénégal. Cependant, cette victoire présidentielle n’est que le premier pas vers la consolidation du nouveau pouvoir. Il est impératif que cette transition politique soit soutenue par une majorité parlementaire robuste et qualifiée, capable de porter les réformes nécessaires et de garantir la pérennité des idéaux révolutionnaires.
Ce scrutin ne représente pas seulement un moment électoral de routine. Il est une occasion historique pour cimenter les bases de la révolution citoyenne, qui a permis au peuple sénégalais de reprendre en main son destin politique. La révolution citoyenne, loin d’être uniquement un slogan, reflète une volonté profonde de réformes structurelles visant à impliquer activement les citoyens dans la gestion de leur pays, à renforcer les institutions démocratiques et à promouvoir la justice sociale, la transparence et l’intégrité. L’élection de Bassirou Diomaye Faye a marqué le début de cette ère nouvelle, mais la mise en œuvre de ses promesses et de sa vision, ne pourra se réaliser sans un parlement engagé et responsable.
Le récent rassemblement à l’Arena de Diamniadio, auquel Ousmane Sonko a pris part, en est une preuve éclatante. Ce succès populaire a démontré non seulement la force mobilisatrice du PASTEF, mais également l’adhésion massive du peuple aux idéaux de souveraineté et de transformation. Ousmane Sonko, par sa présence et son engagement, continue de cristalliser cette dynamique citoyenne, symbole d’une rupture nette avec l’ordre ancien.
La quête de la souveraineté politique et le renforcement des institutions démocratiques
L’obtention d’une majorité parlementaire est impérative pour garantir que le projet de souveraineté nationale soit pleinement réalisé. Cependant, cette majorité ne doit pas être vue comme une fin en soi, mais plutôt comme un moyen de concrétiser la volonté populaire exprimée lors de la révolution. Il ne s’agit pas seulement de gouverner, mais de transformer en profondeur les institutions politiques, économiques et sociales du Sénégal. Il est indispensable que cette majorité soit portée par des représentants fidèles aux aspirations citoyennes et qu’elle œuvre à renforcer l’indépendance des organes de régulation, tout en veillant à promouvoir la transparence et l’obligation de rendre des comptes.
La souveraineté politique est indissociable de la participation citoyenne. Il est essentiel de sensibiliser la population à ses droits et responsabilités, en l’encourageant à s’impliquer davantage dans le processus politique. Seul un peuple éduqué et informé peut véritablement défendre ses intérêts face aux défis du développement et d’un monde en pleine mutation. Cette campagne électorale doit être l’occasion de renforcer cette alliance avec le peuple, car la souveraineté ne peut se réaliser pleinement que lorsque les citoyens se reconnaissent dans les décisions prises en leur nom.
Les enjeux de la souveraineté économique
Outre la souveraineté politique, les législatives de novembre 2024 posent également la question de la souveraineté économique du Sénégal. Ce pays, comme beaucoup d’autres en Afrique, demeure largement dépendant économiquement des puissances étrangères notamment la France et des institutions financières internationales. De plus, l’économie sénégalaise est marquée par la domination des investissements étrangers dans des secteurs stratégiques comme les infrastructures, l’énergie, l’éducation, la culture, la santé et les télécommunications, créant une dépendance dangereuse qui compromet la souveraineté nationale.
La persistance du franc CFA, en particulier, constitue une entrave majeure à cette souveraineté. Symbole de la domination coloniale française, le franc CFA est arrimé à l’euro, ce qui rend les économies de la Zone franc moins compétitive à l’export et favorise les importations. Cela creuse le déficit commercial et renforce la dépendance vis-à-vis des pays étrangers. Nombreux sont les économistes qui soulignent l’impact négatif de cette monnaie sur la capacité des pays africains à gérer de manière autonome leurs politiques économiques. Une sortie du franc CFA permettrait de mettre en place une monnaie adaptée aux réalités économiques du Sénégal et de ses partenaires africains de la zone.
Cette sortie du franc CFA doit s’accompagner d’un contrôle renforcé des ressources naturelles du pays. Le Sénégal, riche en gaz et en minerais, doit reprendre la main sur l’exploitation de ses ressources, en veillant à ce qu’elles profitent directement à sa population. Le Sénégal doit s’intégrer pleinement dans la chaîne de valeur de l’exploitation de ses ressources naturelles pour maximiser les retombées économiques et créer des emplois locaux. En valorisant ses richesses au-delà de l’extraction brute, le pays peut renforcer sa souveraineté économique et assurer un développement durable pour les générations futures. La corruption et la mauvaise gestion constituent des obstacles à cet objectif. Il est donc impératif de garantir une gestion transparente des ressources naturelles et de veiller à ce qu’elles soient utilisées au service du développement national.
Un projet de société pour une souveraineté totale
Le projet politique ne se limite pas à l’obtention du pouvoir, mais vise à refonder l’État en mettant le peuple au centre des décisions. En renforçant l’alliance avec les citoyens, nous consolidons non seulement la souveraineté politique, mais aussi la souveraineté économique. Le parlement à construire sera un outil entre les mains du peuple pour réaliser ces objectifs et garantir que les intérêts du pays priment toujours sur les intérêts étrangers ou les lobbies économiques.
Dans cette bataille décisive pour l’avenir du Sénégal, il est crucial de comprendre que la bourgeoisie compradore et la classe politico-bureaucratique, incarnées par des figures comme Macky Sall et Amadou Ba, représentent les derniers bastions d’un ordre ancien néocolonialiste. Ces élites, complices des intérêts étrangers, ont toujours œuvré pour maintenir le pays dans une dépendance économique et politique, perpétuant ainsi la servitude imposée par les puissances extérieures. Leur défaite est impérative pour briser définitivement les chaînes du néocolonialisme et ouvrir la voie à une véritable souveraineté. Ils ne sont que les relais d’un système mondial en déclin, et il est de notre devoir, en tant que peuple, de les vaincre pour faire triompher les idéaux de la révolution citoyenne et redonner au Sénégal son autonomie dans la gestion de ses ressources et de son avenir.
