Anatomie d’une Loi de finances rectificative introuvable

Pendant que les ministres multiplient les concertations, installent des commissions, réunissent leurs prédécesseurs et enchaînent les cérémonies officielles, un texte autrement plus décisif reste introuvable : le projet de loi de finances rectificative (LFR) pour 2026. Le 17 juin, le Conseil des ministres annonçait pourtant son adoption. Plus d’un mois plus tard, il n’a toujours pas été déposé devant l’Assemblée nationale et aucun membre du gouvernement n’a jugé utile d’expliquer aux citoyens les raisons de cette absence.

Cette situation dépasse largement un simple retard administratif. Elle révèle une manière de gouverner où l’on préfère différer les décisions plutôt que de les assumer publiquement.

Gouverner sans budget assumé

Une LFR n’est jamais un document technique parmi d’autres. Elle constitue le moment où un gouvernement reconnaît que les hypothèses retenues quelques mois plus tôt ne correspondent plus à la réalité économique. Elle oblige à dire quelles recettes ne seront finalement pas encaissées, quelles dépenses devront être réduites, quels investissements seront reportés et quelles priorités devront être revues.

Or les informations rendues publiques indiquent que cette LFR devait intégrer une moins-value de recettes de plus de 321,6 milliards de francs CFA. Un tel écart ne constitue pas un simple ajustement comptable. Il modifie profondément l’équilibre du budget de l’État et appelle nécessairement un débat devant la représentation nationale.

Pourtant, ce débat n’a toujours pas lieu. Le gouvernement continue donc de gérer le pays sur la base d’une loi de finances dont il a lui-même reconnu qu’elle ne correspondait plus à la réalité. Les arbitrages budgétaires continuent vraisemblablement d’être rendus, les dépenses sont exécutées et les administrations fonctionnent, mais tout se passe comme si les décisions les plus sensibles étaient désormais prises à huis clos.

Une telle pratique présente un avantage politique évident. Elle permet d’éviter d’assumer publiquement les choix les plus impopulaires. Elle permet également de réduire les dépenses sans avoir à expliquer clairement qui supportera l’effort et pourquoi. Mais ce confort politique a un prix démocratique considérable. Le budget de l’État n’appartient pas au gouvernement ; il appartient à la Nation. C’est précisément pour cette raison que la Constitution confie au Parlement le pouvoir de le voter et d’en autoriser les modifications.

Une présidence qui paraît privilégier la temporisation

Lorsqu’un texte aussi stratégique n’est toujours pas transmis à l’Assemblée nationale plusieurs semaines après son adoption en Conseil des ministres, c’est qu’une décision politique a été prise d’en différer l’examen, quelles qu’en soient les raisons.

C’est précisément cette décision qui interroge. Depuis plusieurs mois, le Président et le gouvernement d’Ahmadou Al Aminou Lô donnent le sentiment de privilégier l’inertie à l’initiative. Les sujets les plus sensibles sont systématiquement renvoyés à plus tard, comme si le coût politique d’une décision apparait plus élevé que celui de l’inaction.

Or le temps politique ne suspend jamais le temps économique. Entreprises, fournisseurs de l’État, collectivités territoriales et investisseurs attendent tous des orientations budgétaires claires. En persistant dans le silence, l’Exécutif ne crée pas de stabilité ; il entretient l’incertitude.

Différer n’est pas gouverner

Depuis le 17 juin, le Président de la République et le gouvernement d’Ahmadou Al Aminou Lô donnent le sentiment de préférer la temporisation à la confrontation démocratique. Eux qui invoquent si souvent le républicanisme oublient qu’il ne se proclame pas ; il se pratique. Le Parlement n’est pas une institution que l’on saisit lorsque les circonstances sont favorables, mais le lieu où l’Exécutif rend compte de sa politique budgétaire.

Le contraste est d’autant plus frappant que le Sénégal a récemment connu une autre manière d’exercer le pouvoir. Qu’on partage ou non ses choix, le Président Ousmane Sonko a toujours donné l’image d’un dirigeant prêt à assumer publiquement des décisions difficiles et leur coût politique. À l’inverse, le tandem aujourd’hui au pouvoir donne le sentiment que, face aux arbitrages les plus délicats, l’attente est devenue une méthode de gouvernement.

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Commentaires

Une réponse à « Anatomie d’une Loi de finances rectificative introuvable »

  1. Avatar de phenomenal262e522947
    phenomenal262e522947

    Cette chronique aurait aussi bien pu être intitulée :  » fuite en avant ou « jemenfoutisme » « . Car, après chaque acte de mal gouvernance posé, le citoyen se demande à quel niveau de négation des règles de fonctionnement de l’état ce gouvernement se hissera – t – il la prochaine fois.

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