Il est donc crucial de ne pas limiter la campagne électorale à une simple quête de sièges parlementaires. Le succès du projet dépend d’une majorité parlementaire certes, mais surtout de la confiance continue du peuple sénégalais, qui doit voir en cette campagne une prolongation directe de la révolution citoyenne du 24 mars 2024. Cette révolution a donné naissance à une dynamique nouvelle où le peuple s’est réapproprié son destin politique, et il est fondamental que cette alliance soit maintenue et renforcée au-delà du cadre électoral.
Consolidons l’alliance avec le peuple, le seul souverain
Cette campagne doit être un moment de dialogue intense avec le peuple. En tant qu’acteurs de la révolution, nous devons constamment réaffirmer que notre projet politique est un projet de souveraineté populaire. Le peuple est la seule source de légitimité du pouvoir, et c’est en le gardant à nos côtés que nous pourrons bâtir un avenir fondé sur la souveraineté politique, économique et culturelle. Le succès du projet ne repose pas seulement sur une majorité à l’Assemblée nationale, mais sur la confiance et la mobilisation constante des citoyens. Chaque pas vers la souveraineté, chaque réforme, chaque décision doit être ancré dans une concertation avec le peuple, afin qu’il se sente impliqué dans les transformations de son pays.
Le dialogue permanent, la transparence, et l’implication citoyenne doivent être au cœur de la stratégie politique. Le peuple, en tant que souverain, doit jouer un rôle central dans la définition des priorités nationales, qu’il s’agisse des réformes économiques ou de la gestion des ressources naturelles. Seule une alliance forte avec le peuple pourra garantir la légitimité et la longévité des réformes à venir.
En conclusion, bien que Macky Sall, Amadou Ba, et Barthélemy Dias seront de la partie, leur présence ne sera qu’une formalité. Macky Sall, ce chef d’orchestre d’un néocolonialisme dépassé, viendra peut-être nous offrir ses dernières notes dissonantes, mais l’orchestre est déjà en train de quitter la scène. Quant à Amadou Ba, l’éternel technocrate sans éclat, il tentera sûrement une dernière acrobatie pour sauver un système qu’il a servi avec une fidélité aveugle, mais il trébuchera avant même de monter sur la piste. Et Barthélemy Dias, avec ses coups de gueule de fausse révolte, jouera encore les rebelles sans cause de salon, mais sa révolte sonnera creux comme toujours. Dinañu nekk tey xew na, keneen du feeñ! Ils seront là, mais tout est déjà plié. Le peuple a déjà tourné la page de ces marionnettes du passé. Le peuple a choisi sa voie, celle de la souveraineté, de la transparence et de la justice sociale. Rien ne pourra entraver cet élan vers un Sénégal nouveau, car la victoire du peuple est inéluctable.
[1] Ils seront là, mais tout est déjà plié et personne d’autre ne pourra se démarquer.
À la mémoire de l’abbé Raoul Sagna et du député et président du Conseil régional de Ziguinchor Omar Lamine Badji, deux hommes de paix, victimes du conflit en Casamance. Que leur souvenir et celui de toutes les victimes inspirent les générations futures.
Le 8 octobre 2024, le Premier ministre Ousmane Sonko a présidé un Conseil interministériel crucial dédié au retour des déplacés du conflit en Casamance, marquant une nouvelle étape dans le processus de rétablissement de la paix. Grâce à des efforts soutenus, de nombreuses populations retrouvent leurs villages, la reconstruction des infrastructures et la relance des activités économiques prennent corps. Le déminage avance à grands pas, avec l’ambition de sécuriser complètement la région d’ici 2026. Pour coordonner ces initiatives, un comité régional de pilotage a été instauré, soutenu par un financement de plus de 53 milliards de FCFA. Le lancement du Plan Diomaye pour la Casamance symbolise cet engagement à long terme pour la paix et le développement. Toutefois, des défis importants restent à surmonter, notamment la sécurisation de certaines zones, la lutte contre les trafics et la résolution des conflits fonciers.
Ces avancées trouvent leurs racines dans une histoire plus ancienne, remontant aux années 1990, lorsque Marcel Bassène a joué un rôle essentiel en mettant en œuvre le dialogue entre l’État sénégalais et le Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC). Dans les années 1980 et au début des années 1990, la Casamance était en proie à une crise politique et sécuritaire majeure. Le MFDC, réclamant l’indépendance de la région, menait une rébellion violente. La marginalisation économique et sociale de la région a suscité de profondes frustrations, qui ont aggravé les tensions. Celles-ci étaient appuyées par une partie de la population locale. Le gouvernement sénégalais, par la répression militaire, tenta de mater les révoltes, mais cette approche ne fit qu’aggraver la situation. Les tentatives de dialogue restaient rares et infructueuses. Ce contexte explosif rendait d’autant plus difficile toute tentative de médiation, ce à quoi Marcel Bassène s’attela avec détermination. Décédé le 22 août 2006, il laisse derrière lui un héritage qui continue d’éclairer le chemin vers la paix en Casamance. Cet article retrace le parcours de cet homme exceptionnel qui, en tant que député du Parti démocratique sénégalais (PDS) donc de l’opposition, a réussi à convaincre le Président Abdou Diouf de s’engager dans des négociations avec les indépendantistes, amorçant un processus qui a ouvert la voie à la paix que nous entrevoyons aujourd’hui.
Un homme cœur du dialogue pour la Casamance
Marcel Bassène était un homme d’une grande indépendance d’esprit, caractérisé par une dignité et une discrétion profonde, souvent interprétées à tort comme de la timidité. Malgré une santé fragile durant sa jeunesse, il eut un parcours académique brillant, devenant un mathématicien éminent et un formateur respecté. En politique, il se distingua par son pragmatisme et sa tolérance, n’hésitant jamais à soutenir des propositions qui faisaient sens, même si elles provenaient d’adversaires. Il s’engagea en politique avec la ferme volonté de changer le cours des choses, choisissant une voie loin d’être facile. Membre fondateur du PDS, il n’a été candidat à aucun poste au sein du parti, mais grâce à son charisme, il devint un leader de premier plan. Pendant de nombreuses années, il fut à la tête de la fédération de Casamance, la seule instance du PDS à fonctionner de manière véritablement démocratique. Il assura également l’intérim à la direction du parti à chaque absence prolongée de Me Wade, lorsqu’il séjournait en France. Enfin, son ouverture d’esprit et sa capacité à supporter des débats contradictoires sans recours à des arguments d’autorité témoignaient de son engagement pour le libre arbitre et la justice.
En tant que député de l’opposition, Marcel Bassène aurait pu rester à l’écart du conflit, se limitant à critiquer les actions du gouvernement de l’époque. Pourtant, il prit la décision de s’engager activement dans la recherche d’une solution. Très tôt, il a compris que la solution militaire n’était pas la voie à suivre et que seule une approche inclusive, impliquant des négociations avec le MFDC, permettrait de restaurer la paix en Casamance.
En 1992, Marcel Bassène a résumé sa pensée sur la question casamançaise dans un courrier adressé au Président Abdou Diouf et au professeur Assane Seck, responsable de l’Union régionale du Parti socialiste. Dans cette lettre introductive au document intitulé « Contribution du Comité de réflexion des cadres casamançais », il exposait la méthode qu’il proposait pour sortir de la crise. Il y prônait un dialogue ouvert et structuré, fondé sur la compréhension des réalités locales et le respect mutuel entre toutes les parties. Ce document est devenu une base importante pour les négociations avec le MFDC.
Sa prouesse politique a été de convaincre Abdou Diouf, alors président du Sénégal, d’entamer ce dialogue avec les chefs du MFDC, malgré la réticence initiale du gouvernement à négocier avec les rebelles. Marcel Bassène a su naviguer avec habileté entre les pressions politiques internes et les réalités complexes du terrain. Cet exploit est d’autant plus remarquable qu’il venait d’un député de l’opposition, une position qui, en général, limite l’influence directe sur les décisions de l’exécutif.
Un héritage de paix soutenu par des alliés stratégiques
Pour mener à bien cette mission délicate, Marcel Bassène a bénéficié de l’accompagnement fidèle de plusieurs amis et collègues. Des personnalités, comme Mansour Cama, El Hadj Amat Sy, et ses collègues députés Omar Lamine Badji, Moussa Diédhiou et Laye Diop Diatta l’ont soutenu dans son action. Des figures influentes comme Ibrahima Ama Diémé ont également joué un rôle essentiel dans l’accompagnement de son travail de médiation. De plus, le général Doudou Diop, alors soutien de premier plan à la présidence, a été un acteur clé dans la facilitation du dialogue entre le MFDC et l’État sénégalais. Le ministre des Forces armées, Médoune Fall, a su incarner l’autorité politique en faisant comprendre aux troupes que la volonté de dialogue était inébranlable. Maître Kaoussa Kaba Bodian, ami personnel de Marcel Bassène a été le conseiller juridique. Leur appui a permis à Marcel Bassène de renforcer son influence et de donner une portée nationale à ses initiatives en faveur du dialogue.
Le rôle de Marcel Bassène ne s’est pas limité aux débats politiques à Dakar. Son engagement allait bien au-delà des mots et des idées : il s’est personnellement rendu dans le maquis, rencontrant les chefs militaires indépendantistes dans les forêts de la Casamance, souvent au péril de sa vie. Il savait que la paix ne pouvait être obtenue qu’à travers la compréhension mutuelle, et il a consacré une bonne partie de sa vie à rapprocher les positions de l’État sénégalais et celles du MFDC. Son engagement indéfectible pour la réconciliation lui a valu le respect des deux camps.
Grâce à ses efforts, des factions du MFDC ont accepté de s’asseoir à la table des négociations, amorçant un processus qui allait progressivement réduire l’intensité du conflit. Sa méthode, basée sur la négociation, le compromis et la compréhension, a montré que même dans un climat de guerre et de méfiance, des ponts pouvaient être construits. Marcel Bassène n’a jamais cherché à imposer des solutions, mais à promouvoir un dialogue inclusif, prenant en compte les revendications des populations casamançaises tout en garantissant l’unité territoriale du Sénégal.
Le 20 mars 1991, les Accords de Toubacouta ont été conclus entre Marcel Bassène, représentant le collectif des députés de la Casamance, et le Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC). Ces accords avaient pour objectif de préparer les négociations à venir en vue d’un cessez-le-feu, qui menèrent ensuite aux Accords de Cacheu. Le 31 mai 1991, les Accords dits de Cacheu furent signés en Guinée-Bissau, marquant la première trêve officielle entre le gouvernement sénégalais et le MFDC. Négocié sous la médiation du président guinéen Nino Vieira, garant de sa mise en œuvre, cet accord fut conclu en l’absence de l’abbé Augustin Diamacoune Senghor, figure emblématique du MFDC, alors emprisonné à Dakar. C’est Sidy Badji, chef d’état-major du MFDC à l’époque, qui a signé au nom du mouvement.
À la suite de ce cessez-le-feu, Sidy Badji a quitté le maquis, tandis que l’abbé Diamacoune et ses compagnons détenus ont été libérés en signe d’apaisement. Le 30 décembre 1992, Sidy Badji a lancé un appel aux combattants du MFDC pour qu’ils déposent les armes, renforçant l’espoir d’une paix durable, malgré les tensions internes au sein du mouvement.
Avant sa mort en 2006, Marcel Bassène m’a confié, au cours d’entretiens enregistrés durant de longues heures, les motivations profondes derrière ses actions et ses stratégies pour la paix en Casamance. Il m’a expliqué ce qu’il a fait, pourquoi il l’a fait et les espoirs qu’il nourrissait pour sa région natale. Ces archives sonores, précieuses et inédites, feront bientôt l’objet d’une publication. Elles offriront un éclairage intime et unique sur la pensée et l’engagement de cet homme qui a consacré sa vie à la réconciliation. Mais aussi une clé de compréhension de cette période de l’histoire du pays.
L’impact durable de Marcel Bassène sur la réconciliation en Casamance
Marcel Bassène est décédé le 22 août 2006, mais son héritage continue de résonner dans la politique actuelle de rétablissement de la paix en Casamance. Les initiatives de retour des déplacés et de reconstruction des infrastructures locales, telles qu’elles ont été discutées lors du conseil interministériel d’octobre 2024, s’inscrivent dans la continuité de son travail. Le processus de déminage, la réinsertion socio-économique des populations et les projets de développement sont autant de fruits des fondations posées par cet homme de paix.
Aujourd’hui, alors que la Casamance semble plus proche que jamais d’une paix durable, il est essentiel de rappeler que ce chemin vers la stabilité a été largement pavé par Marcel Bassène. Ses actions, sa vision et son engagement ont contribué à créer les conditions d’un dialogue entre l’État et le MFDC, permettant d’ouvrir la voie à une réconciliation qui semblait inimaginable dans les années 1980 et 1990.
Le parcours de Marcel Bassène illustre à quel point un individu peut avoir un impact décisif sur le destin d’une nation. En tant que député de l’opposition, il a surmonté les barrières politiques pour apporter sa contribution à la résolution d’un conflit qui semblait sans issues. Son engagement, tant sur le plan politique que sur le terrain, a permis d’amorcer un dialogue qui a changé le cours de l’histoire en Casamance.
Aujourd’hui, alors que les efforts de rétablissement de la paix se poursuivent et que les populations déplacées reviennent progressivement dans leurs villages, il est crucial de reconnaître l’héritage de Marcel Bassène. Sa mémoire doit être honorée non seulement pour le rôle qu’il a joué dans la réconciliation, mais aussi pour l’exemple qu’il incarne : celui d’un homme qui a fait de la paix une mission de vie. Grâce à lui, la Casamance entrevoit enfin un avenir plus serein, et son nom restera à jamais associé à l’effort de rétablissement de la paix dans cette région autrefois déchirée par la guerre.
L’approche des élections législatives au Sénégal suscite des analyses pour le moins passionnées. Certains devins annoncent une « montée de tension politique », d’autres murmurent qu’il y a les premiers jalons d’un régime liberticide. Si l’on prenait au mot ces grands théoriciens de l’apocalypse politique, il semblerait que Dakar est à deux pas de sombrer dans le chaos. Or, la réalité est, comment dire… nettement plus paisible. Nous sommes loin, très loin, des scènes dantesques que la capitale sénégalaise a connues il n’y a pas si longtemps. Là où les chars de gendarmerie et les escouades armées faisaient partie du décor urbain quotidien, il ne reste aujourd’hui que des réminiscences, alimentées par ceux qui semblent regretter ces images fortes.
En réalité, le Sénégal est en train de montrer au monde un exemple de révolution citoyenne démocratique. Ceux qui parlent d’étouffement des libertés ne font que projeter leurs propres fantasmes. Le régime du Président Bassirou Diomaye Faye a su instaurer un climat apaisé, où la justice reprend ses droits, et où chacun peut s’exprimer dans les limites d’un État de droit renforcé. Mais bien sûr, cela ne plaît pas à tout le monde.
Des vagues ou un verre d’eau renversé?
Il est amusant de constater avec quelle facilité certains analystes ressassent cette idée d’une tension politique rampante, comme s’ils étaient nostalgiques des événements de 2021, 2022, 2023 et début 2024, lorsque la dérive dictatoriale de Macky Sall avait enflammé les rues et saturé l’agenda médiatique. Mais cette fois-ci, qu’avons-nous vraiment ? Quelques convocations à la police, un journaliste empêché de voyager, et un acteur politique qui s’agite avant même que l’épreuve des urnes ne commence. Pour un pays qui a déjà connu l’angoisse de centaines de prisonniers politiques et une répression sanglante sous l’ancien régime, cela ressemble davantage à une tempête dans un verre d’eau.
Prenons l’exemple de Madiambal Diagne, ce journaliste aux prises avec une interdiction de sortie du territoire. Une histoire dans laquelle il affirme être coincé au Sénégal faute de pouvoir rendre un passeport diplomatique qu’il n’a jamais possédé. Il raconte, bien sûr, l’histoire à moitié. Il faut regretter l’absence de communication claire des autorités policières sur le sujet, mais ce qui est amusant, c’est que Madiambal Diagne lui-même finit par reconnaître, dans une phrase alambiquée, que toute cette histoire de passeport diplomatique qu’il vend à grands coups médiatiques est du pur pipeau. Il dit, et je cite : « aucune notification écrite ne m’a été formellement faite de cette forme d’interdiction de sortie du territoire. » À bien lire, ce qui le dérange n’est pas tant l’interdiction en elle-même, mais qu’elle n’ait pas été communiquée sous une forme écrite et formelle. Donc, elle existe bien. Mais, subtilité administrative oblige, Madiambal Diagne préfère se présenter en victime d’un complot politique et d’État.
Ah, les subtilités administratives ! Pourtant, cela ne l’a pas empêché de dénoncer une « autocratie » rampante. C’est plutôt croustillant quand on sait qu’il a longtemps servi de porte-parole officieux pour Macky Sall, un président dont le bilan en matière de libertés publiques n’est pas vraiment une source de fierté : plus de 1 500 prisonniers politiques, des dizaines de morts et d’innombrables mutilés. Alors, Madiambal Diagne, autocratie, vraiment ? Mais ne nous arrêtons pas là. A-t-il oublié les années où il soutenait sans faillir des lois liberticides, justifiées par un besoin soi-disant impératif de « maintenir l’ordre public » ? Aujourd’hui, quand la roue tourne et qu’il se retrouve brièvement retenu sur le sol national, l’indignation est soudaine. Mais où était-elle lorsque des milliers de jeunes se voyaient refuser le droit de manifester, ou pire, d’exprimer leur opinion sous Macky Sall ? Ironie du sort, il semble que certains découvrent les vertus du droit à la liberté seulement quand ils en sont temporairement privés.
Monsieur Madiambal Diagne, toujours prêt à dégainer sa plume, non pas tant pour éclairer le débat public que pour servir ses petites croisades personnelles. Car il faut bien le dire, son journal semble plus souvent consacré à la défense de ses intérêts qu’à celle de la vérité journalistique. La neutralité ? Un concept dépassé pour monsieur Diagne, qui met son média au service de ses propres batailles, avec une ardeur admirable. Et comme il ne s’arrête jamais à une seule casquette, notre homme est également entrepreneur immobilier. Rien d’étonnant alors qu’il lui arrive de troquer son costume de journaliste pour celui d’homme d’affaires en difficulté, utilisant sa tribune pour défendre l’entrepreneur… qui, par un heureux hasard, n’est autre que lui-même ! Oh, ces moments délicieux où l’on voit Madiambal Diagne, avec son style d’écriture certes pas des plus alléchants, pondre de longs éditoriaux pour protéger ses propres affaires immobilières. Ah, le conflit d’intérêts ! Quand il nous tient… Mais après tout, pourquoi se priver d’un tel pouvoir quand on peut faire d’une pierre deux coups : mener ses combats personnels tout en continuant à jouer les éditorialistes en quête de justice.
Le marathon des ambitions politiques
Venons-en à Bougane Guèye Dany, magnat de la presse et candidat aux élections législatives anticipées. La situation devient particulièrement amusante avec lui, car il est un habitué des précampagnes. Ah, monsieur Bougane Guèye, ce talentueux animateur des périodes électorales, toujours prêt à tenir en haleine le microcosme politico-médiatique dakarois avec ses quêtes incessantes de parrainages. Lors des précédents scrutins, ses recherches infructueuses avaient au moins l’avantage de créer du suspense. Malheureusement pour ces législatives anticipées, il n’y a pas de parrainages. Cruel coup du sort ! Mais il faut bien exister, n’est-ce pas ?
Alors, faute de pouvoir s’affairer à cette activité familière, Bougane Guèye Dany a trouvé un autre moyen d’occuper la scène : Lives Facebook à répétition, conférences de presse, où il multiplie les déclarations injurieuses et séditieuses. Ce qu’il qualifie de « provocation » et d’« insulte à la démocratie » s’apparente davantage à une mise en scène politique. Il ferait bien de se souvenir que la présidentielle, la véritable, n’aura lieu qu’en 2029. En attendant, ses gesticulations médiatiques risquent de le fatiguer plus vite que prévu.
Et pourtant, avec toute cette énergie, ne serait-il pas plus productif de la canaliser vers l’élaboration d’un véritable projet politique ? Une stratégie bien pensée pourrait lui permettre de convaincre les Sénégalais autrement qu’en se posant en victime. Mais peut-être est-ce là trop lui demander. Après tout, réfléchir à un programme cohérent demande bien plus d’efforts que de crier au scandale à chaque occasion…
N’oublions pas non plus Cheikh Yerim Seck, ce journaliste devenu oracle du malheur, dont les prédictions sont aussi fiables que celles d’un horoscope du dimanche. À en croire ses dires, les chiffres du gouvernement sont des affabulations. Qu’importe les audits et les comptes certifiés, Cheikh Yerim Seck persiste et signe, clamant haut et fort que l’opacité règne. Pourtant, après chaque crise de dénégation, il se retrouve bien souvent dans les couloirs de la justice, obligé d’admettre que ses théories tiennent plus du fantasme que de la réalité. Mais peut-être est-ce là sa stratégie : une carrière forgée dans la répétition de prédictions erronées n’est-elle pas, après tout, une forme de succès en soi ?
Et puis, comment oublier cette sortie mémorable où monsieur Seck, avec toute la solennité du penseur en quête de répliques chocs, affirmait sans sourciller que, s’il le fallait, on pouvait bien sacrifier 90 % de la population pour que les 10 % restants puissent enfin vivre en paix. Rien que ça ! Il citait alors, à sa manière bien singulière, l’adage latin « dura lex, sed lex », comme si cette maxime justifiait un tel génocide « pour le bien commun ». Visiblement, Cheikh Yerim Seck, en bon expert de la nuance, avait compris cet adage dans un sens inédit.
Mais ce n’est pas tout. Rappelons que, quelques mois avant la présidentielle, au nom de ce qu’il considère être la « connaissance » dont il pense être l’incarnation vivante, il avait fermement déclaré qu’il était tout simplement impossible qu’un candidat remporte l’élection dès le premier tour. Ah, ce flair politique digne des plus grands ! Résultat des courses ? Bassirou Diomaye Faye a été élu au premier tour, avec une majorité éclatante. Mais ne le blâmons pas : après tout, il ne fait que perpétuer sa belle tradition d’erreurs prévisionnelles… avec une constance qui force l’admiration.
Quand le scénario de la répression s’effondre : la réalité du terrain
Finalement, tous ces personnages — journalistes, hommes politiques et autres personnalités convoquées — ont bel et bien été entendus par la justice. Si l’on prend au mot ceux qui dénoncent la situation actuelle, on se croirait en pleine dystopie orwellienne, où chaque mot prononcé est aussitôt puni de prison. Rien n’est plus faux ! Le Procureur a décidé de classer sans suite ces affaires. Il faut bien reconnaître que ces personnes convoquées ne représentent en réalité aucune menace politique sérieuse. D’ailleurs, rappelons qu’ils ne sont que quatre. Oui, quatre. Cela fait un peu léger pour une véritable rébellion, vous ne trouvez pas. Il serait même tentant, pour les plus enthousiastes, de les baptiser « la bande des quatre », en clin d’œil à la Révolution culturelle en Chine. Mais nos quatre personnalités ne méritent certainement pas un tel honneur. Aucunement comparables à leurs prédécesseurs historiques, ils ne sont que des figures médiatiques cherchant un instant de gloire éphémère.
On pourrait certes regretter la longueur des gardes à vue et les multiples retours de parquet, mais il faut reconnaître que le nouveau pouvoir a montré sa volonté d’en finir avec les errements du passé. En nommant aux ministères de la Justice et de l’Intérieur des personnalités fortes, non affiliées à PASTEF, le régime a donné un signal clair : l’attachement à l’État de droit est réel. Et que dire de l’organisation des Assises de la Justice, véritable cadre de réflexion et de réforme pour une justice plus transparente et indépendante ?
Ainsi, pour ceux qui se pressent de qualifier ce régime de liberticide, il serait peut-être bon de prendre un instant de recul, et de prendre au mot les actions réelles menées pour renforcer les institutions et garantir les libertés. La démocratie sénégalaise n’est pas en péril, bien au contraire : elle est en pleine refondation.
La publication de l’avant-projet de Document de stratégie de développement 2025-2029 du gouvernement du Président Bassirou Diomaye Faye marque un tournant dans l’histoire récente du Sénégal. Ce plan ambitieux cherche à combler les lacunes des politiques antérieures et à transformer en profondeur le paysage social et économique du pays. Pourtant, en matière de santé et de lutte contre la pauvreté, le défi reste colossal. Les politiques précédentes, malgré leur intention louable, ont échoué à réduire les inégalités et à garantir un accès équitable aux soins, notamment pour les plus vulnérables.
L’héritage des réformes économiques imposées par les institutions financières internationales, combiné à une mauvaise gouvernance, a conduit à un système de santé qui, loin de combler les écarts, a souvent renforcé les disparités entre riches et pauvres, entre zones urbaines et rurales. Aujourd’hui, alors que le gouvernement s’engage à mener une politique sociale plus inclusive et à renforcer la protection sociale, cet article vise à analyser les raisons profondes de l’échec des politiques antérieures et à proposer des solutions concrètes en phase avec les nouvelles priorités stratégiques.
La pauvreté : définition, concept et situation
Pour comprendre l’échec des politiques de lutte contre la pauvreté, il est crucial de saisir la véritable nature de celle-ci au Sénégal. La pauvreté n’est pas simplement l’absence de ressources économiques ; elle est un phénomène plus complexe et multifactoriel. Selon l’économiste Amartya Sen, la pauvreté doit être perçue comme une privation des « capabilités », c’est-à-dire l’incapacité des individus à mener la vie qu’ils souhaitent. Cela inclut non seulement le manque de revenus, mais aussi l’absence d’accès aux services sociaux de base tels que la santé, l’éducation, et les infrastructures.
Cette perspective est particulièrement pertinente dans le contexte sénégalais, où la pauvreté affecte principalement les populations rurales et des zones périurbaines. De même, elle touche fortement les groupes marginalisés, les femmes et les jeunes. Ces populations font face à des privations économiques, mais aussi à un accès limité à des services essentiels comme les soins de santé. Tout cela empêche non seulement de vivre dans des conditions décentes, mais entrave aussi le développement du capital humain, qui est un levier crucial pour le développement économique et social du pays.
Le tableau de la pauvreté telle que brossée par les rapports de la Banque mondiale et du Registre national unique (RNU) met en évidence une réalité persistante. Selon le rapport de la Banque mondiale intitulé « Situation économique du Sénégal en 2023 : répondre aux besoins des groupes vulnérables pour le développement national », le taux de pauvreté a atteint 36,3 % en 2022, reflétant l’impact de la hausse des prix des denrées alimentaires sur les ménages à faible revenu. Ces derniers, représentant près de 45 % de la population, sont particulièrement vulnérables aux chocs économiques. Cette pauvreté est encore plus prononcée dans les zones rurales, où vivent 80 % des ménages chroniquement pauvres.
Le rapport souligne également que 54,2 % de la population sénégalaise est à risque de basculer dans la pauvreté en cas de choc économique ou environnemental. Cela montre la fragilité de la situation. Face à cette réalité, le développement de filets de protection et de sécurité sociale apparaît comme des solutions inévitables.
Le Registre national unique (RNU), quant à lui, apporte une cartographie précise des 541 192 ménages identifiés comme étant parmi les plus pauvres du Sénégal, soit environ 29 % des ménages. Ce rapport, édité en collaboration avec la Banque mondiale, met en exergue la forte concentration de la pauvreté dans les régions les plus défavorisées, comme Kolda, Sédhiou et Kédougou, où 64 % des ménages répertoriés vivent en milieu rural. Le RNU révèle également que 85 % des chefs de ménage ne sont jamais allés à l’école, un chiffre encore plus élevé en milieu rural. Le rapport que seulement 37 % des ménages les plus pauvres ont accès à l’électricité, contre 94 % au niveau national dans les zones urbaines. Plus grave, un quart des ménages répertoriés n’a pas accès à une source d’eau potable améliorée, contre 85 % pour l’ensemble de la population. Ces inégalités, tant au niveau des infrastructures que de l’accès aux services sociaux de base, renforcent les dynamiques de pauvreté, limitant ainsi les perspectives d’amélioration des conditions de vie.
La pauvreté ne fait pas que limiter l’accès aux services de santé, elle aggrave également les conditions de vie qui exposent les individus aux maladies et réduisent leurs chances de survie. Selon les données de l’Enquête démographique et de Santé continue (EDS-C) 2023, les ménages ruraux, en particulier, souffrent d’un accès limité aux services de base, aggravant ainsi leur vulnérabilité sanitaire. Par exemple, seulement 53,9 % des ménages en milieu rural bénéficient de services d’assainissement adéquats, contre 73,3 % en milieu urbain. Cette inégalité dans l’accès à des conditions de vie décentes se traduit par des taux plus élevés de maladies liées à l’eau et à l’assainissement, ainsi qu’une exposition accrue à des risques sanitaires.
Ces disparités sont visibles dans les taux de mortalité infantile et maternelle. En milieu rural, le taux de mortalité infanto-juvénile est de 45 pour 1000 naissances vivantes, contre 34 pour 1000 en milieu urbain. Cette inégalité est alarmante et démontre que la pauvreté n’affecte pas seulement la qualité de vie quotidienne, mais aussi la survie même des individus les plus vulnérables, en particulier les enfants et les femmes.
L’influence des institutions internationales et la gestion arbitraire des ressources
Les réformes économiques imposées au Sénégal par les institutions financières internationales, notamment le FMI et la Banque mondiale, ont entraîné des répercussions profondes sur la gestion des services publics, y compris la santé. Dans les années 1980, le Sénégal a été contraint d’adopter des programmes d’ajustement structurel, dont l’objectif principal était de réduire les dépenses publiques. Si ces réformes ont pu stabiliser temporairement l’économie, elles ont eu des effets désastreux sur les systèmes de santé et de protection sociale.
L’introduction de l’Initiative de Bamako, qui visait à décentraliser et à rendre les services de santé plus accessibles en introduisant des frais pour les usagers, a entraîné à certains égards des conséquences contre-productives. En effet, au lieu d’améliorer l’accès aux soins, cette initiative a renforcé les inégalités. Les populations les plus pauvres, incapables de payer pour les services de santé, ont été exclues du système, tandis que les élites urbaines bénéficiaient de services de meilleure qualité.
Au-delà des réformes imposées de l’extérieur, le Sénégal a souffert d’une mauvaise gestion interne des ressources destinées à la santé. Dans de nombreux cas, l’accès aux services de santé, notamment pour les plus démunis, était décidé sur la base de critères arbitraires et non transparents. Par exemple, dans certains centres de santé, l’accès gratuit aux soins pour les « indigents » dépendait de la « bonne volonté » du personnel soignant, sans critères clairs pour identifier les bénéficiaires.
Cette gestion inefficace s’est aussi manifestée dans la distribution inégale des ressources entre les zones rurales et urbaines. Alors que Dakar et les grandes villes bénéficiaient d’une majorité des ressources publiques, les régions rurales, où se concentrent les populations les plus vulnérables, étaient souvent négligées. Le manque de transparence dans la gestion des fonds publics et l’absence de mécanismes de suivi efficaces ont exacerbé ces disparités.
Les inégalités sociales et régionales dans l’accès aux soins
Les disparités entre les zones rurales et urbaines sont l’un des principaux obstacles à l’équité en matière de santé au Sénégal. L’Enquête démographique et de Santé continue (EDS-C) de 2023 montre des écarts significatifs dans l’accès aux soins prénatals entre les femmes vivant en milieu rural et celles en milieu urbain. Dans les zones urbaines, 93,5 % des femmes enceintes reçoivent des soins prénatals, contre un pourcentage beaucoup plus faible dans les régions rurales. Les enfants issus des ménages du quintile de bien-être économique le plus bas sont plus susceptibles de souffrir de malnutrition et de retard de croissance.
Ces inégalités ne se limitent pas à l’accès aux soins prénatals. Les infrastructures de santé dans les zones rurales sont souvent sous-équipées et sous-financées, et le personnel médical y est en nombre insuffisant. Le résultat est un taux de mortalité plus élevé dans les zones rurales. Également, une qualité des soins inférieure à celle offerte dans les grandes villes. Les politiques de décentralisation, bien que conçues pour rapprocher les services de santé des populations, n’ont pas les dotations en ressources financières et humaines nécessaires pour les rendre efficaces.
Le niveau d’éducation joue un rôle crucial dans l’accès aux soins de santé et dans la réduction des inégalités sociales de santé au Sénégal. En effet, un niveau d’instruction plus élevé est directement corrélé à une meilleure capacité d’accès aux services de santé. Les personnes ayant atteint le niveau secondaire ou plus sont mieux informées et donc mieux équipées pour comprendre et utiliser les services de santé disponibles. Cela contraste fortement avec les personnes sans éducation, qui se heurtent à de plus grandes difficultés pour accéder à ces services, notamment en milieu rural.
Les femmes sont particulièrement touchées par ces disparités. Celles qui n’ont pas eu accès à l’instruction, ou dont le niveau d’instruction est faible, rencontrent plus d’obstacles pour obtenir des soins prénatals et postnatals. Selon les données de l’EDS-C 2023, le taux d’alphabétisation est nettement plus bas parmi les ménages les plus pauvres, ce qui crée un cercle vicieux où le manque d’éducation entrave non seulement l’accès aux soins, mais aussi l’adoption de comportements de santé préventifs. Ce phénomène aggrave encore les inégalités sociales et économiques.
Par ailleurs, l’éducation a un impact direct sur la santé des enfants. Les mères avec un niveau d’instruction faible ou inexistant sont plus susceptibles de voir leurs enfants souffrir de malnutrition, de retard de croissance, ou d’autres problèmes de santé. Les taux de mortalité infantile sont ainsi plus élevés chez les enfants dont les mères ont un faible niveau d’éducation. En revanche, les mères instruites sont plus à même de prendre des décisions éclairées concernant la santé de leurs enfants, améliorant ainsi leurs chances de survie.
Ces inégalités démontrent que l’éducation est un levier fondamental pour améliorer l’accès équitable aux soins et réduire les disparités en matière de santé. Pour que les politiques de santé publique atteignent leur plein potentiel, il est donc essentiel de renforcer l’accès à l’éducation, notamment pour les femmes et les populations rurales, et de lier davantage les politiques éducatives aux réformes sanitaires.
La mauvaise gouvernance et la corruption
La mauvaise gestion des ressources publiques et la corruption ont joué un rôle clé dans l’échec des politiques de santé au Sénégal. Bien que des sommes considérables aient été allouées au secteur de la santé à travers divers programmes de financement, une partie importante de ces fonds a été mal gérée, voire détournée. La corruption endémique dans la gestion des hôpitaux et des centres de santé a également contribué à affaiblir.
Les hôpitaux publics sénégalais sont confrontés à une série de dysfonctionnements qui aggravent les inégalités de santé, notamment pour les populations les plus vulnérables. Le scandale de la mort d’Astou Sokhna en 2022 à l’Hôpital Régional de Louga a révélé au grand jour les insuffisances criantes du système[1]. Cette patiente enceinte est décédée faute de prise en charge immédiate, ce qui a provoqué une vague d’indignation à travers le pays. Cet incident montre de manière tragique la négligence médicale et l’absence de soins d’urgence adéquats dans les établissements publics.
Le manque de moyens dans les hôpitaux est flagrant. Les patients sont souvent contraints d’apporter eux-mêmes certains équipements de base ou de payer à l’avance pour être pris en charge. Les réformes hospitalières des années 1990, visant à rendre les hôpitaux autonomes et rentables, ont en réalité accentué la déshumanisation des soins. Les urgences, où les patients sont censés être pris en charge sans délai, deviennent des lieux où l’argent détermine la rapidité et la qualité des soins, ce qui accentue les inégalités.
Le système est également gangrené par la corruption et le clientélisme. De nombreux professionnels de santé, confrontés à des salaires bas et à des conditions précaires, se livrent à des pratiques illégales telles que le travail parallèle ou le « racket ». Les stagiaires peuvent être maintenus dans des situations de précarité sans rémunérations pendant des années, ce qui affecte leur motivation et, par ricochet, la qualité des soins.
Ce contexte a créé une méfiance croissante envers le système hospitalier public. Le procès des sages-femmes de Louga a mis en évidence le besoin urgent d’une refonte du système de santé, avec un financement accru et une réorganisation des priorités. Plutôt que de se concentrer sur la rentabilité, l’hôpital public devrait être recentré sur sa mission première : offrir des soins accessibles, de qualité, et équitables à l’ensemble de la population.
Propositions de solutions pour les nouvelles autorités
Pour corriger les erreurs du passé et améliorer durablement l’équité dans le système de santé sénégalais, plusieurs réformes pourraient être envisagées par le nouveau gouvernement. Il serait bénéfique d’adopter une approche globale et intégrée de la lutte contre la pauvreté, en la reliant directement à la question de l’équité en matière de santé. L’élargissement des programmes de protection sociale permettrait de garantir aux populations les plus vulnérables un accès gratuit aux services de santé. L’investissement dans les infrastructures de santé, particulièrement dans les zones rurales, constituerait également un levier essentiel pour combler les disparités. Un système de couverture sanitaire universelle, financé par des contributions progressives en fonction des revenus, pourrait remplacer l’approche actuelle basée sur la participation financière directe des usagers. Ce modèle favoriserait un accès plus équitable aux soins de santé, notamment pour les plus démunis, tout en assurant la durabilité financière du système.
Le renforcement de la transparence dans la gestion des ressources publiques constitue un axe central des réformes. L’introduction de mécanismes de suivi et d’évaluation rigoureux, couplée à des audits réguliers, garantirait une meilleure utilisation des fonds publics destinés à la santé. Par ailleurs, il serait pertinent de veiller à ce que les nominations dans le secteur de la santé se fondent principalement sur la compétence professionnelle, afin d’assurer une gestion efficace des infrastructures de santé[2]. Une réorientation des investissements publics vers les régions rurales, par la construction de nouvelles infrastructures et la réhabilitation des centres de santé existants, pourrait aider à combler le fossé entre les régions. Parallèlement, des programmes de formation, assortis d’incitations pour attirer et maintenir les professionnels de santé dans les zones défavorisées, contribueraient à améliorer la qualité des soins. Des campagnes de sensibilisation accrues sur la prévention des maladies transmissibles et non transmissibles pourraient aider à réduire les risques sanitaires. De même, une attention particulière à la santé reproductive.
Les échecs répétés des politiques de lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales de santé au Sénégal ne sont pas le fruit d’un hasard, mais bien d’un enchevêtrement de facteurs structurels, politiques et économiques. L’influence des réformes néolibérales imposées par les institutions internationales, la mauvaise gestion des ressources publiques, l’arbitraire dans l’accès aux services de santé et les inégalités régionales ont conduit à un système de santé qui renforce les inégalités au lieu de les réduire.
Cependant, la publication du document de stratégie de développement 2025-2029 par le nouveau gouvernement dirigé par Ousmane Sonko offre une occasion unique de rectifier ces erreurs. Les propositions de solutions qui ont été avancées — telles que la mise en place d’un système de couverture sanitaire universelle, l’amélioration de la gouvernance, et l’investissement dans les infrastructures rurales — constituent des pistes concrètes pour atteindre une véritable équité en matière de santé.
Le Sénégal se trouve aujourd’hui à un tournant décisif. La construction d’un système de santé plus inclusif et équitable est non seulement une nécessité sociale, mais également un impératif pour le développement du capital humain et la croissance économique durable du pays. Il est désormais temps de transformer les promesses politiques en actions concrètes, de bâtir un avenir où chaque citoyen, quel que soit son lieu de résidence ou son niveau de revenu, peut jouir de son droit fondamental à la santé.
Pour aller plus loin
1. Gouvernement du Sénégal. (2024). Vision Sénégal 2050 — Stratégie nationale de Développement 2025-2029. Dakar : ministère de l’Économie, du Plan et de la Coopération
2. Banque mondiale. (2023). Situation économique du Sénégal en 2023 : Répondre aux besoins des groupes vulnérables pour le développement national.
3. Banque mondiale et Direction du Registre National Unique (RNU) de la Délégation Générale à la Protection Sociale et à la Solidarité Nationale (DGPSN). (2023). Profils des ménages les plus pauvres du Sénégal répertoriés dans le Registre national unique (RNU).
4. Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie du Sénégal Enquête démographique et de Santé continue (EDS-C) 2023.
5. Registre national unique (RNU), République du Sénégal. Données sur la pauvreté et l’accès aux services essentiels au Sénégal.